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Démocratisation difficile


En Libye, des législatives semées d’embûches


Par Rachid Khechana


Benghazi, 18 juin. Répétition générale pour deux scrutatrices d’un bureau de vote. (AFP)

Benghazi, 18 juin. Répétition générale pour deux scrutatrices d’un bureau de vote.

(AFP)

Pour la première fois depuis 60 ans, la Libye élit librement son parlement le 7 juillet. Des inquiétudes entourent néanmoins ce scrutin. En cause: la prolifération des groupes armés, le fondamentalisme, le spectre du séparatisme… Des problèmes que l’Etat, fragile, a du mal à maîtriser.

A Tripoli, comme dans d’autres villes libyennes, les enlèvements se sont multipliés depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en automne 2011. Ces actes sont le fait des milices armées, aujourd’hui composées de mercenaires surtout. Comment mettre fin à ces exactions? C’est la question que se posent beaucoup de citoyens libyens, inquiets de la réaction des chefs de milices qui verraient leur pouvoir forcément fragilisé par des élections libres.

Prévues initialement le 19 juin, ces élections ont été reportées au 7 juillet afin de permettre à un plus grand nombre de citoyens de s’inscrire sur les listes des électeurs. Selon certains observateurs, ce report était nécessaire pour donner aux élections une meilleure chance de réussite. Même écho du côté du président de la Commission électorale libyenne, Nouri Khalifa El-Abbar, qui confie à swissinfo.ch que «l’ajournement des élections s’est avéré bénéfique».

Détaillant le pourcentage de participation des électeurs, il ajoute: «Le nombre d’inscrits dépasse les deux millions huit cent mille personnes. Soit 75% des citoyens en âge de voter. A noter que les  femmes constituent 47% de la population qui participe au scrutin».

Un parlement de transition

Les Libyens s’apprêtent donc à élire un Parlement de transition composé de 200 sièges. Quatre vingt d’entre eux seront occupés par des représentants de partis ou d’entités politiques. Et les 120 autres par des candidats indépendants. Une répartition qui a donné lieu à de nombreuses tensions entre les divers acteurs du scrutin.

Une fois le législatif élu, il sera mis fin aux fonctions de l’actuel Conseil national de transition (CNT) présidé par Moustafa Abdeljalil. Le nouveau Parlement désignera par la suite un Comité des sages, composé de 60 personnes, chargé de rédiger une Constitution qui sera soumise à référendum.

La campagne s’est déroulée dans un contexte d’initiatives discriminatoires prises aussi bien par des révolutionnaires que par des musulmans fondamentalistes. Les premiers voulaient empêcher politiciens et technocrates ayant travaillé avec l’ancien régime de participer aux élections. Leur initiative fut mise à mal par la société civile libyenne et par des organisations internationales des droits de l’homme. Les deuxièmes souhaitaient enlever aux femmes le droit de siéger au Parlement.

Différence avec la Tunisie

On le voit, l’étape de transition libyenne ne va pas sans difficultés. Rien à voir avec les élections tunisiennes du 23 octobre dernier qui ont permis la désignation d’une Assemblée constituante sur la base d’un consensus entre les grandes  familles politiques. Il en va donc autrement de la Libye où les élections ont engagé un bras de fer entre candidats indépendants et entités politiques, chacune des parties voulant s’assurer le plus grand nombres de sièges au Parlement.

«Il faut dire que l’enjeu des élections libyennes est national et non politique», confie à swissinfo.ch Mahmoud Jibril, qui dirige la Coalition des forces nationales (une coalition regroupant plus de 60 partis). «C’est ce qui explique, poursuit-il, la volonté de toutes les forces nationales d’être représentées, même symboliquement, au Parlement».

Transparence financière

Abordant la question du financement de la campagne électorale, Mahmoud Jibril précise: «La transparence est indispensable». Aussi, proposera-t-il à la Commission électorale de demander à toutes les entités politiques de révéler leurs sources de financement.

Beaucoup de politiciens libyens estiment, de leur côté, que ce financement doit être à cent pour cent libyen. Qu’en aucun cas les forces nationales ne peuvent être aidées financièrement par un pays étranger, certains pays du Golfe étant ici visés.

D’autres inquiétudes surgissent à l’occasion des ces élections. Elles concernent des pratiques jusqu’ici jamais observées, à savoir l’alliance «injustifiée» entre des entités politiques et des organisations de la société civile, indique à swissinfo.ch Mohamed El-Allagui, président du Conseil national des droits de l’homme.

Le club des démocraties

Quarante ans de dictature ont éloigné la Lybie de toute tradition électorale. L’apprentissage de cette culture est d’autant plus difficile que plane aujourd’hui sur les élections le spectre d’un mouvement séparatiste  agité par des appels fréquents à la création d’une Fédération, à l’image de ce que fut autrefois le Royaume-Uni de Libye. Le pays se composait alors de trois régions: la Cyrénaïque, Fezzan et Tripoli.

Cet appel au séparatisme s’est aggravé avec la formation de groupes fondamentalistes dans les villes de l’Est, notamment à  Benghazi et à Derna. Ces groupes demandent l’application de la Charia. Pour se faire entendre, ils organisent des parades militaires d’une agressivité sans précédent. Encore plus grave: certains mouvements séparatistes réclament pour leurs villes de l’Est le même nombre de sièges au Parlement que celui réservé aux villes de l’Ouest, pourtant beaucoup plus peuplées.

L’entrée de la Libye dans le «club» des démocraties se fait ainsi dans la douleur. La réussite de ces élections reste liée à la capacité du pays à maîtriser ses divergences violentes.

L’aide suisse à la transition

La Confédération soutient la transition politique vers la démocratie en Libye en étroite coordination avec la Mission spéciale des Nations Unies sur place.

En vue des élections, la Suisse a notamment soutenu, via le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), la mise à disposition d’urnes qui répondent aux standards internationaux.

Dans le domaine de la transition démocratique et des droits humains, la Suisse soutient la formation de la société civile en relation avec les élections au-travers de diverses actions et institutions.

La Suisse n’a pas envoyé d’observateurs en Libye pour ces élections, mais des représentants de l’ambassade suivront les élections en tant qu’observateurs diplomatique.

En 2012, la Suisse a prévu d’engager 2,23 millions de francs en Libye. L’essentiel de ce montant sera affecté à des projets visant au soutien à la transition politique vers la démocratie.

(Source: Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE)

Dialogue sur la nouvelle constitution

Parmi les organisations présentes en Libye figure le Centre pour le dialogue humanitaire, basé à Genève. Financé par plusieurs pays dont la Suisse, le centre s’est engagé dans le pays depuis avril 2011 pour soutenir les autorités de transition.

Il a notamment organisé des dialogues régionaux sur les questions de la nouvelle loi électorale et de la justice, impliquant à cette occasion des responsables de la société civile en provenance de tout le pays.

Il a également organisé un dialogue national début mai sur la nouvelle constitution, a expliqué à swissinfo.ch Kenny Gluck, un responsable du Centre.


(Adaptation de l’arabe: Ghania Adamo), swissinfo.ch, Tunis



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