Contenu externe

Le contenu suivant a été fourni par des partenaires externes. Nous ne pouvons ainsi pas garantir son accessibilité à tous les utilisateurs.

Filipe Oliveira à Martigny avec quelques-uns des diamants mandarins transportés ensuite à Yverdon-les-Bains.

Keystone/JEAN-CHRISTOPHE BOTT

(sda-ats)

Filipe Oliveira élève des oiseaux à Martigny (VS). Cet été, il s'est vu confier une tâche particulière: préparer des dizaines de mandarins pour un artiste français qui présente une oeuvre au Centre d'art contemporain d'Yverdon-les-Bains (VD) dès le 29 juillet.

En cette chaude matinée d'été, Filipe Oliveira s'affaire dans son animalerie installée au coeur de Martigny. Des clients s'attardent. Manifestement, ils apprécient le contact chaleureux et les conseils de ce Portugais arrivé en Valais il y a 35 ans, à l'âge de trois ans.

Les animaux et plus particulièrement les oiseaux sont sa passion depuis tout petit. "Mes parents en possédaient déjà". Ses quatre enfants, dont il a bientôt tatoué tous les noms sur ses avant-bras, ne font pas exception: "Ils voulaient des oiseaux. Je leur ai dit, j'achète les cages, vous achetez les animaux!".

Une, puis deux, puis trois, puis quatre cages, puis des volières, puis l'ouverture d'un commerce en soirée et le samedi à Saillon. "Après un mois, le magasin tournait déjà", se souvient-il.

En 2012, Filipe fait le grand saut: il quitte son travail de magasinier et ouvre avec son épouse une première animalerie à Martigny, avant d'en ouvrir une plus grande en 2014. Toute la famille met la main à la pâte; sa fille aînée est aujourd'hui son apprentie.

Filipe détient aussi un local de 120 mètres carrés où il élève quelque 250 oiseaux. Il participe à des expositions et bourses organisées par Ornival, la société valaisanne d'ornithologie.

Guitares et basses

Au printemps dernier, un événement particulier bouscule son quotidien d'oiselier: la direction du Centre d'art contemporain d'Yverdon-les-Bains (CACY) lui propose de trouver et de préparer 88 diamants mandarins pour une exposition présentée pour la première fois en Suisse par Céleste Boursier-Mougenot.

L'artiste français, qui a représenté la France à la Biennale de Venise en 2015, a créé dans les années 1990 "from here to ear", une oeuvre vivante et éphémère qui évolue depuis dans les musées et centres d'art à travers le monde. A Yverdon, les 300 mètres carrés du CACY seront transformés en volière géante dans laquelle les perchoirs traditionnels seront remplacés par une quinzaine de guitares et de basses électriques amplifiées sur lesquels les oiseaux, devenus musiciens involontaires, sautilleront tout en pépiant.

Le rôle de Filipe Oliveira? Trouver 88 diamants mandarins, dont 44 femelles et le même nombre de mâles, s'occuper de leur transport, de leur installation sur le site, de leur alimentation, former le personnel du centre d'art à leur entretien et assurer un contrôle sur place chaque semaine environ jusqu'au 5 novembre, terme de l'exposition. "C'est la première fois qu'on me demandait une chose comme ça", raconte-t-il.

Après réflexion, l'homme accepte le défi et active son réseau d'éleveurs pour réunir suffisamment d'oiseaux. "Lorsque j'ai demandé à l'artiste pourquoi il en voulait 88, il m'a répondu que c'était le nombre adéquat par rapport au volume des salles".

Robustes et résistants

Le diamant mandarin est un petit pinson vif et bavard originaire des steppes australiennes. Selon Filipe Oliveira, l'artiste l'a choisi pour son prix avantageux, sa robustesse et sa résistance au stress.

L'oiselier a transporté les oiseaux au CACY plus d'une semaine avant le jour J pour qu'ils s'habituent au lieu. Durant l'exposition, pas plus de quinze visiteurs à la fois pourront déambuler pour ne pas trop les stresser.

Selon lui, les mandarins ne seront pas gênés par les sons qu'ils produiront et l'animation de l'exposition. "Les oiseaux aiment la musique. Dans notre élevage, nous mettons un bruit de fond la journée pour qu'ils ne soient pas effrayés par les activités humaines plus tard".

Selon les espèces, mâles et femelles se distinguent par la couleur de leur bec, de leur joue et leur plumage; un atout pour l'exposition. Mais ils se reproduisent très facilement. Chaque jour, le personnel devra ôter les éventuels oeufs pour les détruire, explique Filipe.

L'après exposition reste une inconnue. "Nous devrons attraper les oiseaux avec des filets; ce ne sera pas facile", souligne Filipe. Il s'agira aussi de leur trouver un nouveau toit. Le spécialiste recevra chaque visiteur séduit et désireux d'en acquérir.

ATS