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Politique fédérale

Cinq objets, un dimanche de votation et des enjeux internationaux

Le programme des votations fédérales du 13 juin 2020 est chargé. Les Suisses se prononcent sur pas moins de cinq objets: deux initiatives populaires anti-pesticides et trois référendums portant sur de nouvelles mesures de lutte contre le terrorisme, la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l'octroi de pouvoirs spéciaux au gouvernement pour faire face à la pandémie de coronavirus. 

Ce contenu a été publié le 04 mai 2021 - 14:14
Corinna Staffe (Illustration)

Les deux propositions ciblant les pesticides de synthèse sont celles qui font le plus parler d’elles, en Suisse et à l’étranger. Et pour cause, leur acceptation impliquerait une réorientation radicale de la production agricole du pays. La Suisse deviendrait, après le Bhoutan, le deuxième État au monde à faire le pari de vivre sans produits phytosanitaires artificiels.

Si elles partagent le même objectif, les deux initiatives ont une approche différente. L'initiative populaire «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse» demande l'interdiction pure et simple de l'utilisation de désherbants, d'insecticides et de fongicides de synthèse dans le secteur agricole suisse ainsi que pour un usage privé ou commercial. Elle veut également interdire les importations de ces agents.

L’autre proposition se concentre sur l’eau potable, mais vise également les pesticides et l'utilisation d'antibiotiques dans l'agriculture. Elle veut mettre fin à toutes les subventions publiques accordées aux agriculteurs qui ne s'engagent pas dans des méthodes de production durables et respectueuses de l'environnement.

Issus de la société civile, les deux comités d’initiative peuvent compter sur le soutien de la gauche et des écologistes. Face à eux, une large alliance de partis du centre et de la droite, des milieux économiques et de la principale association d’agriculteurs du pays, qui jugent les deux initiatives trop «extrêmes» et dangereuses pour la souveraineté alimentaire du pays.  

La démocratie directe est souvent un bon baromètre des préoccupations globales. Ce sera particulièrement le cas le 13 juin. Outre les deux initiatives sur les pesticides, les Suisses voteront sur un sujet politique majeur pour l’ensemble de l’humanité: le réchauffement climatique.

Les citoyennes et les citoyens doivent dire s’ils soutiennent ou non la révision de la loi sur le CO2, qui prévoit toute une série de mesures dans le domaine du transport routier et aérien, des émissions industrielles ou encore de la rénovation des bâtiments pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.

Adoptée par le Parlement en septembre 2020 après trois ans de discussions, la loi est combattue par référendum par un comité économique qui la juge inefficace et trop coûteuse pour les entreprises et les ménages. Un deuxième comité, composé d’activistes climatiques, a également participé à la collecte de signatures. Ils estiment que la loi ne va pas assez loin pour répondre à l’urgence climatique.

Autre sujet qui suscite la controverse au-delà des frontières nationales: la nouvelle loi sur le terrorisme. Élaborée à la suite des attentats contre le journal satirique français Charlie Hebdo à Paris en 2015, cette base légale doterait les forces de l’ordre de nouveaux instruments pour agir de manière préventive contre des terroristes potentiels. Elle permettrait notamment de prendre une série de mesures à l’encontre d’un individu soupçonné de représenter une menace, même si «les indices ne suffisent pas pour ouvrir une procédure pénale».

Une réforme jugée abusive par les opposants au projet, principalement issus des rangs de la gauche, qui ont recueilli plus de 140'000 signatures en moins de 100 jours. Ils ont reçu le soutien notable du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme ainsi que de la Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, qui dénoncent un projet ouvrant la porte à une privation arbitraire de liberté.

Enfin, les Suisses seront les premiers citoyens au monde à pouvoir se prononcer sur la base juridique de la gestion de la crise sanitaire. Un comité de citoyens a lancé un référendum contre la loi Covid, approuvée par le Parlement et mise en œuvre en septembre dernier.

Cette loi visait à donner une base juridique solide à quelque 18 décisions prises par le gouvernement entre la mi-mars 2020 et la mi-juin de la même année, décisions prises sans l’intervention régulière du Parlement.

Les référendaires s’inquiètent du rôle prépondérant du Conseil fédéral dans le système fédéraliste et de démocratie directe du pays, mais la campagne témoigne aussi d’un certain scepticisme à l’égard de la politique de vaccination du gouvernement.  

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