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Un mercenaire suisse au service de l’Angleterre

Le colonel Henry Bouquet, à gauche avec chapeau, négociant avec les Indiens le traité de 1764.

En 1758, Henry Bouquet prit la future Pittsburgh aux Français, ouvrant la voie à la conquête de l’Ouest de l’Amérique. Mais ce mercenaire suisse au service du Roi d’Angleterre mourut subitement, sans revoir le pays natal dont il se languissait.

Blackwater en Irak n’a pas inventé le mercenariat. Au XVIIIème siècle, l’armée du Roi d’Angleterre, comme d’autres, faisait déjà appel aux mercenaires.

En 1756, son 60ème régiment est même essentiellement composé de soldats de fortune recrutés pour soutenir la colonisation de l’Amérique. Baptisés les Royal Americans, ces Allemands, Hollandais et Suisses sont dirigés par un colonel vaudois, Henry Bouquet.

«Bouquet a joué un rôle important dans la formation de la Pennsylvanie et dans l’avancée vers l’Ouest», raconte Conrad Ostertag au coin de Bouquet Street à Pittsburgh. «Il est l’un des fondateurs de Pittsburgh et a ouvert la voie à la conquête anglaise de l’Ouest en chassant les Français de ce qui deviendra Fort Pitt et en soumettant les Indiens de la région», explique ce membre actif de la communauté suisse-américaine locale. 

Washington aux ordres de Bouquet

«Bouquet est une figure héroïque parce qu’il était non seulement un très bon tacticien, mais aussi un grand leader capable de s’entourer de bons officiers», renchérit Andrew Gaerte, chef du service pédagogique au musée de Fort Pitt qui monte une exposition sur Henry Bouquet pour 2013 et 2014.

Parmi les officiers de Bouquet, un certain George Washington. Le futur père fondateur de la nation américaine et premier président des Etats-Unis est alors, selon Andrew Gaerte, «un jeune homme très arrogant que Bouquet trouve énervant, mais qu’il garde parce qu’il est un bon capitaine».

La première heure de gloire de Bouquet vient en 1758. Le premier ministre anglais, William Pitt, veut Fort Duquesne, poste militaire français situé aux confins de l’Amérique européenne de l’époque. Le fort est bâti sur une langue de terre à la confluence des rivières Monongahela et Allegheny, qui forme l’Ohio. L’endroit est éminemment stratégique.

«C’est la porte de l’Ouest, un seuil incomparable, puisque l’Ohio va se jeter dans le Mississippi. Le pays qui contrôlerait ce point d’accès contrôlerait donc aussi le commerce avec les Indiens, la colonisation vers l’Ouest et aurait du même coup une énorme influence dans les affaires du monde», explique Alan Gutchess, directeur du musée de Fort Pitt.

6000 hommes disciplinés

Bien que second du général anglais John Forbes, le colonel Bouquet va diriger l’opération, Forbes étant gravement malade. Le Suisse recrute et forme des colons allemands et des Cherokees qui, entourés par ses mercenaires, avancent vers l’Ouest en traçant une route et en construisant des forts.

Très vite, Bouquet est à la tête de 6000 hommes disciplinés qui constituent une telle force de frappe que les Français décident de raser Fort Duquesne et d’abandonner les lieux. Sur les cendres du fort français, Bouquet ordonne l’érection d’un nouveau fort que Forbes baptise Fort Pitt en l’honneur du chef du gouvernement britannique et celle d’un village qui sera appelé Pittsburgh.

Mais la défaite de la France ne permet pas à Bouquet de se reposer sur ses lauriers. Des tribus indiennes redoutent la formidable poussée des colons du Royaume anglais. Conduites par le chef Pontiac, elles se soulèvent en 1763. Elles mènent une guérilla qui surprend certains commandants des forts construits sous la houlette de Bouquet cinq ans auparavant, mais pas le colonel lui-même qui a souvent contesté l’utilité en Amérique des techniques de guerre pratiquées en Europe et a su apprendre les tactiques des Indiens.

Après avoir détruit plusieurs forts, les hommes de Pontiac ne sont plus qu’à 200 kilomètres de Philadelphie et assiègent Fort Pitt, alors commandé par un autre Suisse, Simon Ecuyer. Ce fort de pierre et de brique est l’un des plus imposants de l’époque et abrite des centaines de soldats et de colons.

Bouquet est chargé de libérer le fort qu’il fonda et d’écraser la rébellion. Employant embuscades et autres méthodes indiennes, il progresse rapidement avec une troupe légère à travers la dense forêt, guidé par un marchand allemand installé dans la région et sa femme, une Suissesse dénommée Béatrice Guldin. La rébellion de Pontiac est brisée en chemin et les derniers assiégeurs de Fort Pitt s’enfuient.

La paix… et la mort

En 1764, Bouquet signe un traité de paix avec les Indiens qui finit d’ouvrir à l’invasion européenne l’immense territoire s’étalant à l’ouest des Appalaches.

L’année suivante, dans une résolution adoptée à l’unanimité, l’assemblée de Pennsylvanie exprima sa gratitude envers le colonel Bouquet. Quant au Roi d’Angleterre, il envoya ses remerciements au Vaudois, le nomma commandant des colonies britanniques de la Floride et le promut même général par dérogation au règlement régissant la carrière des mercenaires.

«Les salaires versés aux mercenaires dans l’armée anglaise étaient bien plus élevés que ceux des armées autrichienne, prusse ou danoise», indique Andrew Gaerte du musée de Fort Pitt. «L’intérêt pour eux, c’était aussi qu’en Amérique, le gouvernement britannique donnait des terres aux mercenaires à la fin de leur contrat, les simples soldats recevaient 25 hectares et Bouquet aurait pu en obtenir 2500», ajoute-t-il.

Mais Bouquet ne vécut pas assez longtemps pour devenir propriétaire terrien en Amérique. A peine arrivé à Pensacola en Floride, il succombe à la fièvre jaune. Il a 46 ans. Lui qui tenait une correspondance assidue avec sa famille et ses amis d’enfance, dans laquelle il se languissait du pays natal, n’avait pas revu la Suisse depuis plus de dix ans.

Quelques repères

1492: «Découverte» de l'Amérique par Christophe Colomb.

1585: Fondation d'une première colonie anglaise sur l'ile de Roanoke par Sir Walter Raleigh

Au 18e siècle, les «Treize colonies» anglaises s'étendent sur plusieurs centaines de kilomètres le long de la côte atlantique.

1775: Début de la guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique

4 juillet 1776: Déclaration d'indépendance américaine

1789: George Washington, premier président américain

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Henry Bouquet

1719. Naissance à Rolle, canton de Vaud.

Carrière. Il s’engage à 17 ans dans l’armée hollandaise, puis dans celle du Roi de Sardaigne. Colonel à 29 ans, il devient ensuite commandant dans les Gardes Suisses.

Amérique. Entré au service de la Couronne britannique en 1755, il arrive en Amérique en 1756.

En 1758, il prend aux Français, le Fort Duquesne, futur Fort Pitt.

En 1764, il défait la rébellion indienne du chef Pontiac.

1765. En janvier, l’assemblée de Pennsylvanie vote à l’unanimité une résolution de reconnaissance envers Bouquet. En avril, il est promu général et nommé commandant des colonies britanniques du sud de l’Amérique

Mort. En septembre de la même année, il meurt de la fièvre jaune à Pensacola, en Floride.

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