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Crise des migrants Libye: le rôle de la Suisse dans la réponse de l’Europe

African men waiting in place of detention

De nombreux migrants et réfugiés qui se risquent à passer par la Libye finissent en détention.

(Keystone)

Un premier groupe de réfugiés vulnérables venus de Libye est arrivé en Suisse. En tout, la Confédération s’est engagée à accueillir 80 personnes, comme contribution à un programme international destiné à évacuer ces Africains des centres de détention libyens, où ils vivent l’enfer.

Elles et ils sont 40: 34 adultes (surtout des femmes), 4 enfants et 2 bébés. Evacué de Libye vers le Niger, le groupe est arrivé ce mercredi 4 avril à Zurich de Niamey, via Casablanca, au Maroc, confirme le Secrétariat d'Etat aux migrations. Ces gens ont bénéficié du mécanisme de transit d’urgence (ETM), prévu par le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCRLien externe). Un second groupe de 18 personnes est sur le point de partir et les 80 bénéficiaires devraient tous être arrivés à la fin du mois prochain.

En vertu de la pratique ordinaire en la matière, ils ne resteront que quelques jours aux mains des autorités fédérales avant d’être répartis entre les cantons selon un système de quotas négocié.

Marché aux esclaves

A la fin de l’année dernière, la chaîne américaine CNN avait pu filmer une vente d’êtres humains en Libye. Les images de cette version moderne du marché aux esclaves ont causé un profond choc dans le monde entier. Ce qui a aussi poussé l’Union européenne et l’Organisation internationale des Nations unies pour les migrations (OIMLien externe)à organiser des évacuations, «parce que l’UE et l’Union africaine ont décidé que nous ne pouvons pas laisser 20'000 personnes dans des centres de détention en Libye», comme le déclare Florence Kim, porte-parole de l’OIM pour l’Afrique occidentale et centrale.

En décembre également, la Suisse a annoncé qu’elle avait accepté d’accueillir 80 réfugiés vulnérables dans le cadre d’un plan d’urgence du HCR visant à évacuer des milliers de personnes de ces centres de détention libyens. La ministre de la Justice Simonetta Sommaruga l’a présenté comme une «mesure humanitaire urgente», justifiée par la situation catastrophique en Libye.

Quelques autres pays européens ont aussi accepté d’accueillir des réfugiés dans le cadre de cette opération. L’envoyé spécial du HCR pour la situation en Méditerranée Vincent Cochetel explique que plus de 1300 personnes ont été évacuées jusqu’ici, 312 étant parties pour l’Italie, quelques-unes en Roumanie et le reste au Niger, d’où elles doivent être réinstallées.

Tortures et abus

Dans les dernières années, des centaines de milliers de réfugiés et de migrants ont risqué le voyage à travers l’Afrique jusqu’en Libye, certains ayant l’intention d’y rester, mais beaucoup espérant atteindre l’Europe. «Près d’un demi-million ont fait la traversée ces trois dernières années, et plus de 10'000 y ont laissé la vie», selon un rapport d’Amnesty International (AI) publié en décembre de l’année dernière, tandis qu’«un autre demi-million, peut-être plus, est actuellement bloqué en Libye».

Selon une estimation datant de la fin de l’année dernière, 20'000 réfugiés et migrants seraient détenus dans les centres du DCIM, une division du Ministère libyen de l’Intérieur, tandis que des milliers d’autres sont détenus dans des centres non officiels, gérés par les milices et le crime organisé, comme le dénonce AI. Dans les deux cas, «les personnes sont détenues illégalement, dans des conditions inhumaines, et sont exposées à la torture et à d’autres traitements ou punitions cruels et dégradants, y compris aux violences sexuelles». Amnesty a accusé les gouvernements européens d’être complices de cette situation.

L’OIM indique que depuis que l’opération s’est intensifiée à la fin de l’année dernière, 17'000 personnes ont quitté les centres de détention libyens, dont 11'000 sont rentrées volontairement dans leur pays. Il n’en resterait donc qu’environ 3500 dans les centres officiels. Il est toutefois certain qu’il y en a davantage détenus par les milices, mais l’accès aux chiffres, et plus encore aux personnes, n’est pas aisé, comme l’a confirmé Florence Kim, de l’OIM.

Réfugiés ou migrants?

Ce qui compte pour ces gens, c’est de savoir s’ils vont être considérés comme migrants économiques ou comme réfugiés. Le HCR s’occupe d’enregistrer les réfugiés, tandis que la répartition volontaire des migrants est gérée par l’OIM.

S’agissant des critères pour être reconnu comme réfugié vulnérable, l’envoyé spécial du HCR Vincent Cochetel explique qu’ils comprennent «les victimes de torture, les gens ayant des problèmes médicaux, les femmes célibataires, les enfants non accompagnés et les personnes handicapées». Mais, ajoute-t-il, «je dois dire qu’aujourd’hui en Libye, pratiquement tout le monde est vulnérable, donc la vulnérabilité seule n’est pas le critère. Nous devons déterminer qui est réfugié et qui est migrant, et un réfugié ne devrait pas être forcé à rentrer chez lui, parce qu’il y risque des persécutions».

Du côté de l’OIM, pour s’assurer que le programme de rapatriement est réellement volontaire, Florence Kim explique que l’organisation s’assure que les gens «sachent qu’ils ont un choix, qu’il n’y a pas de pression psychologique sur eux. Mais en même temps, nous savons aussi que c’est une des seules options qu’ils ont pour sauver leur vie».

Selon la porte-parole, quelque 80% des gens rentrés dans leur pays étaient détenus en Libye. La majorité venait de pays d’Afrique occidentale comme le Nigéria, la Gambie, la Guinée et la Côte d’Ivoire. Les profils dépendent des pays. «Si vous prenez la Côte d’Ivoire, 70 à 80% sont des hommes de 18 à 30 ans, lettrés pour la plupart», note Florence Kim. «Du Nigéria par contre, vous avez beaucoup plus de femmes que des autres pays d’origine, et parmi elles, 80 à 90% sont victimes de trafic». Il y a aussi beaucoup de mineurs non accompagnés.

Un aspect novateur de ce programme de rapatriement volontaire, c’est l’aide à la réinsertion, pour laquelle l’OIM ne travaille pas seulement avec l’individu, mais aussi avec sa communauté d’origine. «Vous êtes un rapatrié. Nous ne vous laissons pas seul avec votre projet de réinsertion, nous essayons de vous mettre avec d’autres personnes», explique Florence Kim. «Par exemple, nous allons vous aider à monter une ferme avicole, que vous allez peut-être gérer avec d’autres rapatriés. Nous essayons aussi d’inclure de potentiels candidats à la migration». La porte-parole ajoute que ceci est aussi destiné à éviter les tensions avec la communauté d’origine.

Encore un effort

S’agissant des réfugiés, le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEMLien externe) a envoyé une mission dans les camps de transit au Niger pour examiner les cas des candidats potentiels à une installation en Suisse. Et le HCR cherche toujours de nouveaux pays d’accueil. «Nous demandons à la Suisse, et aussi aux autres pays d’Europe et hors d’Europe d’accueillir plus de réfugiés, car nous devons vraiment nous assurer d’en évacuer le plus possible du Niger», plaide Vincent Cochetel.


(Traduction de l’anglais: Marc-André Miserez)

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