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Démocratie numérique A 93 ans, il combat sans relâche les trolls sur Internet

Pierre Rom: 93-jähriges Online Warrior im Dienste der jungen Bewegung Operation Libero.

Pierre Rom, l'exemple d'un engagement sans faille pour une société libérale. 

(©Thomas Kern/swissinfo.ch)

Pierre Rom a rejoint un mouvement composé essentiellement de jeunes militants engagés en politique. Surnommé «le guerrier de l’Internet», il est membre de «l’armée de commentateurs» de l’Opération Libero. La mission de ce retraité pas comme les autres: lutter contre la haine sur le Net.

L’«armée de commentateurs» dont fait partie Pierre Rom est considérée comme l’arme secrète du mouvement Opération Libero. «Je m’exprime mieux par écrit qu’oralement», fait-il savoir en préambule à l’entretien qu’il accorde à swissinfo.ch dans un restaurant de la vieille ville de Berne. 

Le retraité a ainsi emmené avec lui un argumentaire écrit de deux pages où il explique le pourquoi de son engagement. Les partis ne sont plus en mesure de mobiliser au-delà de leurs rangs, estime-t-il. Il appartient donc à d’autres mouvements, tels qu’Opération Libero, de prendre le relais. Voilà pourquoi il s’est engagé aux côtés de ces jeunes militants.

Pierre Rom est une figure du mouvement Opération Libero. 

(©Thomas Kern/swissinfo.ch)

Né en 1924, Pierre Rom, qui est toujours actif au sein du Parti libéral-radical (PLR / droite) de la ville de Berne, dont il a été le secrétaire, est un «guerrier de l’Internet» d’Opération LiberoLien externe. Le mouvement a émergé dans les milieux étudiants après le «oui» du peuple suisse à l’initiative contre l’immigration de masse le 9 février 2014.

Il milite pour le maintien des relations bilatérales avec l’Union européenne mais aussi pour donner des impulsions libérales dans tous les secteurs de l’économie et de la société. Avec ses campagnes ciblées sur les réseaux sociaux, Opération Libero s’est immiscé avec succès dans le débat politique en Suisse germanophone.

Les «guerriers de l’Internet» d’Opération Libero agissent dans les colonnes des commentaires des médias en ligne et participent aux débats sur les pages Facebook de leurs adversaires politiques. Cette «guerre de l’information» sur le Net est un phénomène bien connu depuis le déclenchement du conflit en Ukraine au printemps 2014. 

Des «armées de trolls» bien organisées au service des deux parties au conflit se sont battues sans relâche sur le web, y compris sur les sites des principaux médias européens. Une tactique qui est également de plus en plus utilisée par des partis et des organisations helvétiques.

Les affirmations mensongères énervent particulièrement Pierre Rom. 

(©Thomas Kern/swissinfo.ch)

Au sein d’Opération Libero, l’idée est née lorsque l’organisation elle-même est devenue la cible d’attaques d’internautes en colère. «Les partisans de l’initiative dite de mise en œuvre du renvoi des criminels étrangers [refusée en février 2016 par le peuple suisse] ont inondé notre page de messages», explique Adrian Mahlstein, responsable des réseaux sociaux chez Opération Libero. Il a ainsi été décidé de contre-attaquer avec les mêmes armes.

Peu d’efforts, grands résultats

Cette forme d’engagement politique est très facile d’accès et peut avoir un énorme impact. La recherche montre en effet que les opinions présentées dans les commentaires sont considérées comme le reflet de ce que pense la majorité des gens. Et non comme l’opinion d’une minorité qui s’engage de manière particulièrement active dans le discours politique.

Cette technique de propagande qui consiste à donner une fausse impression d’un comportement spontané ou d’une opinion populaire a un nom: l’astroturfing. «Il s’agit parfois d’une seule personne qui publie des centaines de commentaires. Cela fausse totalement la perception des internautes», relève Lukas Golder, politologue à l’institut de recherche gfs.bern.

La droite rugit plus fortement

Une étude montre par ailleurs que les personnes se situant à droite de l’échiquier politique sont des commentateurs plus actifs que leurs adversaires de gauche. Ces derniers se contentent souvent de «liker» des publications. Opération Libero entend contrecarrer cette tendance avec des arguments et des réflexions libérales. Non pas avec des flots de propagande dirigés du haut vers le bas, comme cela se fait dans les «usines à trolls» sponsorisées par des Etats étrangers, mais avec des arguments. Son credo: le discours politique doit être alimenté par des faits et non des opinions.

Facebook représente en quelque sorte le champ de bataille de Pierre Rom. 

(©Thomas Kern/swissinfo.ch)

«Ce qui nous importe, ce sont les gens qui lisent les commentaires. Pas les trolls. Nous avons remarqué qu’il y a parfois très peu de connaissances sur les sujets liés à la migration et cela se sent dans l’argumentaire. Les rouspéteurs ont ainsi une tribune pour eux seuls car tous les autres lecteurs ont peur. Nous voulons changer cela», affirme Max Obrist, qui dirige le groupe des «guerriers d’Internet» d’Opération Libero.

Ces derniers échangent via l’outil de communication «Slack». Ils se répondent dans les colonnes des commentaires et se réconfortent mutuellement. Le climat du débat est en effet souvent rude et violent. Cette «psycho-hygiène» est importante car la lutte contre la haine sur le Net peut s’avérer épuisante. 

Le soutien mutuel est donc source de motivation. L’armée de bénévoles n’est pas uniquement formée de «digital natives», ces personnes nées avec l'Internet. Des soldats plus âgés s’engagent également. Pierre Rom en est le meilleur exemple. «Je suis vieux, mais j’ai le droit de vote. Je veux donc avoir quelque chose à dire. Il serait erroné de se retirer et de simplement profiter de la vie», soutient le Bernois de 93 ans.

Champ de bataille digital

Son champ de bataille se nomme Facebook. Il se connecte chaque jour au plus important des réseaux sociaux. Il y soigne un réseau d’amis politiquement diversifié et débat aussi bien avec des personnes de gauche comme de droite. «Lorsque quelqu’un affirme quelque chose qui est manifestement faux, je réagis». Pierre Rom ne supporte en effet pas les fausses allégations.

Démocratie directe numérique

Fausses nouvelles diffusées par des trolls, filtres sur les réseaux sociaux, robots qui répondent à la place des humains, politique en direct sur Twitter: aujourd’hui, la confrontation avec le monde numérique trône presque partout en bonne place sur l’agenda politique.

Avec cette série, #DearDemocracy confie à l’auteure Adrienne Fichter le soin d’éclairer l’influence et les effets des technologies numériques sur la démocratie directe suisse. Régulièrement, elle mettra l’accent sur l’influence des réseaux sociaux sur les élections et les votations, la participation citoyenne numérique, la cyberadministration, l’e-voting ou l’open data.     

Adrienne Fichter a participé au lancement de la start-up politnetz.ch, où elle a travaillé deux ans et demi comme manager des réseaux sociaux et de la communauté.

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Il investit plusieurs heures par jour dans ses recherches afin de bétonner ses posts sur Facebook avec des faits et des arguments. Aussi longtemps qu’Opération Libero restera une plate-forme de campagne dynamique pour défendre l’Etat de droit et une société libérale, Pierre Rom souhaite en faire partie. A ses yeux, le mouvement ne doit jamais devenir un parti.

Lors de la dernière campagne présidentielle française, il a défendu ardemment Emmanuel Macron sur les réseaux sociaux. Il en est convaincu: les mouvements tels qu’«En Marche!» représentent l’avenir de la politique telle qu’il l’imagine.

Sur la voie de dépassement

Les chiffres sur les réseaux sociaux lui donnent raison. De nombreux partis populistes de droite, à l’instar de l’AfD en Allemagne, de l’UKIP en Grande-Bretagne ou du Front national en France, comptent trois fois plus de partisans sur Internet que les partis gouvernementaux établis. En Suisse, Opération Libero compte plus de 23'000 fans sur sa page Facebook. Le mouvement a ainsi dépassé en peu de temps les deux principaux partis du pays, à savoir l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) et le Parti socialiste.

A cet égard, la Suisse fait figure d’exception en Europe. Dans l’environnement bruyant des réseaux sociaux, ce sont généralement les populistes de tous poils qui tiennent la vedette. «L’art consiste à vulgariser des sujets complexes et à transmettre avec succès des positions modérées sur les réseaux sociaux», affirme le politologue Lukas Golder. La démocratie directe est d’une aide précieuse. Les confrontations sur les réseaux sociaux semblent en effet davantage intéressées que la communication numérique des partis.

De nombreux comités actifs dans les campagnes de votation agissent de manière de plus en plus professionnelle dans l’utilisation des formats multimédia. Pour preuve, la forte mobilisation qui a précédé la votation sur l’initiative pour la mise en œuvre du renvoi des criminels étrangers de l’UDC en février 2016 ou celle sur la réforme de l’imposition des entreprises au début de cette année.

Gifs, vidéos, infographies et «fact-checking» appartiennent toujours davantage au répertoire des outils standards utilisés dans la bataille numérique précédant les votations. Si l’importance de Facebook et Co. dans la construction de l’opinion publique venait à gagner en importance, Pierre Rom et ses camarades «de guerre» d’Opération Libero seraient dans tous les cas bien armés pour y faire face.

Vous pouvez contacter l'auteur de cet article sur Twitter: @adfichterLien externe


(Traduction et adaptation de l'allemand: Samuel Jaberg)

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