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Vénus est passée devant le Soleil

Les volcans de Vénus crachent leurs gaz toxiques dans l'atmosphère irrespirable d'un monde de cauchemar.

(NASA)

L’événement est rare. Il ne s’était plus produit depuis 1882. Mardi matin, entre 7h20 et 13h23, la planète Vénus est passée devant le disque solaire.

L’occasion d’une mobilisation sans précédent d’astronomes – professionnels et amateurs – pour une nouvelle mesure de la distance Terre-Soleil.

Des neuf planètes du système solaire, seules Mercure et Vénus sont plus proches du Soleil que la Terre. Avec leurs orbites situées à l’intérieur de la nôtre, on les appelle «planètes intérieures».

Si les orbites de ces deux planètes étaient exactement dans le même plan que la nôtre, nous pourrions les voir passer devant l’astre du jour à chacune de leurs révolutions.

Mais ce n’est pas le cas. Les deux planètes tournent sur des plans inclinés par rapport à celui de la Terre.

Le transit de Mercure n’a donc lieu qu’au maximum treize fois par siècle. La planète étant environ dix fois plus petite que la Terre, son observation n’est pas aisée.

Plus visible, mais plus rare encore, le transit de Vénus survient deux fois en huit ans, et ne se reproduit ensuite que 120 ans plus tard.

La planète fait alors comme un «grain de beauté» sur la face de l’astre du jour. Qui nous ramène à nos justes dimensions, puisque Vénus a à peu près exactement la même taille que la Terre.

La dernière des ces rencontres remonte à 1882. Il ne reste donc plus personne au monde qui puisse se vanter de l’avoir vue. La prochaine aura lieu en 2012 (mais ne sera pas observable de nos régions) et la suivante en… 2117.

Découverte par le calcul

Bien entendu, Mercure et Vénus passent devant le Soleil depuis que le monde est monde. Mais l’homme a mis longtemps avant de s’en apercevoir.

C’est l’Allemand Johannes Kepler, découvreur des lois régissant les mouvements des planètes, qui prédit le phénomène pour la première fois, uniquement par le calcul. Son observation en 1631, une année après la mort de l’astronome, viendra confirmer la justesse de ses vues.

En 1716, Edmond Halley (l’homme de la comète) invite ses pairs à profiter du prochain transit de Vénus pour calculer la distance Terre-Soleil. L’astronome anglais sait bien qu’il ne sera pas là pour assister au phénomène, attendu en 1761. Mais son appel sera entendu.

Le principe est simple: suivant l’endroit où l’on se trouve sur Terre, on ne verra pas passer Vénus exactement sur la même portion du disque solaire.

En reportant scrupuleusement les trajets apparents de Vénus et en connaissant la distance entre les points d’observation terrestres, on obtient, par calcul de triangulation, la distance entre notre planète et l’astre du jour.

Une aventure mondiale

En plein 18e siècle, le procédé imaginé par Halley suppose des expéditions lointaines et périlleuses sur des mers et des terres encore largement inconnues.

Car une observation dans l’hémisphère nord et un autre dans l’hémisphère sud ne suffiront pas. Pour multiplier les chances de rencontrer un ciel sans nuages, il faut également multiplier les points de vue.

Cette double aventure – pour les transits de 1761 et 1769 – marque la première grande opération de collaboration scientifique internationale.

Plus d’un navigateur anglais, français ou espagnol y laissera des plumes, entre les attaques de pirates, le scorbut et la malaria. Et le tout débouche sur un échec: les 76 mesures effectuées en 1769 ne sont pas assez précises pour calculer la distance Terre-Soleil.

La photo, puis Internet à la rescousse

Les astronomes devront donc attendre encore un siècle. Les campagnes de 1874 et 1882 sont plus fructueuses, grâce au concours d’une nouvelle technique: la photographie.

Et c’est en 1891 que l’Américain Simeon Newcomb peut proposer un chiffre proche de 150 millions de kilomètres pour la distance Terre-Soleil, adoptée dès lors comme Unité Astronomique (UA).

Les astronomes s’en servent encore aujourd’hui pour mesurer les distances à l’intérieur du système solaire, et sa valeur n’a guère changé en plus d’un siècle.

Grâce à de nouvelles mesures au radar, l’UA vaut aujourd’hui 149.597.870.691 mètres, à une précision de plus ou moins 3 mètres.

Mais personne ne doute que cette mesure est encore fausse. Aujourd’hui, la communauté scientifique mondiale s’apprête à profiter du transit de Vénus pour affiner ses calculs, au moyen des techniques les plus modernes.

Et parmi celles-ci, Internet va permettre d’ajouter aux mesures des grands télescopes toutes celles réalisées par les engins plus modestes des astronomes amateurs.

Depuis quelques mois, le web fourmille de sites les invitant à participer à l’aventure. Et au vu de l’engouement que suscite l’observation du ciel, nul doute que la moisson aura été fructueuse.

Un monde de cauchemar

Si le transit ne permet de la voir que comme un disque sombre, les sondes spatiales nous en ont désormais appris suffisamment sur Vénus pour balayer les fantasmes des écrivains de science-fiction qui voulaient en faire le berceau d’une civilisation raffinée.

Objet le plus brillant du ciel après le Soleil et la Lune, déesse de la féminité et de l’amour pour les Anciens, la deuxième planète du système solaire doit son éclat à la couche de nuages qui la recouvre en permanence et qui réfléchit à merveille la lumière solaire.

Mais paradoxalement, ce qui fait cette beauté contribue également à rendre la planète totalement inhabitable. Formés essentiellement de gouttes d’acide sulfurique, ces nuages se meuvent dans les hautes couches d’une atmosphère qui contient 95% de gaz carbonique.

Par l’effet de serre qu’elle induit, la couche nuageuse de Vénus maintient les températures à la surface aux alentours de 450° celsius.

Si on y ajoute une pression atmosphérique égale à 90 fois celle qui règne sur Terre, on comprend pourquoi les sondes automatiques qui se sont posées dans ce véritable enfer n’y ont guère survécu que quelques minutes.

Alors, de là à y envoyer des hommes…

swissinfo, Marc-André Miserez

Faits

Vénus est passée devant le Soleil ce mardi 8 juin. Depuis la Suisse, le phénomène était observable entre 7h20 et 13h23.
Attention, il est impératif de ne jamais regarder le disque solaire à l’œil nu!

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En bref

- En Suisse comme ailleurs, les autorités sanitaires avertissent les amateurs de spectacle astronomique qu’il est impératif de protéger correctement ses yeux avant de les tourner vers le disque solaire.

- Toute observation sans protection ou avec une protection inadéquate entraîne des brûlures irrémédiables de la rétine, particulièrement pernicieuses, car elles ne sont pas douloureuses et que les dégâts ne se manifestent que quelques heures après, lorsqu’il est beaucoup trop tard.

- Les simples lunettes de soleil, le verre fumé, la pellicule photo ou tout autre procédé artisanal sont à proscrire absolument.

- Il est indispensable de se procurer chez un opticien ou dans une pharmacie des lunettes spécialement conçues pour l’observation du Soleil. Elles doivent être certifiées et porter le label CE.

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