Une banque suisse d'Elf livre ses premiers secrets

Il n’existe pas de trace écrite des 4000 ordres donnés chaque année par la compagnie pétrolière. Keystone Archive

Les ordres de virement donnés par Elf à la banque Rivunion sont si confidentiels qu'ils sont notés sur une feuille de papier, détruite après exécution.

Ce contenu a été publié le 24 octobre 2001 - 11:31

C'est ce que révèle l'enquête de la justice suisse. Loïk Le Floch-Prigent, ancien PDG de la compagnie pétrolière Elf, affirme que la plupart des financements occultes passaient par deux petites banques, la Fiba, installée à Paris, et Rivunion, domiciliée dans le canton de Genève.

Elles auraient notamment mis sur pied une quarantaine de sociétés off-shore. Fort curieusement, la justice française, qui traque l'argent détourné depuis 1996, ne s'est jamais intéressée à Rivunion.

Christine Deviers-Joncour rémunérée

C'est pourtant cette banque suisse qui a grassement rémunéré Christine Deviers-Joncour, ancienne maîtresse de Roland Dumas, ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand.

Nettement plus curieux, Paul Perraudin , juge d'instruction à Genève, a longuement interrogé fin septembre Pierre Roger-Machart, directeur de Rivunion depuis 1987 et président depuis 1999.

«L'origine des paiements relevait exclusivement d'Elf Aquitaine. Nous avions conscience que ces ordres étaient très confidentiels», raconte-t-il au magistrat.

Pour preuve, il n'existe pas de trace écrite des 4000 ordres donnés chaque année par la compagnie pétrolière. «La banque qui exécutait les ordres de Rivunion était priée de ne pas retranscrire sur les relevés les noms des bénéficiaires», ajoute encore le président de Rivunion.

Un montage de sociétés off-shore

Les contribuables français seraient pourtant intéressés de connaître les heureux bénéficiaires des commissions. Selon Loïk Le Floch-Prigent, les sociétés off-shore liées à la Fiba et à Rivunion, «traitaient des dossiers allant de 50 millions de dollars à 300 millions de dollars».

Les montages juridiques des sociétés off-shore étaient l'œuvre d'avocats suisses, ainsi que de fiduciaires, «très liés aux avocats», révèlent l'ancien PDG d'Elf dans son livre «Affaire Elf, affaire d'Etat», qui ajoute: «ces gens étaient très bien payés».

Ian Hamel

«Affaire Elf, affaire d'Etat», par Loïk Le Floch-Prigent et Eric Decouty, Le cherche midi éditeur, 243 pages.

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