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Analyse Peer Steinbrück fouette, la Suisse espionne



L'ancien ministre allemand des Finances Peer Steinbrück avait le secret bancaire suisse dans le viseur.

L'ancien ministre allemand des Finances Peer Steinbrück avait le secret bancaire suisse dans le viseur.

(Reuters)

Où il est question d’Indiens, d’espions et de CD de données fiscales. Des CD? Totalement dépassé de nos jours. Voilà qui montre que l’affaire remonte à fort longtemps. Mais il vaut la peine de jeter un œil en arrière, pour expliquer pour quelles raisons la Suisse a envoyé un espion en Allemagne.

Sous la pression des Etats-Unis et de l’Allemagne, la Suisse adopte dès 2013 une stratégie de l’argent propre et s’adapte aux standards de l’OCDE. Fini l’argent allemand caché dans les coffres de la Paradeplatz de Zurich. Comme il est habituellement d’usage entre bons amis, une fois la colère passée, chacun oublie vite les frasques de l’autre. Chacun range les outrances dans son répertoire des bonnes blagues.

C’est ce qu’a fait la Suisse ces dernières années avec les déclarations du ministre allemand des Finance Peer Steinbrück. Elles avaient été prononcées il y a dix ans, alors que le ministre était sur le point de percer le secret bancaire suisse. Sa mission touchait à l’assiette fiscale de sa nation. Il voulait faire revenir l’argent qui avait fui d’Allemagne dans les caisses des Länder, là où était sa place.

Des Suisses vus comme des «Indiens»

«Nous ne devons pas seulement utiliser la carotte, mais aussi le bâton», déclare Peer Steinbrück en 2008. L’année suivante, il fait un parallèle entre la possibilité d’inscrire la Suisse sur la liste noire des paradis fiscaux et «le 7e de cavalerie que l’on peut au besoin faire intervenir. Les Indiens doivent seulement savoir qu’il est présent. Et si à elle seule cette présence suscite de la nervosité, il y a enfin de l’air dans la cheminée».

Le fisc allemand s’active. En 2011, Peer Steinbrück peut constater avec satisfaction que «certains ne se sont pas contentés de parler et ont fait intervenir la cavalerie avec un très grand succès». Le ministre fait allusion à certains Länder dont les inspecteurs des impôts mettent une prime sur la tête de leurs évadés fiscaux. Ils proposent de l’argent pour l’obtention de données bancaires concernant les fraudeurs. C’est un peu le Far West au pays de la rigueur germanique.

Suisse officielle et non officielle

Il y a aussi les chasseurs de prime – des employés de banque qui gravent les données secrètes des clients sur des CD. Ils se rendent ensuite en Allemagne pour les échanger contre des valises pleines d’argent de l’Etat allemand. Les banques suisses portent plainte à la fois contre ces vols et contre l’achat de ces biens volés, ce qui est à leurs yeux du recel. Avec de tels délits, la Suisse peut activer la justice.

En 2010, lorsqu’il est clair que la Suisse officielle travaille à mettre en œuvre sa stratégie de l’argent propre, la Suisse non officielle mène en sous-main une opération de défense de l’argent sale. Elle recherche les auteurs. La justice suisse demande à la sécurité de l’Etat des renseignements sur les personnes qui ont acheté des CD de données.

Le Service de renseignement refuse mais se donne pour mission – apparemment de manière totalement autonome – de trouver les receleurs parmi les fonctionnaires du fisc allemand. Le travail est confié à une personne privée, un ancien employé d’UBS qui avait lui-même été impliqué dans la vente de CD de données. Un délinquant devient ainsi espion au service du renseignement suisse.

Contre-espionnage

Un débat a désormais lieu en Suisse pour savoir si l’utilisation d’un espion était légitime. Les opérations des services secrets ont par essence lieu dans un cadre juridique flou. Ceux qui sont responsables de cette opération ainsi que des politiciens suisses déclarent que des espions allemands auraient scruté pendant des années la place bancaire suisse. Il était donc logique que des espions suisses déterminent qui se cachait derrière cela. C’est ce que l’on appelle, dans le jargon technique, des mesures de défense ou du contre-espionnage. Il n’y a pas là vraiment matière à scandale, mais le débat est justifié.

La justice a certainement agi au nom de la loi. Mais dans ce contexte, une simple demande d’entraide judiciaire aurait peut-être suffi. Et les Services de renseignements? Ils agissaient peut-être au service secret de Sa Majesté le secret bancaire, une institution alors déjà moribonde. 


(Traduction de l'allemand: Olivier Pauchard)

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