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L'incarcération de deux journalistes d'opposition a relancé vendredi les critiques contre la dérive liberticide du gouvernement d'Ankara. Ils avaient fait état de livraisons d'armes controversées par la Turquie aux rebelles islamistes syriens.

A Istanbul, plus d'un millier de personnes, journalistes, élus d'opposition ou intellectuels pour la plupart, se sont rassemblés devant le siège de leur quotidien, Cumhuriyet, pour critiquer le président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan. Il est accusé une nouvelle fois de vouloir étouffer la liberté de la presse.

Plus d'une centaine de personnes ont également protesté à Ankara aux cris de "la presse libre ne se taira pas". De brefs incidents les ont opposées aux forces de l'ordre.

Risque de 45 ans de prison

Jeudi soir, Can Dündar, le rédacteur en chef de Cumhuriyet, et Erdem Gül, le chef de son bureau à Ankara, ont été inculpés par un tribunal d'Istanbul pour "espionnage" et "divulgation de secrets d'Etat" et écroués jusqu'à leur procès. Ils risquent jusqu'à quarante-cinq ans de réclusion.

En mai dernier, le journal avait diffusé des photos et une vidéo de l'interception, en janvier 2014 à la frontière syrienne, de camions appartenant aux services secrets turcs (MIT) et transportant des armes destinées à des rebelles islamistes syriens.

L'affaire a provoqué un scandale en Turquie. Le gouvernement turc a toujours nié soutenir les rebelles extrémistes, dont le groupe Etat islamique (EI), et répété que le convoi intercepté contenait de "l'aide" pour les populations turcophones de Syrie.

Récompensé par RSF

Sitôt l'article paru, M. Erdogan avait personnellement porté plainte contre M. Dündar. "Il ne s'en sortira pas comme ça", avait-il menacé, furieux.

Devant le tribunal, le rédacteur en chef de Cumhuriyet, qui a reçu la semaine dernière en France le prix pour la liberté de la presse de Reporters sans frontière (RSF) et TV5 Monde, a défendu jeudi le travail de son équipe. "Un journaliste n'est pas un agent du gouvernement", a-t-il plaidé, "mon travail consiste à surveiller l'Etat au nom du peuple et à lui demander de rendre des comptes".

Sitôt rendue, la décision du tribunal a suscité un tollé en Turquie et à l'étranger. A l'avant-veille d'un sommet avec la Turquie dimanche sur la crise des migrants, l'Union européenne (UE) a jugé l'arrestation des deux journalistes "inquiétante".

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ATS