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Une guêpe japonaise pour lutter contre la mouche suzukii

Venue d'Asie, Drosophila suzukii cause de sérieux dégâts dans les cultures fruitières d’Europe et d’Amérique du Nord (archives). KEYSTONE/EPA/FREDRIK VON ERICHSEN sda-ats

(Keystone-ATS) Une petite guêpe japonaise pourrait aider à lutter contre la mouche Drosophila suzukii, qui cause de sérieux dégâts dans les cultures fruitières d’Europe et d’Amérique du Nord. Elle dépose ses œufs dans les larves de ce ravageur.

Une thèse de doctorat menée à l’Université de Neuchâtel (UniNE) en partenariat avec le centre de recherche CABI à Delémont démontre que cette guêpe est un bon moyen de lutte, car elle ne cible aucun autre hôte local que la mouche asiatique ravageuse pour assurer sa reproduction.

Introduite en 2008 depuis l’Asie, vraisemblablement à l’état larvaire dans des fruits infestés, la drosophile à ailes tachetées (Drosophila suzukii) entraîne des pertes considérables. Aux USA, les coûts dus à ce fléau se montent à plus de 500 millions de dollars par an. Fraises, framboises, myrtilles ou abricots figurent parmi les victimes de cette mouche qui s’en sert pour y pondre ses œufs.

“Mais cette mouche ne se limite pas aux champs cultivés”, note Pierre Girod, doctorant à l’UniNE qui vient de soutenir sa thèse sur ce sujet.

“Le milieu naturel offre également de nombreuses possibilités de reproductions (baies sauvages, fraises des bois, sureau, lierre, et même le gui). Cette capacité à attaquer de nombreux fruits explique pourquoi la drosophile s’est très vite disséminée dans les zones envahies”, note le spécialiste, cité mardi dans un communiqué de l’UniNE.

Moyen de lutte naturel

Comme c’est souvent le cas en biologie, il existe un moyen naturel pour empêcher la prolifération d’un organisme indésirable, en recherchant son prédateur dans sa région d’origine. En l’occurrence, il s’agit de mettre la main sur un insecte parasitoïde, autrement dit un prédateur qui pond ses œufs dans la larve du ravageur, entraînant la mort de ce dernier.

Durant sa thèse, Pierre Girod s’est rendu en Chine et au Japon à la recherche de la perle rare: “J’ai identifié un complexe de 8 parasitoïdes en Asie et conduit des tests de spécificité en laboratoire”.

Un seul candidat

A l’issue de ces tests, le biologiste n’a au final retenu qu’un seul candidat. C’est une petite guêpe du genre Ganaspis ramenée de Tokyo. Celle-ci s’est avérée un agent de lutte biologique très prometteur de par sa spécificité à ne pondre ses œufs que dans Drosophila suzukii.

Pierre Girod a entrepris sa thèse sous la supervision à l’UniNE d’Alexandre Aebi, maître d’enseignement et de recherche en agroécologie, et de Ted Turlings, directeur du Laboratoire pour la recherche fondamentale et appliquée en écologie chimique, actif notamment dans la lutte biologique contre les ravageurs des cultures.

Le doctorant a également bénéficié de l’appui de Tim Haye et de Marc Kenis au CABI à Delémont, centre suisse d’une organisation internationale de recherche et d’information en matière de gestion durable des milieux cultivés ou naturels.

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