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Un Portugal entre amour de la terre et appel de l'océan

Armandina Maia, de l’Institut Camões, Lisbonne, est surprise de l'accueil fait au Portugal par Genève.

(swissinfo.ch)

Visage européen, lumière atlantique: le message que veut faire passer le Portugal, hôte d'honneur du Salon du Livre édition 2001, tient en quatre mots. «Présenter le livre portugais aux Suisses n'est pas facile, avoue Armandina Maia, c'est même un défi. Mais nous allons chercher l'effet surprise et montrer la capacité d'innovation et de créativité que les Portugais portent en eux.»

Comment comprendre le «pas facile» de celle qui dirige le service de l'action culturelle de l'Institut Camões, rattaché au Ministère portugais des affaires étrangères? Les Suisses, explique-t-elle, ne connaissent sans doute pas aussi bien la littérature portugaise que leurs voisins de l'Hexagone, même si les écrivains lusophones cultivent une forte tradition de la traduction française.

Qu'Armandina Maia se rassure! L'idée d'inviter le Portugal au Salon 2001 a été très bien accueillie, au-delà même de ses espérances: «J'ai cru qu'il fallait faire beaucoup pour convaincre les gens de Suisse, mais en réalité il semble qu'ils sont très nombreux à s'y intéresser.» José Saramago n'est pas là, ni Antonio Lobo Antunes. Mais une bonne vingtaine d'écrivains, poètes ou romanciers, font le déplacement de Genève. La rencontre entre les cultures est donc bel et bien programmée.

Le poète portugais, en fait, a plusieurs visages, explique Armandina Maia, auteur également d'une anthologie de «l'autre rive». «Nous sommes, dit-elle, un peuple à moitié insulaire, avec une face tournée vers l'Atlantique. L'autre vers l'Europe, au-delà de l'Espagne. Et nos poètes parlent d'une sorte de double vie, d'êtres qui habitent en deux endroits, leur terre natale et l'autre pays qu'ils ont découvert et qu'ils aiment tout autant.» Clin d'œil évident à l'émigration, à l'exil parfois lors de la dictature ou encore à l'aventure de tous temps.

De Camões de jadis et de sa vie «dispersée à travers le monde en mille morceaux», à Saramago, récompensé par le Nobel 1998 de littérature pour «des profondeurs insoupçonnées au service de la sagesse», les écrivains portugais ne cessent de dire l'éternelle tension entre l'attachement à la terre nourricière et l'appel du grand large. Entre ce que les Suisses appelleraient aujourd'hui le repli sur soi et l'ouverture au monde.

Justement. Antonio Pinheiro, responsable à Genève de la seule librairie portugaise de Suisse, vit le passage du Portugal au Salon du Livre comme un vrai bonheur. Parce que c'est une bonne occasion de faire naître des lecteurs. Et parce que cela répond à une certaine attente des Suisses qui, dit-il par expérience, «lisent beaucoup, voyagent beaucoup ou connaissent des Brésiliens ou Portugais». Et de nous raconter le souvenir qu'il garde de sa première cliente, une Suissesse, venue lui acheter la collection complète et originale des écrits de Miguel Torga, l'un des grands noms des écrivains de la terre portugaise.

Mais Antonio Pineiro est bien décidé à ne pas en rester là. Après avoir inauguré le «Café littéraire Pessoa» de Genève, il lance, à l'occasion du Salon du Livre, un nouveau magazine culturel et trimestriel, qui plus est bilingue portugais-français et baptisé «Pessoas» (les gens). Une manière, pour lui, de répondre à une demande de ce qui constitue la première communauté étrangère du lieu, sans parler des résidents brésiliens, mozambicains, angolais ou autres lusitanophones. Le Portugal au Salon? C'est donc bien autre chose qu'un stand.

Bernard Weissbrodt


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