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Chère santé


La difficile réduction du nombre d’hôpitaux en Suisse


Par Clare O’Dea, Saanen


Pour diminuer les coûts de la santé, la Suisse réduit le nombre important de ses hôpitaux. Mais la population se montre très attachée à ces centres de soin régionalisés, indépendamment du coût. Malgré cela, la rationalisation se poursuit, comme à Saanen, près de Gstaad.

Depuis plus d'un siècle, les patients de l'hôpital de Saanen jouissaient d'une vue idyllique sur l'Oberland bernois. L'hôpital était une institution de la région et personne n’imaginait la vie sans elle.

Pourtant l’hôpital a fermé il y a deux ans, après une décennie de campagne et de querelles politiques. (Voir article connexe)

Aujourd’hui, le vieux bâtiment est à l’abandon. Le parking est vide et les espaces verts ne sont plus entretenus. Des affiches collées à l'intérieur de l'entrée invitent les gens qui cherchent un traitement à se rendre à l'hôpital de Zweisimmen, 17 kilomètres plus loin.

La perte de l'hôpital continue d’échauffer les esprits parmi les habitués du Doris Kaffestube au centre du village. «C'est une honte d’avoir fermé l'hôpital dans une région touristique comme le Saanenland, dont la station de Gstaad, se plaint un client. Il a toujours très bien servi la région et le déficit était sous contrôle. J'ai vécu toute ma vie dans le Saanenland et c'est insupportable qu'une telle chose se produise.»

Certains craignent qu’il soit difficile de parvenir à un hôpital à temps en cas d'urgence médicale, en particulier avec la fermeture prévue de la maternité à Zweisimmen, dans la même vallée.

«A quoi nous sert un hôpital à Zweisimmen ou à Château-d'Œx (dans la partie vaudoise de la vallée) en cas d’urgence, surtout en hiver, quand nous avons tellement de trafic? Vous ne pouvez pas sortir d'ici assez rapidement», assure une femme âgée.

Près de 300 hôpitaux

En Suisse, les hôpitaux représentent 44% de l’ensemble des coûts de la santé (environ 68 milliards de francs en 2012). Saanen est l'un des 65 hôpitaux de soins aigus qui ont fermé ou fusionné entre 2002 et 2012, ce qui porte le nombre d'hôpitaux en Suisse à 298.

«Ce n'est pas juste de considérer ces réductions comme des fermetures d'hôpitaux», assure Nicole Fivaz, de l’organisation faitière des hôpitaux H +. Il y a eu plusieurs fusions ou des collaborations entre hôpitaux. Par exemple, cinq anciens hôpitaux autonomes sont maintenant gérés comme une seule entité à Soleure.»

D'autres anciens hôpitaux trouvent une nouvelle vie comme les centres de soins de santé primaires. C'est le projet pour l'hôpital de Saanen.

Reste que la plupart des hôpitaux du pays sont encore petits, ce qui a des répercussions sur la qualité et les coûts.

«Il est important qu’un hôpital ait une certaine taille – de 300 à 400 lits – pour permettre des économies d’échelle. La Suisse est remplie de petits hôpitaux. C'est l’une des principales raisons de leur cherté», souligne Stefan Felder, économiste de la santé à l'Université de Bâle.

Des services médicaux de proximité

Après sa retraite en 2009, l'ancien ministre en charge de la Santé Pascal Couchepin a déclaré qu'un tiers des hôpitaux suisses devrait être fermé pour maîtriser les coûts de la santé et que le reste devrait se spécialiser.

Mais cette analyse est rarement reprise par les hommes politiques, en particulier les responsables cantonaux, car cela heurte les électeurs. Dans un sondage récent de l’institut gfs.ch, quatre personnes interrogées sur cinq ont dit vouloir que les principaux traitements spécialisés soient disponibles dans toutes les régions du pays. Selon sa taille, un canton peut avoir plusieurs régions.

«Les gens sont heureux avec ce que nous avons. Ils veulent avoir accès à des services médicaux de proximité», relève Nicole Fivaz.

Les cantons de Bâle-Ville et Bâle-Campagne n’arrivent pas à décider lequel des deux plus grands hôpitaux de ces deux cantons doit fermer, même si leurs autorités conviennent que la mesure est nécessaire. «Nous savons que nous avons un trop grand nombre d'hôpitaux dans la région», a ainsi déclaré le chef du gouvernement de Bâle-Campagne Isaac Reber à la radio publique suisse, SRF.

Les primes d'assurance maladie, qui varient selon les cantons, vont augmenter dans toute la Suisse l'an prochain, mais la plus forte hausse aura lieu dans les cantons de Bâle.

Même le chef de la direction de l’hôpital cantonal de Bâle-Campagne a admis qu’il y avait une surabondance d’hôpitaux dans la région. Néanmoins, il a annoncé le mois dernier une extension de son établissement.

La plainte des assureurs

«S'il y a une surcapacité et pas de réels besoins pour l'existence d'un hôpital, alors les fonds ne devraient pas être versés», estime Paul Rhyn, de l'association des assureurs médicaux Santésuisse.

 «C'est une question politique. Plusieurs hôpitaux que nous connaissons sont en dessous du taux coût-efficacité. Si nous pouvions remodeler le paysage des hôpitaux aujourd'hui, la situation serait tout à fait différente. Mais un tel projet n'est pas possible avec toutes les restrictions politiques et les attentes de la population», ajoute Paul Rhyn.

Les cantons sont responsables de leur propre budget santé et fixent la liste d'hôpitaux inclus dans le système d'assurance obligatoire.

Stefan Felder décrit le système comme un cartel. «Les assureurs ne sont pas libres de choisir les hôpitaux partenaires. Si les assurés pouvaient être incités à se rendre dans certains hôpitaux, nous aurions un système très différent», déclare l'économiste. Une option qui existe dans certains cantons comme Genève.

Certains cantons, comme Berne, repensent leur paysage hospitalier pour aller vers la spécialisation, mais comme la zone de chalandise d'un hôpital s'étend théoriquement au-delà des frontières cantonales, la planification est difficile à accomplir.

Des politiques à la traine

C'est là qu’intervient la Conférence des directeurs cantonaux de la santé. Contactée par swissinfo.ch, elle explique l'augmentation des coûts hospitaliers par les progrès dans le traitement et le diagnostic médical, tout comme l'augmentation du nombre des patients âgés et des malades chroniques.

«Différents efforts de concentration des hôpitaux sont déjà en place, sous les auspices de la Conférence des directeurs cantonaux de la santé. Ceux-ci ne visent pas spécifiquement la densité de l'hôpital. Ils reposent sur la performance des centres hospitaliers, déclare la Conférence dans une réponse écrite. On peut imaginer que plusieurs centres hospitaliers soient abandonnés, moins comme acte politique que comme le résultat de décisions économiques des hôpitaux.»

Comme le montre l'histoire de Saanen, de telles décisions entraîneront des résistances sur le terrain. Saanen était pourtant exactement ce genre d'hôpital qui devait être fermé. Il était proche d'autres hôpitaux, fonctionnait à perte, était sous-occupé, trop petit pour des économies d'échelle et sans garantie d’expertise.

L’exemple du pancréas

De nombreux hôpitaux suisses n’imposent pas un nombre minimum d’opérations pour assurer la qualité et la sécurité, selon les experts.

L’ablation du pancréas est une opération importante effectuée à la suite de la détection d'un cancer ou d'une infection grave. Quelque 740 de ces opérations ont été réalisées dans plus de 50 hôpitaux suisses en 2010.

Cette chirurgie peut mettre la vie en danger et entraîner des complications post-opératoires graves. C'est pourquoi elle doit être faite dans un centre où au moins 20 à 30 opérations sont effectuées chaque année.

Pourtant, en 2010, selon l'Office fédéral de la santé, 58 opérations du pancréas ont été effectuées dans des hôpitaux suisses avec moins de 10 ou 20 cas par an.

Source: Santésuisse


Traduit de l'anglais par Frédéric Burnand, swissinfo.ch

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