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Une 'guerre des taxis' plane sur Genève

Des frictions à venir dans les fils des taxis genevois.

(Keystone)

Les chauffeurs de taxi de la cité de Calvin s'élèvent contre une décision du gouvernement cantonal autorisant leurs 'collègues' français à prendre en charge des clients sur territoire genevois.

L'Union des artisans taxis de Genève hurle à la concurrence déloyale. Elle brandit des menaces de grève et de confrontations entre chauffeurs.

Mercredi dernier, le gouvernement du canton de Genève (Conseil d'Etat) a annoncé avoir adopté une modification du règlement de la loi sur les taxis et limousines.

Une adaptation nécessaire pour se conformer à l'accord sur la libre circulation des personnes signé avec l'Union européenne (UE) d'une part et à la loi fédérale sur le marché intérieur d'autre part.

Une menace réelle

Jusqu'à présent, seuls 150 chauffeurs français immatriculés dans les Départements frontaliers de l'Ain et de la Haute-Savoie disposaient de l'autorisation nécessaire pour effectuer des courses depuis l'aéroport, selon les chiffres du Département de l'économie et de la santé.

Si la décision prise mercredi a provoqué l'ire du millier de taxis genevois, c'est que désormais, les chauffeurs de taxi français possèdent exactement les mêmes droits qu'eux sur tout le territoire du canton.

«Cette décision ne passe pas. Elle menace réellement l'existence des taxis genevois qui souffrent déjà d'une très grande concurrence», explique Severino Maurutto à swissinfo.

Selon le président de l'Union des artisans taxis de Genève, le canton compte déjà 200 à 300 taxis surnuméraires et la perspective d'en voir arriver des centaines d'autres de France voisine est tout simplement «impensable».

Une menace de grève

En début de semaine prochaine, les différentes associations de chauffeurs de taxis du canton vont se réunir afin de décider d'une réponse commune. Un mouvement de grève n'est pas à exclure.

«Le problème fondamental est que la compétition est inégale», poursuit Severino Maurutto.

«Les taxis français bénéficient de détaxes sur le carburant et le niveau de vie en France est moins élevé. Posséder un taxi en France et moins onéreux qu'en Suisse. Nous craignons qu'une arrivée massive de taxis français et d'autres cantons suisses nuisent aux affaires avec les hôtels et les institutions internationales.»

Selon le président de l'Union des artisans taxis de Genève, près de 600 taxis français ont déjà travaillé illégalement sur territoire genevois. Résultat, de nombreuses frictions entre chauffeurs des deux pays durant les hautes saisons d'hiver et d'été.

«Il y a eu plusieurs grands clashs il y a plusieurs années et nous avons dû prendre des mesures pour apaiser la situation. Cette décision risque d'envenimer à nouveau les choses», conclut Severino Maurutto.

Le gouvernement genevois se refuse pour l'instant à commenter cette 'affaire' et affirme qu'il était dans l'obligation de prendre cette décision pour se conformer à la récente ouverture du marché du travail helvétique.

Les taxis genevois ont la réputation de monter aux barricades. L'an dernier, ils avaient engagé une grève de deux heures à l'aéroport après une décision des autorités demandant que tous les taxis soient repeints en jaune d'ici cinq ans.

Pas de problèmes à Bâle et au Tessin

La situation n'est pas aussi tendue dans les autres régions frontalières du pays, comme celle de Bâle ou celle du Sottoceneri, la partie méridionale du canton du Tessin.

Dans la cité rhénane, le marché des taxis est déjà ouvert aux travailleurs de l'Union européenne (UE) depuis deux ans. Mais, assurent les milieux concernés à swissinfo, les chauffeurs étrangers ne se poussent pas au portillon pour décrocher une autorisation.

Contactée par swissinfo, l'Associazione dei tassametristi autorizzati de Lugano - une des sociétés de taxis de la région - n'a pas enregistré une augmentation significative du nombre de collègues italiens sur sol suisse.

swissinfo, Adam Beaumont
(Traduction de l'anglais: Mathias Froidevaux)

Faits

Selon l'Office fédéral de la statistique, près de 180'000 frontaliers sont employés en Suisse. 55% viennent de France.

Le nombre de frontaliers travaillant dans la région genevoise a presque doublé durant les cinq dernières années. En mars dernier, ils étaient 58'200.

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Libre circulation

- Après le refus du peuple suisse d'adhérer à l'Espace économique européen en 1992, Berne a suivi la voie bilatérale avec l'UE.

- En mai 2000, deux tiers des citoyens ont approuvé un 1er paquet d'accords sectoriels, dont l'un prévoit l'introduction progressive de la libre circulation des personnes dès juin 2002.

- Ainsi, les résidents de l'UE peuvent travailler comme frontaliers en Suisse. L'obligation de rentrer chaque jour à leur domicile a été remplacée par une obligation hebdomadaire.

- En juin 2004, la Suisse a aboli la priorité accordée aux indigènes et les contrôles des conditions de salaire et de travail à l'embauche.

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