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A l’épreuve des faits


Les centrales nucléaires suisses sont-elles devenues trop vieilles et dangereuses?




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Beznau I, le plus vieux réacteur nucléaire du monde, se trouve en Suisse.  (Thomas Kern)

Beznau I, le plus vieux réacteur nucléaire du monde, se trouve en Suisse. 

(Thomas Kern)

La Suisse a parmi les plus vieilles centrales nucléaires du monde. Les craintes que l’âge des installations augmente les risques d’accidents sont-elles fondées? Au vu des faits, il semblerait que non.

Les partisans de l’initiative populaire «Sortir du nucléaire», lancée par les Verts et soumise en votation populaire le 27 novembre, affirment que l’âge des centrales nucléaires suisses, parmi les plus vieilles du monde, augmente de manière substantielle le risque d’un accident majeur. Ils ajoutent qu’une telle éventualité aurait des conséquences dévastatrices sur un pays aussi peuplé que la Suisse.

Mais les citoyens suisses ont-ils réellement une raison de craindre un tel désastre uniquement sur la base de l’âge des centrales? Les faits suggèrent que non. En réalité, de nombreux autres facteurs entrent en jeu pour évaluer le risque d’un accident majeur.

Les accidents graves sont rares

L’Association nucléaire mondiale, faîtière des exploitants de centrales, assure que la production d’énergie nucléaire est «extrêmement sûre». Elle affirme aussi que «le risque d’accidents dans les centrales est bas, et en diminution».

«Sur plus de 16'000 années cumulées d’exploitation commerciale de centrales nucléaires dans 32 pays, il n’y a eu que trois accidents majeurs», écrit l’association sur son site internet.

En 2010, l’Agence pour l’énergie nucléaire de l’OCDE (AEN), qui examine les données concernant les accidents, a réalisé une étude sur le sujet. Celle-ci conclut que «le risque d’accident lié à l’énergie nucléaire est moindre en comparaison avec les dangers liés aux énergies fossiles». Le secteur du charbon est en effet celui qui a causé le plus d’accidents. Selon l’Association nucléaire mondiale, cela est principalement dû aux dangers liés à la grande quantité de matériaux qui doivent être extraits et transportés pour alimenter les centrales électriques.

 (swissinfo.ch)
(swissinfo.ch)

Toutefois, une étude plus récente de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) et de l’Université du Sussex, qui a analysé plus de 200 incidents nucléaires, conclut que les risques pourraient au contraire être sous-estimés. Les chercheurs pensent qu’il est très probable qu’un accident se produise tous les 10 à 20 ans. De surcroît, ils qualifient les données existantes fournies par l’industrie nucléaire de «défaillantes et malheureusement lacunaires» et estiment que l’Echelle internationale des événements nucléaires, qui évalue les accidents, doit être adapté pour acquérir une meilleure compréhension des dangers.

Difficile de déterminer s’il est possible de mettre au point un système d’évaluation des risques efficace et précis. Selon la revue «Nature», les spécialistes de l’énergie nucléaire considèrent qu’il n’est pratiquement pas possible de créer une échelle d’évaluation des risques objective, car chaque centrale comporte des dangers qui lui sont propres et que certains ne peuvent simplement pas être déterminés.

Les experts s’accordent sur le fait que de nombreux facteurs doivent être pris en compte. L’âge n’est qu’un de ces facteurs. «Les vieux réacteurs ne sont pas nécessairement plus dangereux que les nouveaux», affirme «Nature».

Sur les trois accidents les plus graves, la revue observe que deux impliquent des centrales relativement neuves. Les réacteurs nucléaires de la centrale de Three Mile Island aux Etats-Unis n’étaient en service que depuis trois mois lorsqu’ils sont entrés en fusion en 1978. Quant à la centrale de Tchernobyl, elle ne fonctionnait que depuis deux ans, lors de l’accident de 1986. A Fukushima, en 2011, l’accident a été provoqué par un tsunami, qui a coupé l’alimentation en électricité et inondé les trois plus vieux réacteurs. L’âge de l’installation lui-même n’est pas une cause directe.

D’autres facteurs, comme la taille des centrales, leur design, et des menaces externes (comme un tremblement de terre) peuvent influencer le niveau de risque. Cependant, toujours selon «Nature», les experts sont convaincus que le facteur interne le plus important pour évaluer la sûreté d’une centrale est la culture de la sécurité développée par ses régulateurs, ses opérateurs et ses ouvriers.

Evaluations et mises à jour

Les inspecteurs jouent un rôle déterminant en matière de sécurité, estime l’Association nucléaire mondiale. Avec l’âge, les réacteurs nucléaires sont davantage sujets à des problèmes de détérioration ou à des défectuosités. Ainsi, les installations les plus anciennes doivent subir des programmes de maintenance d’envergure, tout comme des contrôles périodiques, en accord avec la Convention sur la sûreté nucléaire de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

Sur le plan international, la Suisse et l’Union européenne prévoient de lancer en 2017 des revues par les pairs concernant la gestion du vieillissement des centrales nucléaires.

A l’échelle nationale, l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) supervise le fonctionnement des cinq réacteurs nucléaires (quatre centrales) que compte la Suisse, tout au long de leur durée de vie. Le réacteur de Beznau I, dans le canton d'Argovie, est actuellement fermé après la découverte de petites fissures dans la structure de confinement. (Leibstadt, opérationnel depuis 1984, est également fermée pour des raisons de sécurité). Si les problèmes de vieillissement deviennent trop importants, la réglementation stipule qu'une installation doit être mise hors service.

Toujours plus de connaissances sur le vieillissement

De plus en plus de réacteurs nucléaires dans le monde vieillissent. Cela permet d’améliorer les connaissances et la recherche concernant la sécurité de ces installations. Dans le monde, 18 centrales en service ont 45 ans ou plus, selon l'Agence internationale de l'énergie atomique. Ceci inclut cinq centrales en dehors de la Suisse qui sont aussi vieilles que Beznau I (47 ans).

L’une de ces vieilles centrales se trouve aux Etats-Unis. En décembre 2015, la Commission américaine de réglementation nucléaire (NRC) a justement approuvé un renouvellement pour 20 ans des licences d'exploitation (qui durent normalement 40 ans) pour 81 des 99 centrales commerciales en activité. Avant de prendre cette décision, la NRC a évalué les installations pour déterminer si leur exploitation pouvait être poursuivie pendant deux décennies de plus. 

LES PLUS VIEUX REACTEURS EN ACTIVITE (en décembre 2015)


Suisse– Beznau 1  1969
Etats-Unis – Nine Mile Point 1        1969
Etats-Unis – Point Beach 1          1970
Etats-Unis – Dresden 2                   1970
Etats-Unis – Robinson 2                 1970
Suisse – Mühleberg                   1971
Suisse – Beznau 2                     1971
Russie – Novovoronezh 3          1971
Suède – Oskarshamn 1               1971
Canada – Pickering 1                   1971
Pakistan – Kanupp                       1971
Etats-Unis – Dresden 3                   1971
Etats-Unis – Monticello                            1971
Etats-Unis – Palisades                   1971


Source: AIEA

Alors que l'on parle de prolonger la vie des réacteurs nucléaires aux États-Unis jusqu’à 80 ans, la recherche sur le vieillissement et la sécurité s'intensifie, rapporte «Nature». Des études pour identifier les défauts avant qu’ils ne deviennent un problème sont réalisées, tout comme des expériences qui simulent 80 ans d’activité d’une installation pour évaluer les dégradations. Des efforts sont également faits pour partager les connaissances à l’échelle mondiale.

Mais à nouveau, des doutes subsistent sur la capacité des chercheurs à évaluer les risques potentiels. Un ancien cadre de la NRC a confié à «Nature» que les éléments que les inspecteurs ne peuvent pas voir, comme les câbles électriques souterrains, peuvent être une source d’inquiétude.

Le verdict

Affirmer que les centrales nucléaires sont plus dangereuses en raison de leur âge est simpliste. L’âge n’est qu’un facteur parmi les nombreux autres éléments qui affectent leur sécurité. Les réacteurs plus âgés subissent inévitablement l’usure du temps mais des mesures de précaution sont prises pour assurer que des mises à jour et des contrôles soient effectuées, et des recherches sont en cours pour augmenter la sécurité.


(Traduction de l'allemand: Katy Romy)

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