Une sympathie teintée d'irritation

Il y a un an, les Suisses soutenaient les USA. Aujourd'hui, ils sont plus nuancés. Keystone

Au moment où leur pays s'apprête à rejoindre l'ONU, les Suisses apprécient peu la manière dont les Etats-Unis se servent du système multilatéral depuis le 11 septembre.

Ce contenu a été publié le 08 septembre 2002 - 11:51

Résultat: le sentiment de sympathie des Suisses à l'égard des Américains s'émousse.

Comme la plupart des pays amis, la Suisse a été choquée et a apporté son soutien aux Etats-Unis après les attentats terroristes du 11 septembre 2001.

Mais depuis, bien que les relations bilatérales soient toujours amicales, la diplomatie américaine - de plus en plus unilatérale - a créé des tensions.

D'ailleurs, selon un sondage paru récemment dans l'hebdomadaire dimanche.ch, 71% des 613 personnes interrogées disent être inquiètes de la politique étrangère américaine. Et 65% d'entre elles pensent que George W. Bush est un mauvais président.

Un réel mécontentement

«La Suisse est maintenant confrontée à une administration américaine qui est manifestement sous le contrôle des tenants de la ligne dure, et cela pose des problèmes dans les relations entre les deux pays», selon Victor-Yves Ghebali, professeur à l'Institut universitaire des hautes études internationales de Genève.

Pour lui, le gouvernement helvétique se trouve dans la même situation que les autres pays.

«Il est certainement mécontent ou mal à l'aise suite à de nombreuses positions adoptées par les Américains. Mais il est tout aussi impuissant que le reste de la communauté internationale.»

Des alliés ignorés

Erwin Hofer, responsable au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) des relations avec l'ONU, affirme que la «guerre contre le terrorisme» lancée par les Etats-Unis a été largement menée dans le cadre onusien.

Tout en relevant que Washington n'a pas hésité une seule seconde à ignorer ses alliés quand il avait l'impression que la situation l'exigeait.

«Il y a une approche sélective de certains problèmes et cela est regrettable», déclare Erwin Hofer à swissinfo.

Pour lui, les pays ne peuvent pas décider quand et comment ils veulent, ou non, utiliser les voies multilatérales afin de favoriser leurs intérêts.

Le gouvernement suisse a déjà résisté à la pression américaine. Il a, par exemple, demandé que les détenus du Camp X à Guantanamo Bay obtiennent le statut de prisonnier de guerre.

Il a aussi refusé de signer un accord exemptant les ressortissants américains d'être traduits devant la nouvelle Cour pénale internationale.

Questions prioritaires

L'attitude de l'administration Bush doit être encore plus déconcertante pour les Suisses.

Et cela parce qu'elle a souvent adopté un comportement de franc-tireur sur, précisément, des questions jugées prioritaires par la Suisse: le droit humanitaire international, le contrôle des armements et le commerce international.

Le système onusien que la Suisse rejoint maintenant est fréquemment considéré par Washington comme étant un obstacle à ses objectifs.

«Les Nations unies sans des Etats-Unis actifs, constructifs et fiables ne sont pas les Nations unies», déclare à swissinfo l'analyste politique Curt Gasteyger.

Pour lui, l'une des toutes premières tâches de la Suisse sera de tenter de persuader les Etats-Unis d'être plus coopératifs.

«La Suisse est en bonne compagnie. Je ne pense pas que les relations américano-suisses seront plus sérieusement affectées que celles avec les autres pays occidentaux.»

Pour Erwin Hofer, les tentatives de réduire la pollution dans le monde ou de mettre en place une Cour pénale internationale qui fonctionne ne peuvent réussir qu'avec une «adhésion universelle».

«Nous défendrons fermement ce principe», a-t-il conclu.

swissinfo/Roy Probert

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