Une équipe nationale ne se construit pas avec des stars

L’éviction d'Alain Geiger a coïncidé avec une Suisse qui retrouvait sa confiance en elle. Keystone Archive

Qu'a cela ne tienne! Si Chapuisat et Henchoz déclinent leur sélection en équipe de Suisse, il y en a d'autres qui ont l'étoffe pour les remplacer. Par le passé, d'autres grands footballeurs n'ont pas été retenus dans la sélection nationale au nom de la complémentarité au sein de l'équipe.

Ce contenu a été publié le 04 septembre 2001 - 14:50

A l'époque du renouveau de l'équipe nationale suisse amorcé par Uli Stielike (début des années 1990), Alain Geiger avait été écarté du contingent national. Le prestigieux entraîneur allemand ne s'entendait pas avec le brillant libero valaisan.

L'ère victorieuse de Roy Hodgson

Au temps de l'ère victorieuse de Roy Hodgson, le plus capé des sélectionnés suisses, Heinz Hermann, disparaissait étonnamment et prématurément des cadres de l'équipe nationale A, alors qu'il aurait pu rendre encore de fiers services par son charisme et son abattage au milieu du terrain.

L'éviction de Geiger a coïncidé avec une Suisse qui, grâce à Uli Stielike, avait trouvé confiance en ses possibilités. C'est, en effet, de très peu qu'elle devait rater sa qualification pour l'Euro 1992 en Suède.

Deux ans plus tard, Roy Hodgson héritait des fruits du travail mental effectué par Uli Stielike et qualifiait la Suisse pour le Mondial 1994 aux Etats-Unis. Avec Alain Geiger mais sans Heinz Hermann.

A l'Euro 96 en Angleterre, c'est Alain Suter qui a disparu de la Nati. En fait, depuis son différend autour de sa banderole antinucléaire. Alors que, jusque là, le talentueux Bernois avait été à l'origine de plus de 50% des buts suisses.

Nombreux essais infructueux

Du côté de nos voisins, l'équipe de France a finalement remporté le Mondial 1998 et l'Euro 2000 sans Eric Cantona et David Ginola. Qui, pourtant, cartonnaient dans le championnat d'Angleterre.

Après de nombreux essais infructueux, Aimé Jacquet avait en effet jugé néfaste la présence du «King» de Manchester et du bellâtre (aujourd'hui à Leicester) au sein des Bleus.

Cinq exemples frappants qui montrent bien qu'une équipe ne se forme pas qu'avec des vedettes, fussent-elles parmi les meilleures d'un pays, mais bien plutôt dans la complémentarité d'un équilibre entre créateurs et tâcherons.

Il est regrettable que Chapuisat (32 ans) s'en aille. Avec son expérience internationale (Borussia Dortmund), le Vaudois de GC aurait encore pu rendre de fiers services à la Suisse. C'est plus dommage qu'Henchoz s'éclipse, car à 27 ans, le Fribourgeois arrive au faîte de sa carrière à Liverpool. Il reviendra vraisemblablement sur sa décision.

La complémentarité au profit du vedettariat

Mais, aujourd'hui, le football suisse n'est pas en manque de bons joueurs dans l'axe. Murat Yakin et Patrick Muller en défense. Johann Vogel, Sébastien Fournier et Ciriaco Sforza en ligne médiane. Le principal problème se situant sur les côtés, où les demis d'ailes et les latéraux n'ont pas (encore?) la classe internationale.

Alors, laissons un peu de temps à Köbi Kuhn pour démontrer ses compétences et trouver la meilleure formation possible. Comme il est parvenu à le faire avec succès au sein des sélections nationales juniors. Où, à cet échelon, il n'y a pas de place pour le vedettariat.

Ce qui est quasiment sûr, par contre, c'est que si, par bonheur, la Suisse avait gagné contre la Yougoslavie, samedi à Bâle, jamais Henchoz et Chapuisat n'auraient osé claquer la porte. Malgré les arguments avancés par l'un et l'autre.

Et tout le monde aurait donné raison à Köbi Kuhn d'avoir aligné un onze de base inspiré du match de préparation à Vienne (joué sans Henchoz et Chapuisat).

Emmanuel Manzi

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