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La ministre de la justice Simonetta Sommaruga (ici avec le président Mulatu Teshome) s'est rendue en Ethiopie en 2015 pour approfondir la collaboration entre les deux pays. La question migratoire avait aussi été évoquée (archives).

Keystone/DOMINIC STEINMANN

(sda-ats)

L'Ethiopie s'est déclarée prête à reprendre ses ressortissants dont la demande d'asile a été rejetée par la Suisse. Cette décision est liée à un accord passé entre l'UE et l'Ethiopie, qui vaut aussi pour la Suisse en tant que pays membre de l'espace Schengen.

Lors d'un "dialogue politique" en mars, la Suisse et l'Ethiopie ont convenu que l'accord de "réadmission des ressortissants éthiopiens sans droit de séjour ou en séjour illégal" sera aussi valable pour la Suisse, a indiqué jeudi à l'ats le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM).

Il confirmait ainsi une information de la presse alémanique. Pour pouvoir être réadmises, les personnes doivent être reconnues comme citoyennes par les autorités éthiopiennes. Si elles ne disposent pas de documents d'identité ou de voyage valables, elles devront "tout d'abord être identifiées par les autorités éthiopiennes".

Pour identifier ses ressortissants, l'Ethiopie a mandaté ses services secrets, le National Intelligence and Security Service (NISS). La Suisse ne leur fournira que les données nécessaires pour établir l'identité de la personne et qui peuvent être légalement transmises, précise le SEM.

Méthodes de surveillance

Pour Amnesty International, cette collaboration avec le NISS est "hautement problématique". L'Ethiopie est connue pour ses méthodes de surveillance et le NISS dispose de pouvoirs étendus dans le pays. Il faut partir du principe que la diaspora en Suisse est déjà surveillée actuellement. Avec cette coopération, la situation se péjorera pour les opposants au régime.

Selon le SEM, environ 300 ressortissants éthiopiens ayant fait l'objet d'une décision de renvoi séjournent actuellement en Suisse. Parmi eux figure l'ex-iman radical de la mosquée An'Nur de Winterthour (ZH), condamné en novembre dernier à 18 mois de prison avec sursis notamment pour incitation au crime ou à la violence. L'homme de 25 ans avait disparu après son procès. Il a entre-temps été arrêté en Allemagne. Il sera ramené en Suisse puis renvoyé en Ethiopie.

Statut d'Erythréens réexaminé

Le SEM durcit également sa pratique envers le pays frontalier, l'Erythrée. Mercredi soir, l'émission "Rundschau" de la télévision alémanique indiquait que le SEM examine les dossiers de 3200 réfugiés érythréens admis à titre provisoire. Il s'agit de ressortissants qui ont effectué leur service obligatoire dans leur pays.

Le Tribunal administratif fédéral (TAF) avait conclu fin août 2017 que les ressortissants érythréens déboutés, qui avaient effectué leur service obligatoire dans leur pays, ne devaient pas s'attendre à être reconvoqués par l'armée ou punis pénalement lorsqu'ils reviennent chez eux. Le TAF estimait donc qu'un retour en Erythrée "ne peut pas être considéré d'une manière générale comme inexigible".

"Poussés vers l'aide d'urgence"

L'organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) a fait part jeudi de son incompréhension face à cette décision. Elle demande à la ministre de la justice Simonetta Sommaruga de renoncer immédiatement à l'examen des dossiers des réfugiés érythréens admis provisoirement. Les personnes concernées resteraient malgré tout en Suisse et seraient simplement poussées vers l'aide d'urgence, ajoute l'OSAR.

Pour le conseil suisse de la paix, la Suisse soutient ainsi directement la dictature en Erythrée. En réexaminant le cas de plus de 3200 réfugiés érythréens, la Confédération pratique une politique purement symbolique sur le dos des plus faibles de la société. Le conseil suisse de la paix demande au SEM d'arrêter immédiatement le réexamen des dossiers.

Amnesty International prie aussi le SEM de ne pas supprimer le statut de ces personnes. Pour l'organisation, la mesure n'est qu'une réaction à la pression politique intérieure.

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