Un zeste d'«humanité» pour les polytechniciens

Les passionnés de technique devront aussi s'intéresser à d'autres domaines, comme la philo ou l'histoire. Keystone Archive

Depuis lundi, jour de la rentrée, les 1400 nouveaux étudiants de l'EPFL suivent des cours en sciences humaines et sociales.

Ce contenu a été publié le 21 octobre 2002 - 22:47

Un programme enrichi pour développer le sens critique des futurs polytechniciens. Et pour leur permettre de mieux communiquer.

Histoire, philosophie, sociologie, esthétique de l'image, etc. Désormais, les étudiants de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) doivent également s'intéresser aux sciences humaines.

Un programme d'enseignement qui représente 10% de leur cursus. Pendant la première année, les étudiants choisissent quatre branches parmi une vingtaine de cours proposés. Mais, par la suite, ils sélectionneront une seule branche pour l'approfondir.

Une philosophie de la vie

«Il faut éviter de laisser les sciences humaines à la porte de l'EPFL, commente Jean-Jacques Palthengi, directeur du programme à l'EPFL. Parce que, après quatre ans d'études, ce sont finalement les hommes et les sciences qu'on retrouve à la sortie!»

«C'est fondamental, ajoute son collègue de l'Université de Genève, Antoine Bailly. Parce que c'est une philosophie de la vie qui se dégage de ces cours. On ne peut plus travailler sans connaître l'éthique de la science, par exemple.»

Et ces cours pourraient aussi permettre aux futurs ingénieurs de mieux communiquer. Ce qui - sans tomber dans les clichés - n'est pas leur point fort.

«Si on ne le pensait pas, on n'aurait pas proposé ce programme!», lance Jean-Jacques Palthengi, avec un brin d'autodérision dans le sourire.

Un choc des cultures

L'EPFZ (la grande sœur zurichoise de l'EPFL) applique le même principe. Mais elle dispose de son propre département en sciences humaines.

Alors que du côté lémanique, le programme est né d'une étroite collaboration entre l'EPFL et les Universités de Lausanne et Genève.

Les cours sont donnés par cinquante professeurs, essentiellement rattachés aux deux universités. Mais l'Ecole des beaux-Arts de Genève et l'Ecole cantonale d'art de Lausanne participent aussi au programme.

L'enseignement est adapté aux polytechniciens. Mais pas trop non plus...

«Nous avons adopté le principe du choc des cultures, dit Jean-Jacques Palthengi. Pas question de donner des cours pré-mâchés. Ils doivent rester authentiques.» Autrement dit, ce sont les étudiants qui doivent faire l'effort.

Reste à savoir s'ils seront motivés. «Au début, les branches pragmatiques, comme le management, auront plus de succès, reconnaît Antoine Bailly. Mais, par la suite, les étudiants découvriront la richesse des autres cours.»

A quand l'inverse?

L'objectif est donc clair: élargir l'horizon des polytechniciens. Et pourquoi pas, dans la même logique, ouvrir l'esprit des étudiants en lettres ou en économie?

«Evidemment, l'idée d'une opération réciproque nous a touché, répond le responsable du projet à l'EPFL. Pour l'instant, nous n'avons pas de programme concret. Mais, un jour, il faudrait en effet offrir des cours en sciences et technologies aux étudiants en lettres.»

L'idée fait son chemin. Elle est pourtant étonnante à l'heure de la spécialisation à tout prix. Alors s'agit-il d'un retour en arrière?

«Nous prenons une direction différente de celle qui a été prise ces trente dernières années, confirme Jean-Jacques Palthengi. Nous renonçons à donner uniquement des cours ciblés, comme le droit de la construction pour les ingénieurs en génie civil. Il faut les emmener ailleurs aussi.»

swissinfo/Alexandra Richard

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