Une mini-puce qui fait le maximum

Pierre Fazan (à droite) avec ses collègues Serguei Okhonin et Jean-Michel Sallese. Keystone

Grâce à la découverte l'EPFL, les cellules de base des ordinateurs vont pouvoir maigrir de moitié. Les perspectives sont gigantesques.

Ce contenu a été publié le 09 janvier 2002 - 11:59

Dans le monde de l'électronique, la course à la miniaturisation est un enjeu décisif. Pas tellement pour l'ordinateur de bureau, mais plutôt pour toutes ces petites choses devenues si familières comme le téléphone portable, l'appareil photo, la caméra ou l'agenda digital.

Outre le fameux microprocesseur, ces appareils ont tous en commun une certaine capacité de mémoire vive. Et, comme le cerveau humain, celle-ci est faite de myriades de petites cellules. Ainsi, si votre PC affiche 128 mégas de RAM, il aura dans le ventre 128 millions de cellules identiques.

Chacune d'entre elles est faite de deux éléments: un transistor, qui fonctionne comme un robinet que l'on ouvre et que l'on ferme et un condensateur, qui permet de stocker des données. Et c'est ce dernier qui empêche les fabricants d'aller plus loin encore dans la miniaturisation.

Aujourd'hui en effet, il semble impossible de fabriquer un condensateur de moins de 0,1 micron (un millième de millimètre). La plupart des modèles standard font de 0,18 à 0,13 microns.

Le transistor à tout faire

Le condensateur ne veut pas maigrir? Qu'à cela ne tienne, il suffit de s'en passer. L'idée n'est pas nouvelle et, de l'aveu de Pierre Fazan, professeur au Laboratoire d'électronique générale de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), son équipe n'était pas la seule à travailler dessus.

L'astuce consistait à inventer un transistor qui sache également stocker les données. Et les chercheurs lausannois y sont parvenus avant tous les autres.

Résultat: chaque cellule de base se trouve réduite de moitié, pour des performances égales. Les nouvelles cellules ont également l'avantage de coûter moins cher. Et leur production ne nécessite pas de matériaux nouveaux par rapport à ce qui s'est fait jusqu'ici.

La voie du succès

«L'intérêt du monde scientifique a été immédiat, note Pierre Fazan, qui a pris soin de faire protéger la découverte par plusieurs brevets avant de la faire connaître. Mais, pour l'heure, nous n'avons pas encore réussi à accrocher un industriel, ils sont plutôt frileux en ce moment».

Pourtant, la cellule de RAM de l'EPFL a toutes les qualité requises pour devenir en quelques années LE modèle incontournable. Pierre Fazan lui souhaite évidemment un tel avenir, mais il reste prudent.

«N'oublions pas que d'autres procédés sont à l'étude», souligne le professeur, qui n'exclut pas que la production se fasse au départ sur le campus de l'EPFL, où les start-up sont déjà légion. Car, dans le domaine de la miniaturisation, même la concurrence a peu d'espoir d'aller si loin dans les années à venir.

En attendant la prochaine révolution: celles des composantes organiques. Récemment, des scientifiques sont parvenus à brancher une puce électronique sur les neurones d'un escargot. Pierre Fazan ne voit toutefois pas ces techniques s'imposer avant une quinzaine d'années. D'ici là, la cellule à transistor mise au point par son équipe a encore un bel avenir.

Marc-André Miserez

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