Un nouvel appel pour l'aide aux victimes

Walter Kälin est inquiet pour les populations déplacées. Keystone Archive

Le Suisse Walter Kälin, haut fonctionnaire des Nations Unies appelle les gouvernements à intensifier l’aide aux victimes d’Asie du Sud.

Ce contenu a été publié le 29 décembre 2004 - 09:42

Mais comme il l’a dit à swissinfo, le conflit entre gouvernement et indépendantistes pourrait saper les efforts déployés dans la province indonésienne d’Aceh.

swissinfo: Les Nations Unies ont lancé plusieurs appels à l’aide pour les victimes des raz de marée en Asie du Sud. Jusqu’ici, comment avez-vous été entendus?

Walter Kälin: Si l’on regarde les réactions des gouvernements des pays touchés, on voit que certains étaient bien préparés à affronter un désastre pareil et d’autres nettement moins bien.

En Inde par exemple, les autorités ont immédiatement déployé un plan d’urgence pour conduire les opérations de secours et d’aide, avec l’assistance de l’armée et des forces paramilitaires.

Mais dans d’autres pays, comme aux Maldives, on a l’impression que la capacité du gouvernement à faire face a atteint ses limites. Ils ont vraiment de la peine à gérer la situation de manière systématique.

Du côté des pays donateurs, on a promis des quantités d’aide et elles seront effectivement disponibles. Jan Egeland, le chef du bureau de l'ONU pour la coordination des affaires humanitaires, est très actif. Ils envoient des équipes pour évaluer les besoins et leurs rapports arriveront très rapidement.

swissinfo: Les Nations Unies ont parlé d’un effort «sans précédent» en faveur des victimes. Qu’il y a-t-il de différent cette fois par rapport à d’autres catastrophes?

W. K.: Je ne fais pas partie des structures de décision pour les catastrophes naturelles. Mais ce qui est différent, c’est que jusqu’ici, on a dû aider un pays, voire un pays et un ou deux de ses voisins. Mais ici, c’est une région entière qui est touchée.

Et je crois que le gros défi pour l’ONU sera de coordonner correctement les efforts.

Un autre défi sera de s’assurer que des mesures seront prises pour éviter des désastres pareils à l’avenir.

Je n’ai pas pour le moment d’éléments qui me permettraient de montrer qui que ce soit du doigt, mais le devoir d’un gouvernement est d’assurer la sécurité de son peuple. C’est une simple question de respect des droits de l’homme. Et la communauté internationale a le devoir d’aider ses membres à assumer cette tâche.

swissinfo: Vous avez dit être particulièrement concerné par le sort de la province d’Aceh, en Indonésie. C’est une des zones les plus touchées et la guerre civile dont elle est le théâtre freine l’acheminement de l’aide. Est-ce que le problème se pose de la même manière au Sri Lanka? Et que peut-on faire?

W. K.: A Aceh, la guerre civile a engendré des déplacements de populations. Et dans le passé, le gouvernement indonésien a été très restrictif pour garantir l’accès des organisations internationales à ces populations.

Il est donc vraiment à espérer que les problèmes politiques n’empêcheront pas la distribution de l’aide.

Le Sri Lanka est par contre bien plus ouvert à l’assistance internationale, malgré la guérilla séparatiste que mènent les tigres tamouls. Dès lundi en effet, on a vu la présidence demander l’aide internationale.

Des centaines de milliers de personnes ont été déplacées dans l’île à cause de cette guerre civile qui dure depuis des décennies. Et beaucoup de ces gens ont été frappés une fois de plus par le raz de marée.

swissinfo: Quand les médias cesseront de braquer leurs projecteurs sur l’Asie du Sud, le risque existe de voir le public et les politiciens occidentaux se désintéresser de cette région. Est-ce un souci pour vous?

W. K.: Il est important de ne pas oublier et de suivre les événements.

Si je pense à mon mandat, je sais par expérience que les catastrophes naturelles engendrent de gros déplacements de populations. Certaines personnes peuvent rentrer rapidement chez elles, mais d’autres ne le peuvent pas, parce que les infrastructures sont détruites et qu’il n’y a pas d’aide à la reconstruction.

Ce que je crains, c’est que ceux qui ne pourront pas rentrer prochainement, resteront longtemps des personnes déplacées, mais risquent également de devenir des oubliés.

C’est un des rôles qu peuvent jouer les Nations Unies: continuer à informer, à attirer l’attention sur les zones où les gens ont besoin d’aide et de protection. Et je vais naturellement m’y employer.

Interview swissinfo, Jonas Hughes
(Traduction et adaptation de l’anglais: Marc-André Miserez)

Faits

Walter Kälin, juriste suisse, expert du droit international et des questions liées aux droits de l’hommes, est actuellement représentant du secrétaire général de l'ONU pour les droits des personnes déplacées.
De 1991 à 1992, il a été rapporteur spécial des Nations Unies pour les droits de l’homme au Koweit.
Depuis 2003, il est également membre du Comité de l’ONU pour les droits de l’homme.

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En bref

- Le séisme survenu dimanche matin à 07H58 locales (01h58 suisses) au large de l'île indonésienne de Sumatra avait une magnitude de 9 sur l'échelle de Richter.

- Plusieurs raz de marée ont touché le Sri Lanka, l'Inde, l'Indonésie, la Malaisie, la Thaïlande, le Myanmar (Birmanie), les Maldives, le Bangladesh et jusqu’à la côte orientale de l’Afrique.

- On déplore déjà au moins 77'000 morts. Toujours provisoire, le bilan sera à l'évidence encore plus lourd.

- Pour l’heure, neuf victimes suisses ont été identifiées. Bilan également provisoire, car 1400 ressortissants suisses n'ont pas encore pu être localisés.

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