Un "extrémiste de droite" équipé d'armes semi-automatiques a fait un carnage dans deux mosquées de la ville néo-zélandaise de Christchurch durant la prière du vendredi. Quarante-neuf fidèles ont perdu la vie, des dizaines d'autres sont blessées.

La Première ministre Jacinda Ardern a décrit l'une des "journées les plus sombres" jamais vécues par ce pays du Pacifique Sud. Qualifiant cet attentat de "terroriste", elle a souligné qu'il était aussi le plus meurtrier contre des musulmans dans un pays occidental. Les victimes venaient des quatre coins du monde musulman, a-t-elle souligné, en citant "le Pakistan, la Turquie, l'Arabie saoudite, le Bangladesh, l'Indonésie et la Malaisie".

Mme Ardern a ensuite précisé lors d'une conférence de presse que le suspect avait amassé un petit arsenal et disposait d'un permis de port d'armes, promettant des réformes. "Je peux vous garantir que nos lois sur les armes vont changer".

L'attentat a suscité une vague de condamnations dans le monde, du pape François à la reine Elizabeth II en passant par le président américain Donald Trump et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan.

L'assaillant a diffusé en direct sur les réseaux sociaux les images de ses attaques, où on le voit passer de victime en victime, tirant sur les blessés à bout portant alors qu'ils tentent de fuir. L'Australien de 28 ans a été arrêté et inculpé de meurtres. La police est avare d'informations sur les circonstances de son arrestation et ses éventuels complices.

Comparution samedi

L'assaillant présumé doit comparaître samedi devant le tribunal du district de Christchurch. Deux autres hommes sont en garde à vue, sans que l'on sache ce qui leur est reproché. "Ils n'étaient surveillés ni ici ni en Australie", a affirmé la Première ministre, ajoutant qu'une enquête était menée sur cet aspect du drame.

Avant de passer à l'action, l'homme, qui se présente comme un blanc de la classe ouvrière aux bas revenus, a publié sur Twitter un "manifeste" raciste de 74 pages intitulé "Le grand remplacement", en référence à une théorie née en France et populaire dans les milieux d'extrême droite selon laquelle les "peuples européens" seraient "remplacés" par des populations non-européennes immigrées.

Le document détaille deux années de radicalisation et de préparatifs. Il affirme que les facteurs déterminants dans sa radicalisation ont été la défaite à la présidentielle française de 2017 de la dirigeante d'extrême droite Marine Le Pen et la mort de la petite Ebba Åkerlund à 11 ans dans l'attaque au camion-bélier de 2017 à Stockholm.

Comptes suspendus

Les comptes Twitter, Instagram et Facebook où ont été publiés la vidéo, les photos et le manifeste ont été suspendus. "Il est clair qu'on ne peut que décrire cela comme une attaque terroriste", a déclaré Jacinda Ardern. "Pour ce que nous en savons, (l'attaque) semble avoir été bien planifiée". Deux engins explosifs artisanaux ont en outre été découverts dans une voiture et neutralisés, selon la police.

A Sydney, le Premier ministre australien Scott Morrison a décrit le tireur comme un "terroriste extrémiste, de droite et violent".

Les deux cibles du tireur étaient la mosquée Masjid al Nour dans le centre-ville, où 41 personnes ont péri selon la police, et une seconde à Linwood, dans la banlieue, où sept personnes sont mortes. Une 49ème victime a succombé à l'hôpital. Parmi les morts figureraient des femmes et des enfants.

Cinquantaine de blessés

Quarante-huit blessés par balles ont été hospitalisés à l'hôpital de Christchurch, dont de jeunes enfants avec des blessures allant de légères à graves. Selon la Première ministre, une vingtaine se trouvent dans un état grave.

Parmi les survivants figure un Palestinien qui a raconté avoir vu un homme être abattu d'une balle dans la tête.

"J'ai entendu trois coups de feu rapides et après environ dix secondes, ça a recommencé. Cela devait être une arme automatique, personne ne pourrait appuyer sur la gâchette aussi vite", a expliqué cet homme à l'AFP sous couvert de l'anonymat. "Puis les gens ont commencé à sortir en courant. Certains étaient couverts de sang".

Les images du tireur sont "extrêmement pénibles", a prévenu la police néo-zélandaise. Les autorités ont averti les internautes qu'ils pourraient encourir jusqu'à 10 ans de prison en cas de partage.

Cette vidéo publiée sur Facebook Live, réalisée avec une caméra apparement fixée sur le corps du tireur, montre un homme blanc rasé de près aux cheveux courts conduisant sa voiture jusqu'à la mosquée Masjid al Nour. On le voit ensuite entrer dans l'édifice et tirer sur les fidèles en passant de pièce en pièce.

Outre la vidéo, dont l'AFP a vérifié l'authenticité mais qu'elle ne publiera pas, des photos liées au tireur ont été postées sur les réseaux sociaux montrant des armes semi-automatiques recouvertes des noms de personnages de l'histoire militaire, dont des Européens ayant combattu les forces ottomanes aux 15ème et 16ème siècles.

Onde de choc

Les forces de l'ordre ont demandé aux fidèles d'éviter les mosquées "où que ce soit en Nouvelle-Zélande". Le niveau d'alerte a été relevé de "bas" à "élevé". La police s'est rendue sur une propriété à Dunedin (sud-est) ayant un rapport avec l'attaque et le voisinage a été évacué. Cette ville était citée dans le manifeste du suspect.

Cette tragédie a provoqué une onde de choc en Nouvelle-Zélande, un pays de cinq millions d'habitants dont seul 1% se dit musulman. La Nouvelle-Zélande, qui s'enorgueillit d'être un endroit sûr et accueillant pays, ne recense qu'une cinquantaine de meurtres par an.

Les meurtres de masse y sont rarissimes dans le pays qui a durci ses lois sur le port d'armes en 1992, deux ans après qu'un homme souffrant de problèmes psychiatriques eut tué 13 personnes sur l'Ile-du-Sud. Néanmoins, il suffit d'avoir plus de 16 ans pour demander un permis de port d'arme standard après des séances d'instruction en matière de sécurité. Ils peuvent alors acheter un fusil et l'utiliser sans contrôle.

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