Réforme constitutionnelle La fièvre référendaire contamine les Italiens de Suisse




Le débat entre la députée Laura Garavini (à gauche) et la professeur de sociologie politique Cinzia Dato (debout), animé par le vice-président de la Fédération des colonies libres italienne en Suisse, le 23 novembre à Neuchâtel.

Le débat entre la députée Laura Garavini (à gauche) et la professeur de sociologie politique Cinzia Dato (debout), animé par le vice-président de la Fédération des colonies libres italienne en Suisse, le 23 novembre à Neuchâtel.

(swissinfo.ch)

La campagne référendaire la plus intense jamais vécue par les Italiens de Suisse est terminée. Désormais, c’est l’attente palpitante du verdict des urnes, qui s’annonce très serré. Un vote des Italiens de l’étranger qui est d’ailleurs menacé d’un recours. 

Les bulletins de vote des Italiens de l’étranger devaient parvenir aux bureaux consulaires jeudi avant 16h00, heure locale. Tous ont maintenant été envoyés au Centre de collecte de Castelnuovo di Porto (Latium), où ils seront examinés. Le résultat du vote n’interviendra qu’au terme du dépouillement qui débutera dimanche soir, après la fermeture des bureaux de vote, soit à 23h00 en Italie. 

Les représentations diplomatiques ne livrent pas de données relatives au taux de participation. Il faudra attendre dimanche pour savoir combien des presque 4 millions d’Italiens pouvant voter hors de leur pays – dont 482'500 en Suisse – auront profité de cette opportunité. Sur la base de l’intérêt manifesté durant la campagne, en Suisse – où réside le troisième électorat italien de l’étranger en importance après l’Argentine et l’Allemagne – les observateurs estiment que la mobilisation a été supérieure à celle enregistrée habituellement. 

Cela est notamment dû au climat très chaud de la campagne en Italie, où «le débat est arrivé au niveau d’un derby de football», regrette Alessio Caprari, coordinateur du Comité pour le non en Suisse. «Le climat politique italien est devenu fou», lui fait écho Dino Nardi, coordinateur du Comité pour le oui en Suisse. «C’est la première fois que je vis une telle situation», ajoute celui qui est également coordinateur pour l’Europe de l’Union des Italiens dans le mondeLien externe

Avalanche de débats et de meetings 

Le ton au sein de la communauté italienne en Suisse a été nettement plus modéré que dans la mère patrie, même si la nervosité était palpable, a constaté swissinfo.ch au cours des différents débats et meetings auxquels il a assisté. Le nombre sans précédent de ces rendez-vous organisés dans toute la Suisse est un autre signe qui montre une forte mobilisation. A lui seul, le Comité pour le oui a tenu une centaine de meetings depuis la fin août, indique Dino Nardi.

Le Comité pour le non a lui aussi été très actif. Il a lancé sa campagne en juin déjà et, même s’il a aussi organisé des meetings avec seulement des représentants du non, il a surtout mis l’accent sur les débats contradictoires. «Avant tout parce que la confrontation des idées fait partie du jeu démocratique. Mais aussi parce qu’en confrontant les arguments, nous espérons réussir à convaincre des personnes qui étaient à la base favorables au oui», explique Alessio Caprari. 

Les parlementaires élus par la circonscription des Italiens résidant en Suisse (le sénateur Claudio Micheloni et les députés Gianni Farina et Alessio Tacconi) ont activement participé à cette campagne. Tous les trois sont membres du groupe parlementaire du Parti démocratique du Président du Conseil Matteo Renzi, mais ont des positions différentes sur la réforme constitutionnelle soumise à référendum. Alors que les deux députés la soutiennent, le sénateur s’y oppose. 

Si la présence en première ligne des parlementaires «maison» est tout à fait normale, le nombre d’orateurs venus d’Italie est en revanche inhabituel. Une liste impressionnante de personnalités du monde politique et académique. Parmi les universitaires, on trouvait surtout des constitutionnalistes opposés à la réforme. Trop de personnalités ont fait le voyage jusqu’en Suisse pour les énumérer toutes ici. Mais une seule présence suffit à donner une idée des efforts fournis par chaque camp pour recueillir la maximum de votes parmi les Italiens de Suisse: celle de la ministre pour les réformes constitutionnelles Maria Elena Boschi, la «mère» de la loi constitutionnelle soumise aux Italiens.

Il est difficile de savoir lequel des deux camp a le plus convaincu. Il est sûr que dans les débats tenus en Suisse, de grands efforts ont été faits pour parler du fond de la réforme constitutionnelle et pour laisser de côté les aspects personnels et la politisation du référendum. Une mission ardue, toutefois, parce que, comme le note Dino Nardi, «tout le monde suit désormais les chaînes télévisées et les médias sociaux italiens». 

Un point particulièrement discuté concerne directement les Italiens de l’étranger. Si la réforme est approuvée, ils n’auront plus de représentants au Sénat, car celui-ci représente uniquement les territoires italiens. Ils continueront en revanche à avoir douze représentants à la Chambre de députés, qui aura plus de poids. 

Le poids des Italiens de l’étranger 

La campagne enflammée en Italie avec ses polémiques sur des fraudes présumées dans le vote des Italiens de l’étranger et sur l’opportunité de permettre de voter par correspondance n’ont pas laissé indifférent. D’autant plus dans un pays comme la Suisse où de très nombreux Italiens possèdent la double nationalité est sont donc habitués à voter plusieurs fois par année et par correspondance. Beaucoup n’apprécient guère d’être soupçonnés de corruption. 

Le président du Comité pour le non, le constitutionnaliste Alessandro Pace, a annoncé que si le vote des Italiens de l’étranger devait faire pencher la balance du côté du oui lors du référendum du 4 décembre, il ferait recours. Le professeur de droit souligne que le vote par correspondance est contraire à la Constitution italienne, car il ne garantit pas le secret du vote, et donc pas non plus la liberté de vote. 

Mais est-ce qu’Alessandro Pace fera aussi recours si le vote des expatriés fera gagner le camp du non? Peut-être pas lui-même mais dans ce cas, ce pourrait être quelqu’un de l’autre camp. «Nous espérons que ce ne seront pas les Italiens de l’étranger qui détermineront le résultat, car ce serait grave», commente Dino Nardi. 

Une éventualité qui n’est pas si improbable et qui du reste s’est déjà produite par le passé. La lutte est en effet très serrée et le résultat pourrait se jouer sur le fil. Si la participation des Italiens de l’étranger était particulièrement élevée, leur vote pourrait représenter entre 5 et 7% du résultat total.


(Traduction de l'italien: Olivier Pauchard)



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