Vers une licence pour l'extinction des baleines?

La Suisse participe dès ce lundi à la session annuelle de la Commission baleinière internationale (IWC), à Londres. Elle soutient une reconduction des mesures de protection pour les espèces en voie de disparition. Mais pourrait tolérer une chasse limitée. Les organisations de protection de l'environnement s'inquiètent.

Ce contenu a été publié le 23 juillet 2001 - 08:44

«Les baleines sont toujours aussi menacées que par le passé, selon Sigrid Lüber, présidente du Groupe de travail pour la protection des mammifères. Et cela malgré une interdiction internationale de leur chasse depuis 1986.»

«D'une part, certains pays, comme la Norvège et le Japon, n'ont pas cessé leurs activités, poursuit-elle. D'autre part, aujourd'hui plus que jamais, plusieurs dangers environnementaux peuvent entraîner la mort prématurée des mammifères. Il s'agit des hélices des bateaux, du manque de nourriture de base dû à la pêche massive ou encore de la pollution des océans.»

Sigrid Lüber attend avec appréhension la session de l'IWC, qui se tient à Londres du 23 au 27 juillet. Et elle attend de la Suisse, qui en est membre, qu'elle prenne clairement position en faveur des baleines. Les grandes nations de pêche se battront en effet pour obtenir le droit de capturer les cétacés.

La Suisse votera en faveur d'une reconduction des mesures de protection, répond l'Office vétérinaire fédéral (OVF). Elle n'accepterait la reprise d'une chasse commerciale très limitée que s'il est prouvé scientifiquement que la survie de l'espèce n'est pas menacée et si un contrôle strict est assuré.

De la régulation à l'interdiction

La Convention internationale pour la régulation de la chasse à la baleine est en vigueur depuis 1948. Ce traité vise à protéger les baleines de façon durable grâce au recours à des quotas de pêche.

L'organe exécutif de cette Convention est précisément cette Commission. En 1986, compte tenu de la situation précaire de nombreuses espèces de baleines, cet organe a décidé une interdiction générale de la pêche à la baleine commerciale. Cette interdiction est toujours valable aujourd'hui.

Le moratoire n'a été que partiellement accepté par les grandes nations de pêche, comme le Japon ou la Norvège. Ces pays continuent de lancer leurs harpons dans les océans, et font valoir qu'ils s'attaquent uniquement aux espèces qui peuvent supporter la chasse. Celles en voie d'extinction seraient ainsi ménagées.

Conflit programmé

A la Conférence de Londres, le conflit est donc déjà programmé. Alors que les pays de chasse exigent la suppression du moratoire, les autres nations se battent pour que l'interdiction devienne effective. Ainsi, selon eux, des zones de l'Atlantique Sud et du Pacifique Sud devraient être nommées zones de protection.

«La Suisse joue dans la Commission un rôle de coordinateur et de médiateur, explique Thomas Althaus, de l'OVF, membre de la délégation suisse à Londres. Nous faisons en sorte que les parties en conflit ne quittent pas la table de négociations. Ce n'est qu'ainsi que la Convention peut survivre.»

Selon Thomas Althaus, la Suisse va, durant cette conférence, s'atteler en priorité au fait qu'un plan d'exploitation soit établi: «le Japon et la Norvège chassent en premier lieu les races de petites baleines. Il y en a des millions dans les océans. Cette chasse ne met donc pas en péril la population dans son ensemble.»

Et ce fonctionnaire de poursuivre: «en revanche, nous voulons un schéma d'exploitation. Pour cela, nous devons connaître la taille de la population actuelle. Pour établir ensuite des directives claires - le nombre de baleines qui peuvent être chassées sans mettre en péril toute l'espèce, par exemple.»

Un tel système ne réjouit en revanche pas du tout l'amie des baleines, Sigrid Lüber: «que les peuples indigènes chassent encore la baleine, c'est une chose. Par contre, je refuse catégoriquement que des nations industrielles riches tuent des baleines uniquement pour s'enrichir. Le passé a montré que les quotas sont des simples tigres en papier.»

Richard Lehner, porte-parole du WWF suisse, est du même avis: «il n'y a pas aujourd'hui de nécessité vitale à chasser la baleine».

Mais cette argumentation passe à côté de la réalité, rétorque Thomas Althaus: «c'est un fait accompli que des baleines sont chassées aujourd'hui. A partir de là, il vaut mieux travailler sur une réglementation qui prescrit des règles très précises sur la capture des baleines. C'est la seule manière de protéger chacune des espèces.»

Felix Münger

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