Un ordre de religieuses au centre du monde

Sœur Edelina, Mère-Provinciale à Ingebohl. swissinfo.ch

Pour Edelina Uhr, Mère Supérieure du couvent d'Ingenbohl, le problème de la relève et du vieillissement dans les couvents est préoccupant.

Ce contenu a été publié le 19 mars 2006 - 10:09

Depuis 150 ans ces religieuses s'investissent dans la santé et la formation. Elles s'occupent des plus déshérités de la planète.

Tout au fond du canton de Schwyz, au bord du lac des Quatre-Cantons, sur une colline de la commune d'Ingenbohl, se trouve le couvent du même nom.

Les sœurs sont actives dans le monde entier. Elles s'investissent dans les soins aux malades, les jardins d'enfants, les homes, les foyers pour femmes, les projets pour le SIDA et l'asile. Elles ont choisi un mode de vie particulier, toujours au service des gens dans le besoin et des marginaux.

swissinfo: Est-ce que la foi d'une personne joue un rôle, lorsque vous choisissez de l'aider?

Edelina Uhr: La foi ne joue absolument aucun rôle. Si quelqu'un est dans le besoin, nous essayons de l'aider. Je reçois beaucoup de demandes de soutiens financiers, et nous aidons ceux qui en ont le plus besoin.

Les gens ont des origines et des croyances différentes. Nous donnons à manger aux êtres humains qui n'ont rien, sans jamais nous préoccuper de leur religion.

swissinfo: Est-ce que le couvent d'Ingenbohl collabore avec d'autres communautés religieuses?

E.U.: Nous nous engageons pour un œcuménisme chrétien, une de nos sœurs est membre de la COTIS, la communauté de travail interreligieuse de Suisse.

Dans les hôpitaux, par exemple, nous soignons aussi les malades d'autres religions et collaborons avec des employés ayant d'autres croyances. Dans notre couvent, nous avons des religieuses âgées qui enseignent l'allemand à des enfants et des adultes de langue étrangère. Très souvent, ils appartiennent à d'autres communautés religieuses.

swissinfo: Que pensez-vous des tensions entre les différentes religions, accentuées notamment avec la publication des caricatures de Mahomet?

E.U.: C'est une évolution dramatique, car à la base, les cinq principales religions de par le monde ont comme préoccupations principales le respect et la considération de l'être humain. Nous pourrions d'ailleurs nous compléter les unes les autres.

C'est en fait le fanatisme ou le fondamentalisme qui jette de l'huile sur le feu. En définitive, les gens ne savent même plus pourquoi ils se battent.

J'espère que les forces saines de chaque religion pourront à un moment donné reprendre le dessus et ramener tous les êtres humains violents à la raison.

swissinfo: Est-ce que la foi et la religion ne devraient pas être plus intérieures et individuelles, au lieu d'être de plus en plus politisées?

E.U.: D'un côté oui. Mais d'un autre côté, je ne peux pas dissocier la religion de ma vie et de mes convictions politiques. Je vote en fonction de mon comportement religieux, de mon sens chrétien.

swissinfo: Est-ce que les sœurs d'Ingenbohl ont pour devoir, à l'étranger, de faire un travail de missionnaire et attirer de nouveaux membres?

E.U.: Premièrement ce n'est pas un devoir. Le devoir est d'aider les gens. Si je suis convaincue de ma foi, j'aimerais aussi naturellement que d'autres puissent croire en un Dieu qui les accepte. Mais ce n'est pas une obligation.

La relève, que nous souhaitons pour notre ordre, ne doit pas être la raison pour laquelle nous allons à la rencontre des gens.

swissinfo: Au contraire des communautés à l'étranger, la relève n'est pas assurée en Suisse, la moyenne d'âge est très élevée. Est-ce un problème?

E.U.: Oui, nous avons peu de jeunes. Pour le moment, il y a une novice et une sœur qui vient de prononcer ses vœux perpétuels, deux autres jeunes sœurs s'y préparent pour l'année prochaine.

Je suis très reconnaissante que quelques-unes aient choisi cette voix. Le vieillissement ne concerne pas que le siège principal, ici. Dans toute notre province, nous avons une proportion très élevée de sœurs âgées. Mais, c'est également le reflet de la société suisse.

swissinfo: Craignez-vous pour votre rôle à l'avenir?

E.U.: Je suis persuadée que le travail social que nous avons mis en œuvre était important, ce fut en fait un travail de pionnier. Pour y parvenir, il fallait beaucoup de religieuses.

Aujourd'hui, l'Etat a repris beaucoup de ces tâches. Ce qu'il ne peut pas reprendre c'est notre mode de vie, qui, je pense, ne doit pas disparaître. Nous n'avons pas besoin d'être nombreuses, car même en étant un nombre restreint à mener ce mode de vie, nous pouvons montrer au monde qu'il y a encore d'autres valeurs que l'économie et la survie du plus fort.

swissinfo: Les Eglises évangéliques qui organisent des manifestations et des 'events' attirant souvent les jeunes en masse, sont-elles pour vous une concurrence?

E.U : Ce n'est pas une concurrence à proprement parler. Au début aussi, nous avions cet enthousiasme. Il faut d'abord voir si la chrétienté est vraiment au centre de ces events et s'il y a un véritable engagement. Chez nous, nous nous engageons à vivre ensemble, dans les bons comme dans les mauvais jours, c'est capital.

swissinfo: Pourquoi n'y a-t-il en fait pas de 'frères d'Ingenbohl'?

E.U.: Le fondateur, le Père Theodosius, était un capucin. L'ordre des capucins existait déjà auparavant. Il a eu alors l'idée de fonder un ordre de frères-hospitaliers, mais ça n'a pas abouti.

swissinfo: Toutes les sœurs d'Ingenbohl sont-elles habillées de la même manière partout dans le monde?

E.U.: L'habit de base est le même, mais les sœurs ont la possibilité, par exemple en Suisse, la province-mère, ou aux Etats-Unis, de s'habiller en civil. En Inde, elles portent un sari de la couleur des religieuses. Notre signe de reconnaissance est la sainte croix que nous portons.

swissinfo: Est-ce que beaucoup de monde demande à séjourner au couvent à notre époque si trépidante?

E.U.: Le nombre augmente effectivement. Il y a toujours plus de couvents qui offrent cette possibilité. Chez nous aussi, nous accueillons toujours des femmes qui ont besoin de temps pour elles, durant une courte période ou pour trois mois.

swissinfo-Interview: Gaby Ochsenbein, Ingenbohl
(Traduction de l'allemand: Philippe Varrin)

En bref

- En 1856, le Père Capucin Theodosius Florentini et la Soeur Maria Theresia Scherer fondent le couvent d'Ingenbohl au bord du lac des Quatre-Cantons.

- La congrégation des sœurs de Charité de la Sainte-Croix s'étend en Autriche, en Slovénie, en Hongrie et en Allemagne.

- Les Sœurs d'Ingenbohl, qui appartiennent à l'ordre des franciscains, s'engagent pour les soins, l'assistance, les problèmes sociaux et s'occupent de la formation des femmes et des enfants.

- Ce sont les 'mères-provinciales' qui sont responsables de la gestion du couvent. Elles dirigent les hôpitaux, les écoles et les fondations dans différentes régions du monde.

- En Suisse, la province d'origine, l'ordre doit affronter de gros problèmes de relève.

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Faits

Le couvent d'Ingenbohl est la maison-mère de 4190 religieuses, réparties dans des provinces de 14 pays d'Europe, d'Amérique du Nord et du Sud, d'Asie et d'Afrique.
Il y a en Suisse 780 sœurs d'Ingenbohl, dont 450 au couvent sur la colline d'Ingenbohl.
Le couvent possède des sociétés par actions et des fondations dans le monde, ainsi que de nombreuses maisons et fermes.

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