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Un portrait en finesse de la traductrice de Dostoïevski



Les 5 éléphants, ce sont cinq grands romans de Dostoïevski. La femme, c’est Swetlana Geier.

Les 5 éléphants, ce sont cinq grands romans de Dostoïevski. La femme, c’est Swetlana Geier.

«La Femme aux 5 éléphants», long métrage du cinéaste bâlois Vadim Jendreyko, a reçu cette année le Quartz du meilleur documentaire suisse. Un film fervent, à l’affiche des salles romandes.

Le pouvoir rédempteur de l’amour. Toute l’œuvre de Dostoïevski en est imprégnée. Tout le film de Vadim Jendreyko s’en inspire.

Mais d’abord pourquoi Dostoïevski ? Parce qu’il est l’axe autour duquel tourne La Femme aux 5 éléphants. La femme, c’est Swetlana Geier. Les éléphants, ce sont L’Idiot, Les Démons, Les Frères Karamazov, Crime et châtiment et L’Adolescent, romans majeurs de l’immense écrivain russe.

Swetlana Geier est, quant à elle, LA grande traductrice en langue allemande de Dostoïevski. Un jour, en 1992, l’éditeur zurichois Egon Ammann est venu la trouver à Fribourg-en-Brisgau, en Allemagne, où elle est établie, pour lui commander la traduction des cinq romans précités. Quinze ans lui ont été nécessaires pour venir à bout d’une tâche titanesque, qui vaut son poids d’amour et de dévotion.

Ni cynisme, ni oubli

Car le moins qu’on puisse dire c’est qu’il y a chez Swetlana une ferveur mystique qui la rapproche de certains héros dostoïevskiens. Comme ces derniers, cette dame âgée de 85 ans, très belle dans sa douce et vigoureuse vieillesse, a su trouver un compromis pour vivre avec elle-même. Entendez avec les douleurs que lui ont infligées la grande et la petite histoire. La littérature fut son salut. Sans doute l’est-elle encore.

C’est en tout cas ce qui ressort de ce documentaire tout en finesse réalisé par Vadim Jendreyko, cinéaste bâlois, d’origine ukrainienne, tout comme Swetlana Geier, née à Kiev en 1923. Les années n’ont de prise que sur le visage, plissé, de la femme. Le regard bleu est resté perçant, le cœur et l’esprit, intacts. Ni cynisme, ni oubli. La mémoire est là pour raconter le passé, réveillé par le cinéaste qui filme la traductrice d’abord chez elle, en Allemagne, avec sa dactylo, avec son correcteur aussi. Puis dans sa cuisine, parmi les siens, et plus tard à Kiev à l’occasion d’un voyage récent que la vieille dame accomplit comme un retour aux sources.

«Je voudrais boire aux sources des cigognes», dit celle qui foule ce matin-là une neige intacte, comme on foule un nouveau territoire. Nous sommes en Ukraine, en 2007, tout près de la datcha familiale où Swetlana passait autrefois ses vacances; où elle soigna jadis son père meurtri par la torture stalinienne. Elle avait alors 15 ans.

Profiter de la chance

Soixante cinq ans après, la revoilà sur les lieux de son adolescence, accompagnée de l’une de ses petites filles et du cinéaste. Ce qui a changé depuis, c’est sa vision du monde. Car l’ex-URSS est restée sinistre, aux yeux de Swetlana en tout cas, qui a appris entre temps à se reconstruire, aidée en cela par ses lectures et son travail. Soutenue aussi par la chance dont elle a su profiter.

Un officier allemand lui propose, en 1943, de quitter l’URSS. Une aide généreuse, pensera plus tard celle à qui l’Allemagne offre alors la possibilité d’échapper au joug stalinien. Mais à Dortmund où elle débarque avec sa mère, elle est internée dans un camp de travailleurs de l’Est. L’internement est provisoire. Quelques mois après, elle reçoit, chose rare, un passeport étranger qui lui permet de rejoindre Fribourg-en-Brisgau. Elle s’y installe, y étudie la linguistique et la littérature comparée, avant de devenir enseignante.

Fribourg-en-Brisgau. C’est par là que commence le film, par là qu’il se termine aussi. La boucle est bouclée. Dans son mouvement circulaire, le temps fait tourner les mêmes joies et les mêmes peines. Joies du travail, vécues par une traductrice passionnée. Peines d’une jeune fille qui a perdu trop tôt son père mort de ses plaies ouvertes dans les geôles de Staline. Peines d’une vieille femme qui a vu partir trop vite son fils décédé de ses blessures à la suite d’un accident de travail, en Allemagne.

Dans sa maison à Fribourg-en-Brisgau, on voit à un moment donné la femme aux 5 éléphants en train de lisser son linge sur une planche avant de le repasser. Elle glisse: «Les fils perdent leur chemin après le lavage». On se dit alors que cette femme a passé sa vie à retrouver amoureusement le sillon des fils perdus.

Ghania Adamo, swissinfo.ch

A voir

La Femme aux 5 éléphants, documentaire de Vadim Jendreyko. A l’affiche des salles romandes.

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Vadim Jendreyko

Né en Allemagne en 1965, il a grandi en Suisse. Il étudie au gymnase, à la Kunstgewerbeschule à Bâle et à la Kunstakademie à Düsseldorf. Il est père de deux enfants et vit à Bâle.

Il réalise son premier film en 1986. En 2002, il fonde, avec Hercli Bundi, Mira Film GmbH, entreprise dans laquelle il travaille en tant que producteur et coproducteur.
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Parmi ses documentaires, citons les derniers: Bashkim (2002), Transit-Zurich Flughafen (2003), Leistung am Limit (2004).
La femme aux 5 éléphants a reçu plusieurs récompenses, dont le Quartz du meilleur documentaire suisse, en 2010.

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