Trop noble pour du merveilleux

«La dense broussaille d’une forêt» à Vidy! Mario Del Curto

Le Théâtre de Vidy-Lausanne propose une nouvelle création du metteur en scène suisse Benno Besson: «Mangeront-ils?»

Ce contenu a été publié le 14 octobre 2002 - 19:15

Une belle pièce de Victo Hugo ou la fantasmagorie se noie, hélas, sous la pesanteur des alexandrins.

L'Eglise, le pouvoir (étatique), l'amour, ces trois cercles de l'enfermement se fondent dans la dense broussaille d'une forêt qui occupe la grande scène du Théâtre de Vidy.

Seule une sorcière semble capable de s'ouvrir un passage dans ce décor (signé Jean-Marc Stehlé) lourd de grands végétaux et d'arbres immenses.

Zineb, la sorcière (Léa Drucker) va donc sceller le sort d'un voleur (Samuel Tasinaje) et de deux jeunes amants (Hélène Seretti et Claude Barichasse) assidûment poursuivis par un roi jaloux et despote (Gilles Privat).

A l'autorité du roi s'oppose celle d'un clergé ici statufié par la présence immuable d'un saint. Soit une sculpture dont les contours s'estompent dans les branchages d'une église fantôme évoquée par deux ogives osseuses.

Conte merveilleux

On ne pourrait mieux évoquer la sanctification de l'amour dans une atmosphère où l'autorité - qu'elle soit royale ou religieuse - se désintègre. C'est tout le propos de Victor Hugo dans cette pièce que l'auteur appela d'abord «La mort de la sorcière» avant de lui donner le titre définitif de «Mangeront-ils?».

Faim d'amour, faim du pouvoir, les deux s'épaulant et se combattant sans cesse. Il ne faut pas croire qu'il s'agit pour autant d'un drame dans la veine de «Ruy Blas» ou de «Hernani». Victor Hugo livre ici un conte merveilleux dont Benno Besson s'est volontiers emparé.

Lyrisme pesant

On connaît l'aisance du metteur en scène vaudois face aux pièces fantasmagoriques. Pour preuve, «L'Oiseau vert» et «Le Roi-Cerf» de l'auteur vénitien Carlo Gozzi que Besson montait, avec un immense succès, il y a quelques années.

Seulement voilà. Hugo n'est pas Gozzi. Là où le deuxième excelle dans l'enchevêtrement de la bouffonnerie et du surnaturel, le premier alourdit la fable sous la pesanteur des alexandrins qui martèlent un lyrisme assommant.

A cette pesanteur, les comédiens n'échappent pas. Hormis Gilles Privat (excellent dans le rôle du roi), les autres peinent à donner aux «esprits des bois», chers à l'écrivain, le mystère, la fantaisie, la drôlerie, l'inquiétude qu'il leur faut pour exister.

Et malgré l'intelligence de la scénographie, on décroche rapidement passant de l'éblouissement à l'ennui. Peut-être parce que «Mangeront-ils?» reste une pièce trop noble pour un théâtre merveilleux où l'extravagance coquine est forcément de mise.

swissinfo/Ghania Adamo

«Mangeront-ils?», A Lausanne, Théâtre de Vidy, jusqu'au 31 octobre. Tel: 021/619 45 45

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