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Banques sous enquête


Le "coût humain" de la coopération avec les Etats-Unis




Un employé de banque sur la célèbre Paradeplatz de Zurich, symbole de la place financière suisse. (Keystone)

Un employé de banque sur la célèbre Paradeplatz de Zurich, symbole de la place financière suisse.

(Keystone)

La remise d’informations bancaires aux Etats-Unis suscite craintes et ressentiment parmi de nombreux employés des banques suisses. Ils se sentent trahis par un système dans lequel ils croyaient. Témoignage.

Max* a travaillé pour l’une des principales banques suisses. Il confie à swissinfo.ch que la peur d’être arrêté, extradé et traduit devant la justice américaine provoque un véritable stress.

Employé au «desk» Amérique du Nord du département de gestion de fortune, son nom a été transmis aux autorités américaines sans son consentement, malgré le fait qu’il ne s’occupait que de tâches de service et qu’il n’avait, à ses yeux, que «peu de contacts directs avec les clients».

Cette «trahison», comme il l’a décrit, a remis en cause les perspectives de carrière de Max et le rôle du gouvernement suisse lui a laissé un goût amer.

swissinfo.ch: Comment avez-vous appris que votre nom avait été transmis aux autorités américaines?

Max: La première fois que j’en ai entendu parler, c’était lorsque mon chef m’a pris à part pour me donner la nouvelle. La banque refusait de me donner une confirmation écrite ou tout autre détail sur les informations qui seraient transmises à mon sujet.

Je suis resté tout d’abord incrédule. En effet, j’avais toujours fait mon travail correctement en suivant les règles. Je ne comprenais pas pourquoi ils faisaient ça, parce que je n’étais pas directement au contact des clients et que je ne leur proposais pas de services bancaires.

swissinfo.ch: Quelle a été votre réaction en entendant cette nouvelle?

Max: Cela m’a dégoûté, parce que ma banque ne voulait même pas m’assurer qu’elle payerait les frais d’avocat et qu’elle m’aiderait au cas où j’aurais eu des problèmes avec la justice américaine.

Je me suis senti trahi dans la mesure où j’avais travaillé très consciencieusement et de bonne foi pour mon employeur. C’est un peu comme si quelqu’un avait cambriolé ma maison. Mes données personnelles avaient été violées.

swissinfo.ch: Quel impact cette affaire a-t-elle eu sur votre vie privée?

Max: Ma banque a recommandé à ses collaborateurs de ne pas voyager aux Etats-Unis, ce qui a provoqué certaines craintes. J’ai eu peur de sortir de Suisse, de pouvoir être arrêté ou extradé vers les Etats-Unis. Nous avons entendu tellement d’histoires de personnes arrêtées ou harcelées par les autorités américaines.

Etant donné qu’une bonne partie de ma famille vit à l’étranger, je me suis retrouvé dans une situation plutôt compliquée. J’étais tellement stressé que j’ai dû aller plusieurs fois chez le médecin.

Quelques semaines après avoir appris que mon nom avait été livré aux Etats-Unis, je me suis rendu en Angleterre pour un mariage. J’étais très nerveux, mais constatant que rien ne m’était arrivé, je n’ai plus eu peur de voyager en Europe. Mais aujourd’hui encore, je préfère ne pas aller aux Etats-Unis.

Protection des employés

Fin mai 2013, l’Association suisse des employés de banque (ASEB), l’Association patronale des banques suisses (AGV Banken) et l’Association suisse des banquiers (SwissBanking) ont signé une convention visant à garantir la protection des collaborateurs contre les conséquences de la transmission de leurs données à la justice américaine.
 
Cette convention est considérée par le gouvernement comme un standard à respecter en cas de transmission à Washington d’informations contenant les noms et les données du personnel bancaire.
 
Selon le gouvernement, les banques qui ont l’intention de collaborer avec la justice américaine «doivent assurer au maximum la protection de leurs collaborateurs».
 
Elles doivent en particulier informer préalablement les employés, leur fournir une assistance en cas de conséquences liées à la transmission de leurs données et leur garantir une protection contre les discriminations et les licenciements.

swissinfo.ch: Cela vous a-t-il affecté au plan professionnel?

Max: J’ai décidé d’abandonner le secteur bancaire et de chercher une occupation dans l’immobilier, mais après un an, je n’ai pas réussi à trouver un travail. Et même si j’en trouve un, je devrai me reformer et acquérir une certaine expérience avant de pouvoir retrouver le niveau que j’avais jusqu’ici. La banque a gâché plusieurs années de ma vie professionnelle.

swissinfo.ch: Quand vous travailliez dans le secteur bancaire, ne vous êtes-vous jamais demandé si vous aviez des activités discutables d’un point de vue moral?

Max: J’ai toujours pensé que le travail dans une banque représentait une occupation importante et très bien considérée dans notre société. En ce qui me concerne, mon travail était absolument légal et en règle avec les autorités de chaque pays.

swissinfo.ch: Comment jugez-vous l’action du gouvernement suisse dans ce dossier?

Max: J’ai été choqué par le processus politique confus et par la prestation de la ministre des Finances Eveline Widmer-Schlumpf lors du débat sur la Lex USA.

Elle a donné l’impression de céder aux exigences des banques sans tenir compte des avis ou des intérêts d’autres personnes. Les politiciens semblent dire une chose un jour et son contraire une semaine plus tard. Ça a été une grande confusion.

Mon nom a été vendu à un gouvernement étranger pour parvenir un accord, dans l’espoir de réduire les sanctions possibles contre les banques.

* Nom connu de la rédaction

Différend fiscal

En 2011, la justice américaine annonce avoir mis sous enquête une dizaine de banques suisses suspectées d’avoir aidé des milliers de clients à échapper au fisc américain.
 
Le Département de la Justice exige toutes les informations sur les transactions des banques, y compris les noms des collaborateurs impliqués dans des activités aux Etats-Unis.
 
En 2012, le gouvernement suisse autorise les banques à collaborer avec la justice américaine et à fournir les noms et les données des employés. Les banques fournissent des milliers de données à Washington, très souvent sans en informer préalablement leurs collaborateurs.
 
En 2013, le Département de la Justice demande d’autres données. Le gouvernement suisse propose au Parlement de régulariser la transmission des informations par le bais d’une loi ad hoc (Lex USA).
 
En juin  dernier, le Parlement rejette la Lex USA, jugée inutile et contraire aux principes de souveraineté de la Suisse.
 
Le 3 juillet, la ministre des Finances Eveline Widmer-Schlumpf propose un «plan B» selon lequel les banques pourront transmettre les données demandées avec l’autorisation du gouvernement et sans violer l’article 271 du Code pénal qui interdit la collaboration avec des autorités étrangères.


(Traduction de l'anglais: Olivier Pauchard), swissinfo.ch



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