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Altermondialisme


La société civile a répondu présente à Tunis


Par Benjamin Keller, Tunis


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Ambiance globalement sereine au Forum social mondial de Tunis, malgré la proximité de l'attentat au musée du Bardo. (AFP)

Ambiance globalement sereine au Forum social mondial de Tunis, malgré la proximité de l'attentat au musée du Bardo.

(AFP)

Les débats économiques et migratoires ont tenu une place importante lors du Forum social mondial qui se termine samedi. L’attaque du Bardo n’a pas empêché les participants d’affluer du monde entier.

Les organisateurs ont eu raison de maintenir le Forum social mondial 2015 de Tunis malgré l’attaque du Bardo. La 13e édition du rassemblement altermondialiste, qui se termine samedi, a montré que, contrairement à ce qu’annonçait le désormais fameux titre du quotidien français «Libération», la Tunisie n’est pas «finie» après la tuerie du 18 mars. Des dizaines de milliers de participants du monde entier ont afflué dans la capitale pour la réunion «anti-Davos».

Le Forum s’est ouvert le 24 mars par une grande marche en direction du Bardo, placée sous le slogan: «Les peuples du monde contre le terrorisme.» Des milliers de personnes ont défilé sous une pluie battante. Les travaux ont démarré le même jour sur le campus universitaire d’El Manar. Plus de 4300 organisations et associations de 120 pays ont mis sur pied plus d’un millier d’ateliers, conférences et débats pour discuter de problématiques sociales autant locales que globales.

Le Forum, qui s’est déjà déroulé à Tunis en 2013, a été à nouveau organisé dans la capitale du petit pays d’Afrique du Nord, berceau des «printemps arabes», en vue notamment de «consolider les dynamiques de changements issus de la révolution (de 2011) et des mouvements démocratiques dans la région». Il faut dire que la Tunisie, qui a tenu avec succès des élections législatives et présidentielles l’an dernier, fait figure d’exception dans un monde arabo-musulman déchiré.

«Par rapport à 2013, j’ai été frappée par la participation massive et impressionnante des organisations arabes, mais aussi des femmes et des jeunes», rapporte Isolda Agazzi, responsable de la politique de développement au sein de la plateforme d’ONGs suisses Alliance Sud, qui a co-organisé le voyage de la délégation suisse au Forum avec E-Changer/Comundo. Une soixantaine de représentants d’ONG, de partis politiques, de syndicats et de médias ont fait le déplacement à Tunis depuis la Suisse.

Débats sur les politiques économiques

Isolda Agazzi s’est principalement intéressée aux thématiques économiques. Alliance Sud a d’ailleurs animé un atelier sur l’efficacité des partenariats publics-privés dans les projets de développement. «Ces forums sont très utiles, parce qu’autant les sujets comme la taxe sur les transactions financières, la lutte contre la fraude fiscale ou les mesures d’austérité possèdent un poids politique important chez nous et font l’objet de discussions, autant ce n’est pas du tout le cas ici.»

Un Forum au Nord en 2016?

La ville québécoise de Montréal, au Canada, est sur les rangs pour accueillir le Forum social mondial en août 2016. Un site web a même déjà été mis en ligne par le collectif à l’origine de la candidature. Ce serait la première fois que le Forum social mondial se tiendrait dans un pays du Nord. Les éditions organisées jusqu’ici se sont toutes déroulées en Amérique latine, en Asie ou en Afrique. Aucune décision définitive n’a pour l’heure été arrêtée.

Le Forum social mondial est né en 2001 à Porte Alegre, au Brésil, en réaction au Forum économique mondial (WEF) de Davos, en Suisse. Sa charte le définit comme un «espace de rencontre ouvert» visant à concevoir des alternatives «au néolibéralisme et à la domination du monde par le capital et toute forme d’impérialisme». Il n’est ni confessionnel, ni gouvernemental, ni partisan. Sa devise: «Un autre monde est possible.»

La responsable poursuit: «Les politiques économiques locales sont en bonne partie dictées par les bailleurs de fonds internationaux, qui demandent, par exemple, la libéralisation des investissements ou la baisse des taxations des entreprises. Or, elles ne sont pas remises en question, ni par l’opinion publique, ni par les politiques. Mais a-t-on vraiment besoin d’investissements qui profitent surtout aux investisseurs? Est-il nécessaire de réaliser des partenariats publics-privés dans les infrastructures? N’est-il pas possible de mobiliser du capital autrement?»

Les problématiques économiques n’étaient pas autant débattues il y a deux ans, selon Peter Niggli, directeur d’Alliance Sud: «Les thèmes politiques prenaient plus de place.» Isolda Agazzi confirme: «Les Tunisiens étaient focalisés sur l’opposition entre islamistes et laïcs.» A l’époque, la Tunisie était gouvernée par les islamistes d’Ennahdha, ce qui n’est plus le cas, puisqu’ils ont été battus par le parti séculier Nidaa Tounes aux législatives de 2014.

Un autre sujet important abordé dans le cadre du Forum 2015 a été celui de la migration, autour du bassin méditerranéen surtout. «Cette thématique a mobilisé beaucoup d’organisations, explique Peter Niggli. Les pays du Sahel, du Maghreb, en coopération avec des associations et des syndicats européens, ont cherché à savoir comment ouvrir une petite brèche pour des possibilités d’immigration légale. Il n’y en a pas à l’heure actuelle, sauf pour les riches.»

«Des concerts tous les soirs»

Au chapitre de la sécurité, qui posait question après l’attaque du Bardo, le Forum s’est globalement déroulé dans le calme, en dépit de quelques bagarres entre «frères ennemis» algériens et marocains. «L’attaque du Bardo n’a pas pris le dessus sur le Forum, constate Isolda Agazzi. J’ai aperçu étonnamment peu de policiers, même au centre-ville. Il y avait des concerts tous les soirs à l’avenue Bourguiba (l’avenue principale de Tunis, ndlr).»

En revanche, les événements du Bardo ont eu pour conséquence d’écourter le programme du président du Conseil des Etats, le socialiste jurassien Claude Hêche, membre de la délégation suisse. Sa visite à Tunis a duré deux jours au lieu de quatre. Il n’a pu effectuer qu’un «bref passage» au Forum jeudi et a privilégié les rendez-vous officiels et les visites de projets de la coopération suisse au développement. Il a notamment rencontré le président du parlement tunisien Mohamed Ennaceur. A propos du Forum, Claude Hêche a néanmoins relevé la «très grande richesse» de ce type d’échanges.

La Suisse devrait être présente à la «marche contre le terrorisme» du 29 mars

La Suisse devrait participer à la «marche internationale contre le terrorisme» qui aura lieu le dimanche 29 mars à Tunis, en réaction à l’attaque du Bardo. Des dirigeants de plusieurs pays ont déjà annoncé leur présence, dont le président français François Hollande, son homologue palestinien Mahmoud Abbas et le chef du gouvernement italien Matteo Renzi.

Il est «prévu» que la Suisse soit représentée, a indiqué l’ambassadrice de Suisse en Tunisie Rita Adam, lors d’un point de presse tenu jeudi avec les journalistes de la délégation helvétique présente au Forum social mondial de Tunis. «Nous sommes en train de déterminer qui pourrait se déplacer», a ajouté l’ambassadrice.

La Tunisie espère réunir un grand nombre de leaders politiques et de manifestants lors de la marche de dimanche, à l’image de l’immense rassemblement qui s’est déroulé à Paris après les attentats de janvier dans la capitale française. L’attaque du musée du Bardo à Tunis, qui s’est produite le 18 mars, a fait 23 morts et 47 blessés. Elle a été revendiquée par le groupe Etat islamique.

swissinfo.ch

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