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Ce monde qui doit changer Daniel Brélaz et les incertitudes des futurs possibles

Daniel Brélaz

«La prévision est un art difficile, surtout quand elle concerne l’avenir», disait l’humoriste Pierre Dac, reprenant la citation du physicien Niels Bohr. Daniel Brélaz, grand amateur de science-fiction, confirme, mais se risque quand même à esquisser 10 scénarios pour les 50 prochaines années.

(Keystone / Cyril Zingaro)

Avant sa réélection au Conseil national, le «géant vert» avait publié un essai sur l’impact des grandes disruptions qui attendent nos sociétés. Rencontre avec un féru de mathématiques, qui ne se dit pas futurologue, mais estime à 30% les chances de voir un(e) écologiste accéder le 11 décembre au Conseil fédéral.

L’avenir est plus que jamais notre affaireLien externe, le titre et l’image de couverture rappellent quelque chose: en 1977, le philosophe suisse Denis de Rougemont publie «L’avenir est notre affaire», son testament en faveur du fédéralisme européen et de l’écologie. Deux ans plus tard, le jeune Daniel Brélaz est le premier Vert au monde à accéder à un parlement national. Il y fera une longue carrière, partiellement en alternance avec ses fonctions au parlement du canton de Vaud et à l’exécutif de la ville de Lausanne, dont il sera syndic (maire) pendant 15 ans. 

Daniel Brélaz, le «géant vert»

Né en 1950, Daniel Brélaz est d’abord mathématicien, diplômé de l’EPFL, l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, où il travaille quelques années comme assistant de recherche. Il en a gardé un sens aigu des calculs électoraux.

Il fait remonter sa prise de conscience écologique à 1972 avec la Conférence de StockholmLien externe sur l’environnement et la découverte des travaux du Club de RomeLien externe sur les limites de la croissance. En 1975, il adhère au Groupement pour la protection de l’environnement (GPE), ancêtre du parti des Verts.

En 1979, il accède au Conseil national (Chambre basse du parlement fédéral). Sa carrière politique est lancée et dès l’année suivante, il ne fera plus que ça. Il siège à Berne jusqu’en 1989, puis à nouveau de 2007 à 2011 et encore depuis 2015, avant d’être réélu en octobre 2019 pour quatre ans de plus.

Parallèlement, il siège au parlement du canton de Vaud de 1990 à 2007, puis 2012 à 2015. En 1990, il accède à l’Exécutif de la ville de Lausanne, où il passera 26 ans, dont les 15 dernières au poste de syndic. Cette manière de cumuler les mandats (mais jamais plus de deux à la fois), lui vaudra des critiques.

Véritable locomotive électorale, très populaire dans sa ville et dans son canton, Daniel Brélaz apparaît, selon son profil smartvoteLien externe, comme un parlementaire nettement marqué à gauche, sans être du tout un doctrinaire de la lutte des classes. Dans ses fonctions à la tête de la ville de Lausanne, il a su se faire aussi homme de compromis et rassembleur de majorités.

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swissinfo.ch: Dans ce livre, vous examinez les changements environnementaux, techniques et sociétaux qui affectent le monde et vous essayez d’en prévoir les impacts sur 50 ans, en esquissant quelques scénarios possibles. Et cela va du meilleur au pire…

Daniel Brélaz: Dans le pire, il y a le scénario que j’ai baptisé «paradis des actionnaires». C’est le problème de la répartition de la richesse, qu’il faudra absolument résoudre. Nous avons une économie devenue de plus en plus financière, fictive, avec un faible réinvestissement dans l’économie réelle, qui génère de plus en plus de richesse pour ceux qui en ont déjà. En 2017, 80% de l’augmentation de la richesse mondiale a profité à 1% de la population.

Un autre très gros problème, ce sont les possibles dérives de la robotique et de l’informatique. On fabrique maintenant des robots capables de réparer d’autres robots, sans intervention humaine. Si leur programmation est de plus en plus le fait de l’intelligence artificielle, suivant les instructions qui sont données à un bout de la chaîne, on pourrait avoir un système qui va jusqu’à la destruction de l’humanité.

Il y a aussi des scénarios beaucoup moins catastrophe, mais qui ne sont pas exempts de problèmes. Par exemple une augmentation générale de l’espérance de vie, qui pourrait déboucher sur un monde où l’on n’a quasiment plus de jeunes. Cela donnerait une société hyper conservatrice, avec à la limite l’interdiction d’avoir des enfants.

Plus près de nous, il y a la question climatique, liée à celles de l’énergie et des transports. Et là, vous semblez plutôt optimiste quant à un futur alimenté à l’électricité renouvelable…

Avec cinq ou six fois la surface de la Suisse en panneaux solaires, on peut fournir toute l’énergie dont l’humanité a besoin. Y compris la conversion des véhicules vers l’électricité ou l’hydrogène et un chauffage qui ne dépendrait plus du tout du charbon, ni du pétrole, ni même du gaz.

L’évolution va aller dans ce sens avec une très haute probabilité, mais si on traîne, on aura les catastrophes d’abord et le changement ensuite. Si on accélère, en revanche, on peut éviter un certain nombre de catastrophes, notamment climatiques. Mais il faut commencer tout de suite, en sachant que cela prendra une génération.

Mais ces évolutions dépendent en grande partie du bon vouloir de l’économie, dont le moteur est le profit. Que peut faire le pouvoir politique pour accélérer ces changements?

Le politique peut mettre en place un certain nombre de normes très claires. Le pire pour les grandes entreprises, c’est de ne pas savoir où elles vont. Si les contraintes sont fortes, mais réalistes, et que l’horizon temporel est clair, les investisseurs savent où ils doivent aller. Si c’est le yo-yo, avec un jour l’UDC [parti de la droite conservatrice suisse] qui veut revenir au charbon, au moyen-âge, et le lendemain Extinction Rébellion qui veut tout changer pour 2025, évidemment que l’économie ne sait plus où elle doit aller. 

Si on a un jour l’UDC qui veut revenir au charbon et le lendemain Extinction Rébellion qui veut tout changer pour 2025, évidemment que l’économie ne sait plus où elle doit aller.

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Ce qui est clair aussi, c’est que le fonctionnement de l’industrie basé sur l’obsolescence programmée, soit fabriquer de plus en plus d’objets qu’on jette de plus en plus rapidement pour en acheter de nouveaux, est incompatible avec les limites écologiques.

De très nombreux matériaux que l’on utilise ont des réserves prouvées de 10 à 60 ans. Il faut donc aller très fortement dans l’économie circulaire, le recyclage. Ce n’est pas encore tout à fait rentable, mais quand ça le sera, on le fera. Et il n’est pas exclu qu’il y ait des matériaux de substitution qui arrivent.

On en revient au pouvoir du politique: quel gouvernement a les moyens - par exemple - de forcer Apple ou Huawei à fabriquer un téléphone qui dure dix ans?

Pour ce genre de choses, il faut une masse critique. L’Union européenne l’a, mais pas la Suisse. Elle peut suivre les meilleures pratiques de ses voisins, voire aller un petit peu plus loin, mais pas agir seule. Pour Apple, le marché suisse n’est pas vital. En revanche, si c’est une masse de 600 millions de consommateurs, ils sont obligés d’en tenir compte.

Mais si on parle d’énergie, ou de lutte contre l’effet de serre, un petit pays a la possibilité d’aller plus vite que les autres, et en plus, s’il est intelligent, de se spécialiser dans le créneau qui en fera le leadeur économique du changement.

 

«Un(e) Vert(e) au Conseil fédéral? 30% de chances»

«D’un point de vue représentativité de la population, c’est l’heure. À coup sûr. Nous sommes 35, avec les deux élus d’extrême gauche qui rejoignent notre groupe et les PLR sont 41. Dire qu’avec six sièges de différence sur les deux Chambres, un parti a droit à deux conseillers fédéraux et l’autre à zéro, c’est totalement indéfendable.

Maintenant, c’est l’ensemble des partis qui va décider. Évidemment, le PLR va défendre ce qu’il considère comme son droit éternel et l’UDC va probablement suivre. Mais s’ils sont un peu intelligents, les UDC doivent se rendre compte que formellement, les Verts ont davantage droit à un siège qu’eux à deux. Si par hasard Ueli Maurer [conseiller fédéral UDC] partait en cours de législature, il y aurait aussi une légitimité à dire «quand un PLR partira, on remettra un UDC, mais en attendant, on préfère un Vert». Donc, si les UDC réfléchissent un peu, ils pourraient distiller leurs voix. Maintenant, ce n’est pas les gens les plus réfléchis que j’aie jamais connus. Donc, ce n’est pas très probable. Mais c’est possible.

Les démocrates-chrétiens ont incontestablement droit à un siège. Mais s’ils ne veulent pas être marginalisés au Conseil fédéral par l’alliance UDC-PLR, ils auraient intérêt à ce que la formule change. Est-ce qu’ils comprendront qu’ils auraient intérêt à ce que ça change? C’est une autre question.

Quant aux Verts libéraux, je ne sais pas ce qu’ils feront. S’ils sont intelligents, ils voteront pour un Vert, mais ils ont souvent dit «d’accord qu’il y ait un Vert à condition qu’il soit Vert libéral, les autres sont juste des gauchistes dont on n’a rien à faire.

Donc, selon moi, les probabilités que ça marche sont de 30%. Mais 30, ce n’est pas zéro».

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Groupes

Groupes parlementaires

Vous allez siéger dans un parlement qui n’a jamais été aussi vert. C’est le moment de montrer que les Verts ont autre chose à proposer que des taxes, comme la droite le leur a reproché tout au long de la campagne…

La loi sur le CO2 a déjà passé à la Chambre haute, et le système qu’elle propose, ce sont des taxes modérées. Il faut maintenant discuter de la redistribution. La loi sera déjà attaquée par référendum, et il ne sera pas facile de la faire passer devant le peuple. 

En 2025, la Norvège n’immatriculera plus de nouveaux véhicules 100% essence ou diesel. Ça veut dire qu’à un moment donné, il faut interdire. Et là, il faut aller très vite.

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Après, il y aura une réflexion à avoir sur les régions périphériques. Parce que les agglomérations, avec de bons transports publics, s’en sortiront toujours, mais si vous êtes dans une vallée latérale valaisanne, ce n’est pas le cas. Il faut trouver des compensations, par exemple des subventions aux véhicules électrique là où il n’y a pas de transports publics.

Mais pour le reste, il faut commencer à faire comme la Norvège, qui soit dit en passant est le plus gros État pétrolier et gazier d’Europe: fixer des termes. En 2025, elle n’immatriculera plus de nouveaux véhicules 100% essence ou diesel. Ça veut dire qu’à un moment donné, il faut interdire. Et là, il faut aller très vite.

Pour l’isolation des bâtiments, c’est une autre question. Si on ne fait rien et qu’on attend le renouvellement naturel, il y en aura pour plus de 100 ans. Donc là, il faut accélérer, soit par des rénovations obligatoires, soit par des subventions, qui existent déjà, mais qu’il faudra renforcer.

Et puis, n’oublions pas que malgré la «vague verte», nous restons très minoritaires au parlement.

Justement, quel soutien attendez-vous des Verts libéraux?

Le plus possible, mais en les connaissant… Sur pas mal de thèmes, comme l’énergie, le climat, mais aussi les modèles de société, la tolérance, les libertés humaines, nous sommes sur des longueurs d’ondes extrêmement proches. En revanche, les Verts libéraux croient encore au total libéralisme économique, en pensant qu’il va tout résoudre. Ils ne sont pas prêts à remettre en question les modèles classiques.

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