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Vers une union sacrée des cantons face à la crise

Les cantons auront des demandes concrètes à formuler à l'égard de la Confédération, annonce Pascal Broulis. Keystone

En réponse à la récession annoncée, les cantons tentent de coordonner leurs stratégies de relance, explique Pascal Broulis, président de la Conférence des directeurs des finances des cantons romands, de Berne et du Tessin.

Ce contenu a été publié le 08 janvier 2009 - 15:37

Dans le même temps, le président de gouvernement du canton de Vaud refuse de jeter la pierre sur le gouvernement national, que certains de ses collègues jugent trop attentiste.

swissinfo: Considérez-vous que la Confédération en fait assez pour contrer la crise économique qui arrive?

Pascal Broulis: Je pense que Monsieur Merz [ministre des finances et Président de la Confédération] a pris conscience des enjeux. C'est important.

Ensuite, il a raison lorsqu'il affirme ne pas vouloir gaspiller le bénéfice potentiel de 4 milliards de francs des comptes de la Confédération en 2008. Il a raison de ne pas vouloir distribuer 500 francs à toute la population. Ce serait une aberration.

Ceci dit, Logitech va licencier, un nombre important d'entreprises ont revu leur business plan, bref, la Confédération devra se montrer très attentive aux questions touchant les exportations, centrales pour la Suisse.

swissinfo: Dans les médias, les cantons adoptent un ton critique à l'égard de la Confédération. Un début de panique face à la crise?

P.B.: Au niveau des cantons, aucune panique. Au contraire. A travers les directeurs des finances et de l'économie, les cantons ont pris la question en mains. Notre but est de fixer une stratégie pour être prêts.

Notre objectif est de sortir un rapport qui présente plusieurs scénarios possibles et plusieurs propositions, sachant que si la crise est durable, il faudra proposer une kyrielle de solutions.

swissinfo: D'ici trois mois, la Conférence des directeurs cantonaux des finances publiera un catalogue de mesures. Quelques pistes...

P.B.: Plus le catalogue sera vaste, mieux il permettra aux gouvernements cantonaux de prendre des mesures concrètes.

Une région périphérique comme l'Arc jurassien par exemple [cantons du Jura, de Neuchâtel, de Berne et de Vaud] dépend largement de la microtechnique, très exportatrice et qui demande une attention particulière.

Il faudra peut-être des mesures de chômage partiel, qui découlent de la Confédération. Des mesures qui concernent la formation de pointe aussi, des mesures focalisées sur la réinsertion également. La question d'une baisse de la fiscalité – un tiers du plan de relance d'Obama aux Etats-Unis - se posera. Ces outils devront être examinés avec vigilance.

swissinfo: Les cantons ont-ils des demandes concrètes à l'égard de la Confédération en termes de relance?

P.B.: Oui, mais il est prématuré d'en parler. Le débat doit d'abord avoir lieu entre les cantons d'ici début février.

swissinfo: Pour faire face à la crise, la coopération entre les cantons est-elle une obligation?

P.B.: Il y a trente ans, non, il y a vingt ans, non plus. Aujourd'hui, oui. Prenons une politique d'investissement massif dans la construction. Avec les marchés publics globalisés et les accords bilatéraux, les cantons ont intérêt à agir ensemble pour éviter que certains soient avantagés au détriment d'autres.

Il y a trente ans, plus de 70% de la population habitaient et travaillaient dans le même canton. Aujourd'hui, les pendulaires sont partout et passent d'un canton à l'autre, de la Suisse en France et inversement. Un minimum de concertation est donc nécessaire.

swissinfo: N'y a-t-il pas le risque que les cantons latins se mettent d'accord dans leur coin et que les cantons alémaniques fassent de même?

P.B.: Non. Aujourd'hui, les cantons se parlent beaucoup, en particulier dans le cadre de la Conférence des gouvernements cantonaux. Il est inutile de réinventer la roue chacun dans son coin. Recopions ce que font les autres, je suis preneur! Une bonne idée en Appenzell, je l'adopte tout de suite!

swissinfo: La tentation de la Confédération de reporter ses charges sur les cantons est-elle source potentielle de conflit?

P.B.: Peu de charges peuvent être directement reportées par la Confédération sur les cantons. Le plus embêtant serait qu'elle se retire de financements. Si elle se retirait massivement des Hautes écoles spécialisées (HES) par exemple, le mal serait double. Les cantons devraient palier ce retrait, et la Suisse s'appauvrirait en termes de matière grise et de gens bien formés.

Si la Confédération venait à se retirer financièrement de l'Assurance maladie, les cantons devraient forcément venir en appui. Nous aurions des difficultés. La cohésion sociale pourrait être mise à mal.

Pour l'instant, je ne vois pas de risque de conflictualité croissante entre Confédération et cantons. D'ailleurs, la Confédération n'est que le résultat de la mise en commun de 26 cantons. Il faut s'en souvenir. Il n'y a pas de nation suisse, mais une confédération. Cet équilibre entre gens, mentalités, langues, religions, tailles, enjeux différents fait la force de la Suisse.

En tant que fédéraliste convaincu, j'attends que règne cet esprit de solidarité, de respect des minorités, de soutien aux plus faibles.

swissinfo: Concrètement, comment la crise se traduira-t-elle en termes financiers pour les cantons?

P.B.: Les premières grosses incidences sur les finances publiques seront enregistrées en 2010, du fait, potentiellement, d'une hausse du chômage et d'une diminution assez importante des bénéfices des entreprises multinationales. Pour 2009, les budgets sont faits, et les gens ont encore de l'argent.

Interview swissinfo, Pierre-François Besson

Le plan de Berne

Mesures. La confédération a annoncé en plusieurs temps un ensemble de mesures de soutien à l'économie qui pourrait peser quelque trois milliards de francs.

Discuté. Mais cet ensemble disparate de mesures n'a pas encore l'assentiment définitif du gouvernement.

Plus. Dans le monde politique, les avis sont partagés. A gauche, par exemple, le parti socialiste réclame un plan de relance à six milliards de francs.

Débat. Une session parlementaire spéciale crise est envisagée pour ce printemps.

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Les grands argentiers

Fondation. Née le 21 mai 1910, la Conférence des directrices et directeurs cantonaux des finances fait la liaison entre les responsables cantonaux.

Ensemble. Elle vise à coordonner et à examiner les questions en matière de politique financière et fiscale d'intérêt commun pour les cantons.

Intérêts. Elle défend notamment les intérêts des cantons face à la Confédération dans le domaine des finances.

Echelons. Elle encourage la collaboration des cantons entre eux et avec la Confédération dans le domaine des finances publiques.

Communication. Elle informe et documente les cantons et le public sur les questions financières et fiscales au niveau suisse.

Relations. Elle collabore étroitement avec la Conférence des gouvernements cantonaux et les autres conférences des directeurs cantonaux.

Etranger. Elle veille aussi à échanger des informations au-delà des frontières suisses, en particulier dans le domaine de la fiscalité, des finances et des questions de fédéralisme financier.

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