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Un Hamlet politiquement incorrect à Zurich

Acteurs néonazis, skinheads... Une version de Hamlet qui dérange.

(Keystone)

Première, jeudi soir à Zurich, d'une version de Hamlet signée Christoph Schlingensief. Acteurs néonazis, agitation dans les rues, pétition pour interdire l'UDC: les provocations du metteur en scène allemand ont mis la ville en émoi. Et c'est finalement le Schauspielhaus qui pourrait trinquer.

Bellevue, au centre de Zurich, un mardi en fin d'après-midi. A quelques pas du chapiteau du cirque Knie, c'est Christoph Schlingensief et ses acolytes - vestes, brassards et casquettes rouges, frappée d'un «naziline» - qui font leur spectacle. Le metteur en scène allemand, un mégaphone à la main, harangue les badauds: «Venez et posez des questions à nos néonazis. Vous pouvez même les toucher!».

Quelques cranes rasé sont là, en effet. Ils jouent dans la version de Hamlet mise en scène par Schlingensief au Schauspielhaus, le théâtre municipal de Zurich. Parmi eux Markus, un repenti allemand, devenu acteur: «Ce projet me permet de vivre avec des gens qui ne s'offusquent pas de mon passé, mais qui cherchent à m'aider.» C'est d'ailleurs ainsi que Schlingensief présente le volet social de son action: aider à la réintégration des néonazis.

Mais le metteur en scène allemand n'en reste pas là. Ce qui a vraiment mis le feu aux poudres, à Zurich, ce sont ses appels à interdire à la fois l'UDC de Christoph Blocher et le ZSC, le club de hockey zurichois qui vient de décrocher le titre de champion suisse. Motif: leurs liens supposés, selon Schlingensief, avec l'extrême droite.

Résultat: un tollé, dont s'est fait l'écho, en autres, le courrier des lecteurs du Blick, le quotidien populaire. «Il faut renvoyer le plus vite possible ce provocateur en Allemagne, y lisait-on il y a une dizaine de jours. Qu'il laisse la Suisse en paix.» L'un des représentants de l'UDC a de son côté, dans les colonnes du Tages Anzeiger, qualifié l'action de Schlingensief de «déclaration de guerre».

C'est donc contre vents et marrées que le Schauspielhaus - la plus importante scène théâtrale de Suisse, dirigé depuis l'année passée par Christoph Marthaler - défend son hôte. «C'est vrai, c'est un provocateur. Il touche des points faibles de la société, il met du sel sur plaies, argumente Barbara Higgs», porte-parole du théâtre.

Qui poursuit son plaidoyer pour Schlingensief: «Nous vivons dans une démocratie et il a le droit de critiquer l'UDC. Il utilise d'ailleurs un peu les mêmes moyens que Christoph Blocher: la dénonciation, l'utilisation d'une critique très forte.» Le provocateur face au provocateur, donc.

Mais le Schauspielhaus, qui vient en tête des institutions culturelles subventionnées par la ville de Zurich (plus de 25 millions de francs suisses pour la période 2001-2003), joue sans doute gros dans cette affaire. Car il se trouvait déjà au centre de l'attention du monde politique, suite aux surcoûts enregistrés lors de la construction de sa nouvelle salle, le Schiffbau.

Du coup, une volée d'interpellations ont été déposées au Parlement de la ville. Elles doivent être traitées à la fin de ce mois. Le chef du groupe UDC, Thomas Meier, a déjà menacé, dans le Tages Anzeiger: pas question d'accepter de nouveaux crédits pour le Schauspielhaus.

Et tout pourrait un jour, comme c'est de tradition en Suisse, finir devant le peuple. Le souvenir laissé à Zurich par Christoph Schlingensief pourrait alors jouer un rôle crucial.

Pierre Gobet, Zurich


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