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Un référendum pour secouer les «Européens désorientés»

Charles Wyplosz espère que les autres pays du G20 vont dire leur fait aux Européens.

Charles Wyplosz espère que les autres pays du G20 vont dire leur fait aux Européens.

(AFP)

Le G20 s’ouvre à Cannes, deux jours et demi après l’annonce du référendum grec, qui pourrait ruiner le plan élaboré à grand peine pour sortir de la crise. Charles Wyplosz, économiste à Genève, n’en salue pas moins cette consultation, qui devrait secouer des Européens «désorientés et divisés».

Le premier ministre grec Georges Papandréou a pris tout le monde par surprise en annonçant lundi soir son intention – confirmée ensuite par l’ensemble du gouvernement – de soumettre le plan de sauvetage de son pays au vote des citoyens. Le référendum, qui devrait avoir lieu en janvier 2012, sera le premier dans le pays depuis 1974, quand les Grecs avaient voté l’abolition de la monarchie après l’effondrement du régime des colonels.

Charles Wyplosz salue cette décision. Pour lui, le plan de sauvetage concocté par l’Union européenne «imposerait une austérité inutile aux Grecs» et il est bon de réintroduire un élément de démocratie dans le processus.

swissinfo.ch: Que peut-on attendre de ce sommet du G20 ?

Charles Wyplosz: Peu de choses, comme d’habitude. L’ordre du jour risque d’être partiellement accaparé par la crise européenne, mais le sommet ne peut de toute façon pas faire grand-chose. Il se pourrait bien que l’on assiste à la suite des récentes rencontres de la zone euro, avec les autres pays qui se plaignent de ce que les Européens font empirer les choses au lieu d’empoigner cette crise.

D’autres points ont été préparés, en rapport notamment avec les mouvements de capitaux et le contrôle des capitaux, mais ils vont probablement passer au second plan. Et il y aura aussi la discussion annuelle sur les monnaies et sur les pouvoirs de vote au Fonds monétaire international.

Les Etats-Unis et l’Europe pourraient entrer en récession, mais le président Obama a vu son plan emploi bloqué au congrès et il a les mains liées. Quant aux Européens, ils sont dans la confusion totale sur les remèdes à apporter. Il est donc peu probable que ce sommet soit marqué par des décisions courageuses.

Je crois qu’on exagère beaucoup l’importance du G20. Ce n’est pas l’endroit pour négocier et pour prendre des décisions. C’est trop vaste et trop divers. Cela n’en est pas moins très utile - je n’ai rien contre le fait que les gens parlent et confrontent leurs vues -, mais à chaque fois, les gens attendent de grandes choses et au final, ils sont grandement déçus.

swissinfo.ch: Que dites-vous de la décision grecque de soumettre le plan de sauvetage au vote populaire ?

C.W.: J’en suis totalement ravi. Les Européens sont passablement désorientés et sur la mauvaise voie. Pour repartir sur de nouvelles bases, une bonne secousse sera salutaire.

Je trouve l’austérité imposée aux Grecs profondément choquante. Le situation dans le pays se détériore de jour en jour et ce n’est pas avec une économie qui coule qu’ils vont améliorer leur déficit budgétaire.

Les décisions se prennent de manière totalement non démocratique et sont imposées au gouvernement grec, au mépris de sa souveraineté. Donc, ce référendum est une occasion bienvenue d’introduire un élément de démocratie dans ce processus, qui jusqu’ici a été extraordinairement technocratique.

C’est aussi un rappel très important aux dirigeants politiques du fait qu’ils créent des souffrances énormes en imposant une cure d’austérité au milieu d’une récession. Et cela ne peut qu’échouer. C’est d’ailleurs visiblement en train d’échouer.

swissinfo.ch: La question de la dette européenne pourrait passer sous la loupe d’autres membres du G20 comme les Etats-Unis, la Chine ou l’Inde. Quelles réactions ou quels soutiens attendez-vous ?

C.W.: Les Européens ont courtisé la Chine, le Brésil et quelques autres pour obtenir un peu d’argent. C’est ridicule. Ils ont les ressources nécessaires pour résoudre leurs problèmes, mais ils sont juste trop désorientés et trop divisés. Cela dit, je suis sûr que les autres vont donner un peu d'argent, comme un geste symbolique et comme un moyen de gagner une certaine influence sur les Européens.

J’espère vraiment que les autres membres du G20 diront clairement aux Européens qu’il ne peuvent pas continuer à faire un tel gâchis. Depuis deux ans, ils ont pris la mauvaise direction à chaque carrefour.

swissinfo.ch: La Suisse a traversé la crise de 2007-2008 avec relativement peu de dégâts, comparé à ses voisins. Mais malgré les efforts pour contrôler le franc, on assiste aujourd’hui à une vague de suppression d’emplois et de délocalisations, comme chez Credit Suisse, Novartis, Schindler ou Kudelski. Comment voyez-vous cette évolution ?

C.W.: La Suisse est profondément intégrée dans l’Europe, donc quand il y a des problèmes en Europe, la Suisse doit aussi en souffrir d’une manière ou d’une autre. Les exportations sont touchées, et quelques entreprises vont décider de délocaliser. La Suisse ne peut pas simplement s’attendre à voir l’Europe s’effondrer autour d’elle sans que cela ne la touche.

swissinfo.ch: Certains lobbies disent que la Banque nationale Suisse (BNS) devrait élever le cours plancher de l’euro, qui est actuellement à 1 franc 20, afin de sauvegarder des emplois. Est-ce réaliste ?

C.W.: Les industriels se battent clairement pour leurs propres intérêts, qui ne sont pas nécessairement ceux du reste de la population.

La BNS a fait un pari très audacieux, et ça marche. Mais si la situation vient à se détériorer en Europe et que nous avons une vraie crise bancaire, ce qui est très probable, la pression va remonter sur le franc suisse.

Donc, à l’évidence, plus le plancher est élevé et plus difficile il sera à la BNS de tenir le cap. Mais que le taux soit fixé à 1.20 ou à 1.30, cela ne changera pas radicalement la vie de la banque centrale. Cela ne fera que rendre le pari plus audacieux.

Charles Wyplosz

Né en 1947, Charles Wyplosz est professeur d’économie internationale à l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève, et directeur du Centre international d’études monétaires et bancaires.

Titulaire d’un doctorat en économie de l’Université Harvard. Il a notamment été professeur et doyen associé en charge de la recherche à l’INSEAD, la prestigieuse école privée de management parisienne et directeur du programme doctoral en économie à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, également à Paris.

Il intervient fréquemment comme expert auprès de nombreux organismes internationaux tels que le FMI, la Banque mondiale, la Commission européenne, le Parlement européen. Il a conseillé pendant plusieurs années le gouvernement russe, puis le gouvernement de Chypre. Il siège aussi dans de nombreux comités scientifiques et publie des chroniques dans la presse (Financial Times, Le Monde, Libération, Le Temps, Finanz und Wirstchaft…)

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L’accord soumis au référendum

Grèce. Les banques qui détiennent de la dette grecque renoncent à 50% de leurs créances d'ici 2020. Elles échangeront leurs obligations de dette grecques contre d'autres dont la valeur sera diminuée de moitié. On efface ainsi 100 milliards d'euros de la dette grecque, actuellement de 350 milliards.

Le Fonds de stabilité de la zone euro apportera à ces créanciers privés 30 milliards de garanties sur ces nouvelles créances.

Le plan de 109 milliards d'aide publique décidé le 21 juillet est remplacé par un autre, d'un montant de 100 milliards, avec une étroite surveillance de la mise en œuvre des réformes réclamées au pays.

Athènes devra trouver 15 milliards pour réduire sa dette en procédant à des privatisations.

Banques. Les fonds propres durs des banques (capital social et bénéfices mis en réserve) devront atteindre 9% au 30 juin 2012. En attendant que cet objectif soit atteint, les banques devraient être sujettes à certaines contraintes concernant la distribution de dividendes et le paiement de primes.

Les besoins de recapitalisation sont évalués à 106 milliards. Les banques grecques sont les principales concernées devant les banques espagnoles et italiennes.

Fonds de sauvetage. Doté actuellement d'une capacité de prêt de 440 milliards, il atteindra une force de frappe d'environ 1000 milliards d'euros. On cherchera à attirer les investisseurs extérieurs privés ou publics, comme les pays émergents.

Discipline. Les Etats devront renforcer leur discipline budgétaire, notamment en inscrivant le Pacte de stabilité et de croissance dans leur législation, de préférence au niveau constitutionnel, d'ici fin 2012.

(source: afp)

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Traduction de l’anglais: Marc-André Miserez, swissinfo.ch


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