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Yougoslaves de Suisse partagés entre colère et joie

En 1998 déjà, les Kosovars de Suisse demandaient des comptes à Slobodan Milosevic.

(Keystone Archive)

Les différentes communautés de ressortissants de l'ex-Yougoslavie installés en Suisse ont bien évidemment suivi avec attention l'extradition surprise de Slobodan Milosevic à La Haye. Leurs réactions sont partagées. Témoignages d'un Serbe et d'un Kosovar.

Milan Bodi, aujourd'hui retraité, vit en Suisse depuis de longues années. Il a fondé une association baptisée «La Voix de la Yougo-Diaspora» et diffuse toute information utile aux émigrés serbes. Le transfert de Slobodan Milosevic à La Haye, il l'a suivi de minutes en minutes.

Au moment où nous l'avons joint, il était en train de retranscrire le discours de Vojislav Kostunica diffusé jeudi soir par la télévision yougoslave. «Dimanche, nous dit Milan Bodi, je vais le distribuer à mes compatriotes sous le porche de l'église orthodoxe russe de Genève.»

C'est dire s'il partage le point de vue du président yougoslave - «espoir pour tous les Serbes et pour tout l'Occident» - pour qui le transfert à La Haye ne peut être qualifié ni de constitutionnel ni de légal et qui juge cette décision comme une menace pour l'État, pour ses citoyens et pour une paix régionale déjà fragile.

La date du 28 juin n'a pas échappé non plus à Milan Bodi. Pour les Serbes, explique-t-il, c'est le souvenir impérissable de la bataille du Kosovo perdue en 1389 contre les Turcs, signifiant pour plusieurs siècles la privation de toute autonomie. Une date désormais doublement symbolique.

La décision de livrer Slobodan Milosevic au Tribunal pénal international n'a-t-elle pas été tout de même prise par des autorités serbes? «Ce sont des vendus!» s'exclame notre interlocuteur qui cite un proverbe selon lequel «là où une perceuse échoue, l'argent réussit». Claire allusion aux conditions d'aide posées par l'Occident et par les États-Unis en particulier.

Luftim Kelmendi, lui, est originaire du Kosovo, et plus précisément de Mitrovica, une ville qui illustre bien les difficultés du rapprochement entre communautés serbe et kosovar. Il est le vice-président de l'Université populaire albanaise de Genève, ce qui le met régulièrement en contact avec de nombreux Kosovars de Suisse. Mais il préfère parler en son nom propre.

Le transfert de Slobodan Milosevic à La Haye? Luftim Kelmendi s'en dit très satisfait, comme tous ceux avec qui il a déjà parlé. Pour lui, c'est un premier pas vers la réconciliation et vers davantage de respect mutuel entre les diverses communautés des Balkans.

«Milosevic restera dans l'histoire du monde comme quelqu'un qui a fait énormément de mal en voulant parvenir au pouvoir par la violence. C'est quelque chose qu'on n'oubliera pas. Et son procès doit servir d'avertissement à ceux qui seraient tentés de faire pareil.»

Son extradition ne va-t-elle pas provoquer un regain de tensions entre les communautés? «Non, répond sans aucune hésitation Luftim Kelmendi. Il n'y a rien à craindre, bien au contraire, ça va calmer la situation. Plus tôt Milosevic sera jugé, plus vite la paix reviendra.»

Ce Kosovar qui s'est établi en Suisse voici une dizaine d'années pense en effet que la majorité des Serbes vont enfin pouvoir prendre leurs distances par rapport à ce qu'ont fait leurs dirigeants: «la responsabilité de la guerre doit retomber sur ceux qui l'ont organisée et non pas sur le peuple tout entier».

Bernard Weissbrodt


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