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Une première au TPF, un hooligan répond de ses actes violents au stade. Il avait jeté des fumigènes sur la pelouse du stade de Lucerne dans les sept premières minutes du match opposant le club local à St-Gall (image symbolique).

KEYSTONE/Urs Flueeler

(sda-ats)

Un Appenzellois de 24 ans a été condamné mercredi à Bellinzone à trois ans de prison dont la moitié ferme, pour avoir jeté des engins pyrotechniques, blessant un spectateur d'un match de football à Lucerne en février 2016. L'accusé fera très vraisemblablement recours.

Pour son premier jugement du genre, le Tribunal pénal fédéral a fixé la durée du sursis à trois ans. Il a également condamné l'accusé à une peine pécuniaire de 180 jours-amende à 50 francs la journée, ainsi qu'à une amende de 700 francs.

Ce dernier devra en outre verser 12'000 francs de dommages-intérêts au spectateur de 48 ans, qui suivait le match entre le FC Lucerne et le FC St-Gall dans le secteur contigu. Durablement et gravement touchée dans son audition, la victime en réclamait cinq fois plus.

L'avocate de l'accusé, Manuela Schiller, avait plaidé la relaxe, estimant que son client avait pris ses précautions avant de jeter ses fumigènes et autres fusées. Les juges de Bellinzone ont plutôt suivi le Ministère public de la Confédération, qui avait requis mardi une peine de quatre ans de prison ferme.

Effet préventif d'un coup de semonce

Le procureur a nié durant le procès qu'il s'agissait d'un "jugement pilote". Il espère néanmoins qu'il aura un effet de signal auprès des fans de football pour les rencontres à venir.

Un espoir partagé par les représentants des autorités politiques et sportives, contactées par l'ats, qui se réjouissent qu'une affaire d'engin pyrotechnique soit enfin traitée comme un délit d'explosif. Tant le président de la Conférence des directeurs cantonaux de justice et police, le conseiller d'Etat bernois Hans-Jürg Käser, que le CEO de la Swiss Football League, Claudius Schäfer, espèrent que ce "verdict sévère" ait un "effet préventif et dissuasif".

M. Käser doute cependant que le noyau dur de la scène des hooligans soit sensible à ce "tir de semonce". Cela d'autant plus que les plus ultras savent que l'expérience a montré qu'il est difficile d'identifier les auteurs des jets, souvent masqués ou couverts par leurs pairs solidaires, même si ceux-ci sont victimes.

"Emotionnel et peu juridique"

Les juges de Bellinzone n'ont retenu comme explosifs que deux des quatre engins pyrotechniques que l'Appenzellois a jetés sur la pelouse. Ce dernier s'est ainsi rendu coupable d'emploi multiple d'explosifs et de gaz toxique avec dessein délictueux, de lésions corporelles graves, de dommages à la propriété multiples commis à l'occasion d'un attroupement formé en public, ainsi que d'infractions réitérées à la loi sur les explosifs.

L'avocate du fan du FC St-Gall n'a admis que des dommages à la pelouse à hauteur de 800 francs. Annonçant à l'ats qu'elle allait très vraisemblablement recourir au Tribunal fédéral, Manuela Schiller a estimé que sur les deux points principaux, l'argumentaire du tribunal est "très émotionnel et peu juridique".

Elle s'est en revanche réjouie que le TPF fasse la nuance entre deux sortes d'engins pyrotechniques, les uns de l'ordre des pétards et les autres du genre fumigène. Ces derniers ne tombent pas sous le coup de la loi sur l'usage d'explosifs. Autrement "tout ce qu'on lance sur un terrain de football va bientôt relever de cette loi", a-t-elle ajouté, non sans préciser qu'elle ne soutenait en rien le jet de fumigène sur les pelouses.

Succès du concordat

Face à cette mauvaise habitude qui peut avoir de graves conséquences, comme l'a montré cette affaire, les autorités peuvent compter sur le concordat sur les hooligans, signé par les cantons il y a bientôt dix ans. Ce dernier, qui assied la bonne collaboration entre autorités politiques et sportives, polices et clubs, a conduit à certains succès, a souligné M. Käser. C'est d'ailleurs grâce aux caméras installées par le FC Lucerne que la police a pu identifier l'auteur, a relevé M. Schäfer.

L'accusé a d'autres circonstances aggravantes, comme l'a rappelé le procureur dans son réquisitoire mardi. Le caractérisant de sournois, il a relevé toute la peine qu'il a prise avec ses complices - des ultras - pour introduire les engins pyrotechniques dans le stade. Il n'a en outre jamais voulu s'exprimer sur ses complices.

Le représentant du MPC ne croit pas aux précautions qu'aurait prises l'intéressé avant de jeter ses fusées. L'accusé avait par ailleurs déjà été averti pour son comportement lors d'un match précédent, cinq mois avant les faits. Et six mois plus tard, l'homme utilisait à nouveau des engins pyrotechniques, illégaux, lors de la Fête nationale. Pour cela, il avait été condamné à une peine pécuniaire de 70 jours-amende et à une amende de 1000 francs. Il avait aussi fait recours.

ATS