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Turquie: célèbre pianiste accusé de blasphème acquitté

Fazil Say avait été condamné en 2013 à dix mois de prison avec sursis pour une série de commentaires sur Twitter jugés "injurieux envers les valeurs religieuses".

KEYSTONE/EPA/ANGELIKA WARMUTH

(sda-ats)

Un tribunal turc a acquitté mercredi le célèbre pianiste turc Fazil Say, accusé d'insulte à l'encontre des valeurs religieuses. Cette décision met fin à une saga judiciaire de plusieurs années qui a soulevé des inquiétudes pour la libre expression dans le pays.

M. Say, 45 ans, pianiste virtuose de renommée mondiale, avait été condamné en 2013 à dix mois de prison avec sursis pour une série de commentaires sur Twitter jugés "injurieux envers les valeurs religieuses".

Cette peine avait été confirmée en appel la même année avant d'être annulée en octobre 2015, au nom du droit à la libre expression, par la Cour suprême d'appel. Celle-ci a renvoyé le procès devant le tribunal d'Istanbul l'ayant condamné en première instance.

Ce tribunal a confirmé mercredi la décision de la Cour suprême d'appel en acquittant M. Say, rapporte l'agence progouvernementale Anadolu. Ce jugement est définitif.

Athée revendiqué

Athée revendiqué et critique du gouvernement islamo-conservateur au pouvoir depuis 14 ans dans son pays, Fazil Say s'était livré à une série de commentaires mettant en doute l'image répandue du paradis chez les musulmans croyants.

"Vous dites que des flots de vin coulent au paradis. Est-ce que le paradis est une taverne ?" ou "vous dites qu'il y a au paradis deux houris (femmes vierges) pour chaque croyant. Est-ce que le paradis est un bordel ?", avait-il écrit en citant des vers d'Omar Khayyam, grand poète persan du XIe siècle.

Dans une apparente pique aux islamo-conservateurs au pouvoir, il avait aussi écrit que "tous les cons, la pègre, les bouffons et les voleurs sont aussi des Allahistes. Est-ce un paradoxe?".

Régime critiqué

Dans sa plaidoirie mercredi, l'avocate de M. Say, Meltem Akyol, a affirmé que son client n'avait fait que partager ses opinions.

"Mon client n'a pas écrit d'article ni diffusé de film. Il a partagé ses opinions et retweeté des opinions critiques. Le fait que ce procès ait eu lieu, c'est ça l'insulte", a dit l'avocate, citée par l'agence Dogan.

La condamnation de M. Say avait suscité de nombreuses critiques contre l'actuel régime turc, accusé par ses détracteurs de dérive autoritaire et islamiste.

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