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Entre utopie et vision politique


Revenu de base: une vieille idée dont l’heure est venue?




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On attribue au philosophe anglais Thomas More la paternité de l'idée d'un revenu de base inconditionnel. (akg-images)

On attribue au philosophe anglais Thomas More la paternité de l'idée d'un revenu de base inconditionnel.

(akg-images)

L’idée est née dans «Utopia», la célèbre et influente œuvre de Thomas More. Un demi-millénaire exactement après sa publication, la Suisse sera le premier pays au monde à voter sur l’introduction d’un revenu de base inconditionnel.

«Utopia», l’ouvrage de fiction et de philosophie politique, publié pour la première fois en latin en 1516, évoque le revenu de base inconditionnel (RBI) comme moyen de lutter contre les vols. Dix ans plus tard, l’ami de Thomas More, Johannes Lodovicus Vives, a été le premier à élaborer une proposition détaillée. Sa note au maire de Bruges, en 1526, est à la base du premier système de revenu de base introduit dans la communauté flamande d’Ypres.

«Il s’agit vraiment d’aider les pauvres.» C’est ainsi que Florian Schui, historien en économie à l’Université de Saint-Gall, considère cette idée qui a pris de l’ampleur dès le Moyen-Âge. La substance du débat a toutefois changé depuis lors. «Les discussions autour du revenu de base inconditionnel ne sont plus centrées sur la somme d’argent que les gens reçoivent, mais plutôt sur un changement de perception de la somme qui leur est attribuée. Elle n’est plus considérée comme une assistance mais plutôt comme un droit humain de base», explique-t-il.

Depuis l’époque de Thomas More, l’idée a traversé les âges, rappelant la fameuse phrase de l’ancien président américain John F. Kennedy: «Un homme peut mourir, des nations peuvent s’élever et chuter, mais une idée continue à vivre.» Aujourd’hui, les partisans du RBI peuvent espérer que leur projet de donner une somme d’argent à chaque citoyen soit à la hauteur de la déclaration de Victor Hugo: «Rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue.»

Cette idée prévoit que les gouvernements fournissent un revenu mensuel de base à chaque citoyen, sans qu’ils n’aient besoin de travailler et indépendamment d’éventuels autres revenus, selon Réseau Européen pour le Revenu de Base. Ses partisans estiment qu’il s’agit du moyen le plus sûr et équitable de lutter contre la pauvreté. Cependant, il y a plusieurs options et points de friction à discuter, notamment le mode de financement du RBI ou la manière dont il faut prendre en compte d’autres types d’assistance du gouvernement, comme l’aide sociale.

Une idée qui a traversé les âges

D’éminents académiciens espagnols de l’Ecole de Salamanque ont déjà débattu du RBI aux 16e et 17e siècles. En Angleterre, la «loi sur les pauvres» de 1576, à l’ère élisabéthaine, fournissait du travail aux gens qui en voulaient mais n’en trouvaient pas.

Parmi les ouvrages d’intellectuels français préoccupés par le droit de l’individu à exister, en 1748, «L’Esprit des Lois» de Montesquieu affirmait qu’une nation «doit garantir à ses citoyens les moyens d’assurer leur subsistance, de la nourriture, des vêtements convenables et un mode de vie qui ne nuit pas à leur santé.»

Dans les années 1790, les écrivains anglais Tom Paine et Thomas Spence, concernés par les droits naturels, ont défendu l’idée d’un revenu de base. La principale préoccupation de Tom Paine était d’aider les personnes âgées et les parents de jeunes enfants. En même temps, en France, le marquis de Condorcet a plaidé en faveur du RBI comme une forme d’assurance sociale pour combattre la pauvreté et les inégalités.

Leurs idées ont nourri le développement des assurances et de l’aide sociale en Europe, comme les pensions et l’assurance maladie introduites par Otto von Bismarck, le premier chancelier allemand (de 1871 à 1890). Ces systèmes se sont cependant davantage centrés sur la notion qu’une personne a droit à des avantages sociaux plutôt qu’à un revenu de base.

Les pratiques modernes

Dans les années 1970, différentes formes de revenu de base ont émergé en Amérique du Nord:

  • Une expérience a été menée dans la ville canadienne de Dauphin, dans le Manitoba. Les familles ont reçu de l’argent de 1974 à 1979. Résultat: l’éducation s’est améliorée, les heures de travail pour les jeunes mamans et les adolescents ont diminué et moins de personnes ont été victimes d’accident de travail.
  • L’Alaska a mis en place un fond permanent en 1976 qui convertit les recettes pétrolières de l’Etat en un dividende redistribué à tous ceux vivent dans cette région depuis 6 mois, peu importe l’âge.

Autres exemples:

  • Une organisation humanitaire allemande a parrainé un projet pilote qui a fourni de l’argent à un village namibien de 2008 à 2009. Plus d’enfants ont ainsi été scolarisés et le nombre de crimes a diminué. L’aide financière a été maintenue jusqu’au début 2012.
  • Le gouvernement finlandais et des chercheurs universitaires ont annoncé en novembre dernier qu’ils comptaient étudier les coûts et les effets potentiels de l’introduction d’un revenu de base universel dès le début 2017.
  • Utrecht, Tilburg et d’autres villes aux Pays-Bas expérimentent ou étudient l’idée d’un RBI. 
  • Le Parti national écossais a soutenu l’idée de remplacer l’actuel système de couverture sociale par un RBI et a pris cette idée en considération pour élaborer un système de protection sociale pour une Ecosse indépendante.

Le scrutin en Suisse

Les Suisses vont se prononcer sur une initiative populaire qui demande l’introduction d’un revenu de base mais sans spécifier quelle somme doit être donnée à chacun. Cependant, les auteurs de l’initiative aimeraient que chaque citoyen reçoive environ 2500 francs par mois, indépendamment de leur richesse ou de leur travail. Ils proposent 625 francs par mois pour chaque enfant.

Les partisans du texte ont aussi créé l’événement à la gare principale de Zurich, en distribuant des billets de 10 francs aux passants le matin à l’heure de pointe. Leur objectif est de permettre aux gens de choisir comment ils comptent vivre leur vie, sans faire de choix basés sur l’argent.

Florian Schui, l’historien en économie, note que le débat reflète «deux courants de pensée fondamentalement différents» envers les pauvres: Sont-ils responsables de leur sort ou faut-il blâmer le système économique pour ne pas permettre à tout le monde d’avoir un travail?

«Utopia» de Thomas More reflète le point de vue religieux qui prétend que les êtres humains ont été accablés par le travail depuis le jardin d’Eden, mais qu’ils n’en n’avaient pas besoin avant le péché originel. Depuis la révolution industrielle, la société a intégré l’idée que la production peut rester stable ou même augmenter tout en diminuant les heures de travail.

La question, comme la pose Florian Schui, consiste à se demander que faire avec cette évolution. «Je pense qu’il y a une volonté de renouer avec le modèle d’après-guerre, une sorte d’âge d’or du capitalisme, avec un très fort taux de croissance mais un taux de taxation élevé et un système de couverture social généreux, dit-il. Je pense que c’est plutôt la nostalgie de la période d’après-guerre que de celle de Thomas More.» 

Expérience à Lausanne

En Suisse, la Ville de Lausanne pourrait devenir pionnière. Le législatif communal a accepté mi-avril un postulat visant à étudier la mise sur pied d'un projet-pilote pour tester le revenu de base inconditionnel.

Il concernerait des citoyens actuellement au bénéfice du revenu d'insertion. L'objectif est de vérifier l'une des hypothèses du RBI, selon laquelle ses bénéficiaires consacrent leur disponibilité à la recherche d'un emploi salarié, à une activité socialement utile ou à l'entreprenariat.


(Traduction de l'anglais: Katy Romy)



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