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UBS et CS pèsent sur la réforme financière d’Obama

20 mai 2010: Barack Obama défend ce qui doit être la plus grande réforme du système financier américain depuis la Grande Dépression des années 30.

(AFP)

UBS et Credit Suisse figurent parmi les banques qui font le plus de pressions pour influencer la réforme du système financier américain. Rien que depuis le début de l’année, les géants suisses ont consacré près de trois millions de dollars à ce lobbying.

Deux ans après l’effondrement du secteur financier, la Chambre et le Sénat américains réconcilient leurs versions respectives du projet de réforme qui constitue l’une des priorités de Barack Obama. Un compromis devrait être adopté à temps pour que le président signe la nouvelle loi d’ici le 4 juillet, fête de l’indépendance des Etats-Unis vis-à-vis de la couronne britannique.

Mais malgré le mécontentement populaire envers les banques et l’approche de législatives partielles en novembre, la réforme ne marquera pas l’indépendance de la classe politique américaine vis-à-vis des milieux financiers.

Influencer l’opinion

«Ce ne sera qu’une réforme aux entournures du système», regrette Bill Allison, directeur éditorial de Sunlight, une fondation qui vise à améliorer la transparence et la bonne gouvernance.

Si la réforme est modeste, c’est en grande partie à cause de la relation intime qui existe entre milieux financiers et milieux politiques. «Difficile d’être dur envers quelqu’un dont vous prenez l’argent», explique Bill Allison en parlant des responsables à la Maison Blanche et au Congrès.

De fait, les banques ne lésinent pas sur les montants qu’elles versent aux campagnes électorales des députés et sénateurs les mieux placés pour définir la réforme ou qu’elles consacrent à employer des lobbyistes chargés d’influencer l’opinion des élus sur la réforme. Plus de 138 millions de dollars rien que depuis le début de l’année, selon le Center for Responsive Politics (CRP), observatoire des rapports financiers entre groupes de pression et pouvoirs publics.

Budget en augmentation

Aux côtés des sociétés américaines que sont Goldman Sachs ou Citigroup, les deux géants suisses de la banque ne sont pas en reste. David Levinthal, porte-parole du CRP, note qu’UBS et Credit Suisse ont nettement augmenté le budget qu’elles allouent aux relations avec des milieux politiques américains depuis la crise du crédit immobilier de 2007, la crise financière de 2008 et l’avènement d’un Congrès et d’une Maison Blanche démocrates, perçus comme plus enclins que le parti républicain à renforcer la règlementation bancaire.

«Nous ne faisons pas de commentaire sur notre lobbying», déclare Allison Chin-Leong, porte-parole d’UBS aux Etats-Unis. Même «no comment» pour les questions relatives à la position d’UBS sur la réforme elle-même.

«Pas de commentaire sur nos initiatives de lobbying», reprend en chœur Duncan King, directeur de la communication de Credit Suisse aux Etats-Unis. Mais il ajoute que «si nous nous attendons à ce que le système de règlementation change aux Etats-Unis, nous ne pensons pas que ces changements aient un impact concret sur notre entreprise».

La Suisse approuve

Pour sa part, le gouvernement suisse n’est pas choqué par l’intensité du lobbying d’UBS et de Credit Suisse, activité qui, bien que légale, peut apparaître incongrue après les scandales qui ont agité les milieux financiers et l’aide extraordinaire que les contribuables ont consenti pour le renflouage du secteur.

Michael Ambühl, secrétaire d’Etat pour les Affaires fiscales et financières internationales, juge en effet qu’il est «absolument légitime pour les banques de donner leurs points de vue et de défendre leurs intérêts auprès des législateurs, il n’y a là rien de mal».

Ce qu’il y a de mal pour la démocratie, aux yeux de David Levinthal, c’est que «tout cet argent achète l’accès à la Maison Blanche et aux élus du Congrès et les services de gens qui parlent au nom de ces entreprises, très souvent des amis personnels des politiciens».

Le succès du lobbying

Rien de surprenant, donc, à ce que la réforme ne soit pas fondamentale. «L’an dernier, la nouvelle agence de protection des consommateurs semblait très puissante, mais ce n’est plus le cas; les banques étaient vigoureusement opposées à l’idée de créer cet organisme public et elles ont réussi à l’affaiblir», relève par exemple David Levinthal. «La plupart des produits dérivés ne sont pas régis par le projet de loi», poursuit le porte-parole du CRP.

Le succès du lobbying des banques «se mesure aussi à l’aune de ce qui ne figure pas dans le projet», remarque Bill Allison.

«Il n’y a pas de disposition semblable à Glass-Steagall, la loi qui avait séparé les banques commerciales des banques d’investissement après la Grande Dépression et qui fut abolie en 1999, et donc, la ligne de démarcation entre banques commerciales et banques d’investissement va rester floue. Or, c’est l’abolition de Glass-Steagall qui avait favorisé la création de ces mammouths qui font courir des risques systémiques à l’économie», explique le responsable de la fondation Sunlight.

Dissuasion et prévention

Outre le rétablissement de la loi Glass-Steagall, les principaux ingrédients d’une vraie réforme auraient trait à la dissuasion et à la prévention.

«Pour la dissuasion, le Congrès devrait tripler le montant des amendes et les rendre obligatoires et immédiates pour chaque violation de la loi, de sorte qu’une banque qui violerait la loi à hauteur de 100 millions de dollars soit sanctionnée par une amende de 300 millions», lance Bradley Birkenfeld, le dénonciateur du scandale de fraude fiscale chez UBS, actuellement en train de purger sa peine de prison.

«Côté prévention, le Congrès devrait interdire aux entreprises du secteur de contribuer financièrement à la vie politique, que les banques soient américaines ou non», ajoute-t-il.

Mais d’ici la signature de Barack Obama, il n’y a aucune chance de voir la Chambre et le Sénat inclure dans leur texte de compromis les ingrédients d’une réforme fondamentale.

Marie-Christine Bonzom, Washington, swissinfo.ch

Au top du top 100

Credit Suisse est la banque non américaine qui, depuis le début de l’année, a investi le plus d’argent dans la vie politique à Washington: plus de 2 millions de dollars (dons aux campagnes électorales en vue des législatives de novembre et lobbying au Congrès stricto sensu)

UBS est aussi très active (plus de 700’000 dollars). D’ailleurs, au top 100 des entreprises les plus présentes financièrement dans les milieux politiques américains depuis 1989, UBS devance Credit Suisse

Troisième. 51e, UBS est la troisième entreprise non américaine de ce classement, derrière deux compagnies britanniques et devant Credit Suisse (63e).

A qui va l’argent ? Depuis le début 2010, 51% des dons politiques de Credit Suisse est allé aux amis démocrates de Barack Obama et 49% aux élus de l’opposition républicaine. Pour UBS, la proportion est de 46% pour les démocrates et 54% pour le républicains.
Dans le débat sur la réforme, les largesses d’UBS et de Credit Suisse vont surtout aux membres de la commission des services financiers de la Chambre et de la commission bancaire du Sénat, deux organes jouant un rôle essentiel dans l’élaboration du texte

(Source: Center for Responsive Politics, sur la base d’informations fournies de par la loi par les groupes de pression et leur représentants auprès du gouvernement américain)

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