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Le 30 août 1965, le glacier de l'Allalin s'effondre et tue 88 travailleurs au barrage de Mattmark (VS). Parmi eux, Angel Casal, 43 ans. Cinquante ans après, son fils Henri se souvient.

"Ma soeur, mes deux frères et moi étions dans notre famille en Espagne pour les vacances. Nos parents devaient nous rejoindre. Seule ma maman est arrivée... En pleurs, elle nous a annoncé la nouvelle. Puis je l'ai entendue pleurer toute la nuit", raconte Henri Casal.

L'adulte d'aujourd'hui se rappelle de l'enfant insouciant de 8 ans qu'il était alors, et du lourd chagrin qui s'est abattu subitement sur sa famille: "Je ne me rendais pas bien compte. Je continuais à aller à la plage, mais tout était devenu grave. Il n'y avait plus d'endroit pour s'amuser...".

Emotion planétaire

Le père, Angel, avait fui le franquisme et passé quelques années au Maroc avant de rejoindre la Suisse. Au barrage de Mattmark, il avait été embauché comme dessinateur en génie civil. "Le 30 août, il n'y est monté que deux heures, pour régler quelques affaires. Ma mère voulait le rejoindre, mais il l'en a dissuadée...".

Deux petites heures qui lui coûteront la vie: à 17h15, près de deux millions de mètres cubes de glace et d'éboulis, soit le volume de 5000 maisons familiales, se détachent du glacier de l'Allalin. Ils s'effondrent sur les baraques du barrage de Mattmark en pleine construction.

Le bilan est lourd: 88 morts et cinq blessés. Cinquante-six disparus sont italiens, 23 suisses, quatre espagnols, deux allemands, deux autrichiens et un apatride. La plus jeune victime est âgée de 17 ans, la plus âgée de 70 ans et l'on compte deux femmes.

La tragédie suscite une émotion immense en Suisse et dans le monde. Des messages de condoléances affluent de partout et notamment des gouvernements et du pape.

Un Valais "raciste"

La catastrophe laisse plus de 80 orphelins de père, comme Henri. "Son corps nous a été rendu à la mi-octobre. Pendant les presque deux mois d'attente, nous avons entendu beaucoup de méchancetés de la part de certaines personnes du quartier où nous vivions, à Sion. On disait qu'il avait dû filer avec une autre... Le Valais de cette époque-là était très raciste", souligne Henri Casal.

Les familles doivent ensuite faire face à une enquête qui n'en finit pas. Pour certains, le drame n'était pas prévisible, pour d'autres il l'était en raison de la situation du chantier et de l'instabilité connue du glacier. En février 1972, le procès de 17 accusés démarre enfin à Viège, mais il n'aboutira que sur des non-lieux.

Le report de la moitié des frais de justice sur les familles des victimes achèvera de susciter l'indignation générale. "C'était monstrueux et le Valais ne s'est jamais excusé pour cela. Les familles et leur peine ont été abandonnées à Mattmark", déplore Henri Casal.

Moment tant attendu

Après le drame, la famille Casal panse ses plaies, soutenue par des amis, et notamment par le pasteur de la paroisse protestante de Sion, Charles Bolay qui sera le tuteur des enfants jusqu'à leur majorité. "Le curé de la communauté catholique espagnole de Sion voulait plutôt que notre famille reparte en Espagne", se souvient Henri Casal.

Adulte, Henri entame une carrière de dessinateur de presse qui le mènera au Nouvelliste. Il y croque l'actualité depuis plus de trente ans.

Les Casal se rendent aux diverses commémorations organisées depuis la tragédie. Le 30 août prochain, ils seront au pied du barrage où une messe sera concélébrée par l'évêque de Sion Mgr Jean-Marie Lovey et Mgr Giuseppe Andrich, évêque de Belluno-Feltre (I), et une stèle inaugurée en présence des autorités suisses et italiennes. "Ma mère à 91 ans et elle attend ce moment depuis 50 ans".

ATS