Toute l'actu en bref

Le président de l'Assemblée nationale, Julio Borges (à gauche), a appelé ses compatriotes à se mobiliser contre "ce qui n'est rien moins qu'un coup d'Etat".

KEYSTONE/EPA EFE/MIGUEL GUTIERREZ

(sda-ats)

L'opposition vénézuélienne bloquait des rues de Caracas mardi pour dénoncer le projet du président Nicolas Maduro de former une assemblée constituante. Selon ses opposants, le chef de l'Etat espère ainsi se maintenir au pouvoir sans organiser d'élections.

Mardi matin, des milliers de Vénézuéliens avaient répondu à l'appel de l'opposition et commençaient à ériger des barricades dans les rues de Caracas, où de grandes manifestations sont de nouveau programmées mercredi.

Après un mois de violentes manifestations, Nicolas Maduro a annoncé lundi soir la création de cette nouvelle assemblée qui serait chargée de réformer la Constitution. Elle serait composée pour moitié de personnalités élues qui ne pourraient pas être issues des partis politiques et pour moitié de personnalités désignées.

Il s'agira selon lui d'une assemblée constituante "populaire, citoyenne, ouvrière", d'une "constituante du peuple" et non "des partis politiques". Après son annonce, M. Maduro a réuni ses ministres et les chefs des forces armées au palais présidentiel. Il a signé le décret convoquant l'assemblée constituante et a annoncé, sans précision, "de nouvelles formes de démocratie participative".

Eviter des élections

L'opposition accuse le chef de l'Etat de vouloir ainsi façonner une instance à sa main pour contourner l'actuelle Assemblée nationale, où les opposants sont majoritaires, tout en évitant la tenue d'élections qu'il n'aurait pratiquement aucune chance de gagner dans le climat de crise politique et économique actuelle.

De son côté, le gouvernement justifie cette initiative par le fait que l'opposition refuse, selon lui, tout dialogue et incite à la violence, ce qui ne lui laisserait pas d'autre choix que de secouer l'ordre institutionnel, comme l'avait fait Hugo Chavez après son élection en 1999.

"Je ne veux pas d'une guerre civile", a déclaré M. Maduro devant ses partisans, réunis à Caracas à l'occasion du 1er mai alors que des centaines de milliers de personnes manifestaient contre son pouvoir dans la capitale et dans d'autres villes.

Rétablir la stabilité

Le dirigeant du parti socialiste au pouvoir chargé de la création de l'assemblée constituante, Elias Jaua, a assuré mardi à la télévision que le calendrier électoral, prévoyant notamment une présidentielle l'an prochain, serait respecté. Mais il a prévenu que les troubles politiques, déjà invoqués pour repousser les élections régionales l'an dernier, pourraient le compromettre.

"L'un des objectifs de l'assemblée constituante est de créer des conditions de stabilité pour mettre en oeuvre le processus électoral", a déclaré Elias Jaua. "Ces conditions n'existent pas actuellement."

Lundi, Nicolas Maduro a aussi dit vouloir imposer "la paix, l'harmonie et un vrai dialogue national" en créant la nouvelle assemblée qu'il a présentée comme un rempart contre "le coup d'Etat fasciste" que fomenteraient ses opposants.

Vers la "dictature"

Ces derniers accusent à l'inverse l'ancien syndicaliste de glisser toujours un peu plus sur la pente de la dictature. "Ce n'est pas une assemblée constituante, c'est la dissolution de la république", a dénoncé le député Freddy Guevara. Le président de l'Assemblée nationale, Julio Borges, a appelé ses compatriotes à se mobiliser contre "ce qui n'est rien moins qu'un coup d'Etat".

"Le dictateur Maduro et son élite corrompue par les narcotrafiquants veulent tuer la Constitution", a accusé pour sa part le chef de file de l'opposition, Henrique Capriles, qui a été privé de ses droits civiques il y a un mois. Selon lui, "Maduro renforce le coup d'Etat et approfondit la grave crise" que vit le pays.

Vingt-neuf personnes ont été tuées, plus de 400 blessées et des centaines d'autres placées en détention depuis le début de la vague actuelle de manifestations, en avril.

ATS

 Toute l'actu en bref