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Guerre en Syrie Carla Del Ponte: «Nous n’avons rien obtenu, je suis furieuse»

Carla Del Ponte in einer öffentlichen Diskussion

Carla Del Ponte se bat sans relâche pour la justice.

(Keystone)

Son sens de la justice et sa force de combat ont fait la renommée internationale de l’ancienne magistrate suisse Carla Del Ponte. Toutefois, son engagement contre les violations des droits de l’Homme et les crimes de guerre en Syrie s’est clairement soldé par un échec, concède-t-elle dans une interview au magazine alémanique Republik.  

Dans son livre publié début mai, Carla Del Ponte livre un regard amer sur son expérience au sein de la commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie. L’ouvrage, intitulé «Au nom des victimes: l'échec des Nations unies et de la politique internationale en Syrie», est le cinquième ouvrage de non-fiction le plus vendu en Suisse.

Carla Del Ponte était l’invitée du premier épisode de «An der Bar»Lien externe («Au bar»), émission d’entretiens du magazine en ligne Republik, animée par Roger de Weck, l’ancien directeur général de la Société Suisse de radiodiffusion et télévision (SSR, dont fait partie swissinfo.ch)

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Dans un entretienLien externe avec le magazine en ligne Republik, la Tessinoise revient sur son dernier engagement. Le travail de la commission était initialement prévu pour ne durer que six à sept mois, comme lui avait assuré la Confédération. Elle y a finalement œuvré pendant 6 ans, de 2011 à 2017, puis elle en a eu assez. «Ce fut une grande déception pour moi en tant qu'ancien procureure générale du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie. Nous n’avons rien obtenu pour les victimes et en matière de justice. Cela m'a déçu», dit-elle.

Elle concède ensuite: «Oui, j'ai échoué, je dois malheureusement l'admettre. Je n'ai qu'une seule excuse: Je n'étais que membre de la Commission. Si j'avais été présidente, j'aurais essayé de changer quelque chose.»

Carla Del Ponte considère sa participation à cette commission comme sa grande défaite, même si elle estime qu’elle n’aurait pas pu faire autrement. «Comme procureure générale, j’ai accompli quelque chose car nous avons pu rendre justice. Toutefois, en Syrie, nous n’avons rien obtenu. Même si nous avons fait comme si nous avions obtenu quelque chose.»

«Il n'y avait et il n’y a toujours pas de volonté politique de mettre fin à la guerre.»

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Elle explique que la commission a essayé de faire en sorte que le Conseil de sécurité de l'ONU crée un Tribunal pénal international pour la Syrie. «Mais il ne l'a pas fait. Il n'y avait et il n’y a toujours pas de volonté politique de mettre fin à la guerre.»

En ex-Yougoslavie et au Rwanda, le Tribunal pénal international a pu établir la justice pour les victimes parce que la volonté politique était là, souligne l’ancienne magistrate. «Pour la Syrie, les États ne veulent pas la paix mais personne ne le dit. Et ce n’est pas seulement les États-Unis et la Russie, mais de tous les États, y compris l'Allemagne. Alors la guerre et les tueries continuent, l'Etat syrien est totalement détruit.»

Elle est particulièrement préoccupée par l'utilisation d’armes chimiques contre la population civile. «A Khan Sheikhun, toutes les indices laissaient penser à une intervention des troupes du gouvernement syrien. Quand j’apprends que des entreprises suisses ont fourni à la Syrie des substances chimiques qui peuvent également être utilisées dans la production de gaz sarin, je suis furieuse.» Elle ajoute: «Le Département fédéral de l'économie, qui a donné le feu vert, devrait avoir honte! Les biens à double usage qui peuvent être utilisés à des fins pacifiques et guerrières ne peuvent pas être exportés dans un tel cas! Mais c'est la politique!»

«L'ONU n'a jamais été aussi faible qu'aujourd'hui»

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Carla Del Ponte reste convaincue de l’utilité des Tribunaux pénaux internationaux. Elle considère qu’ils restent la meilleure façon de rendre la justice, comme l'ont prouvé les cas de l'ex-Yougoslavie et du Rwanda. «Nous avons besoin d'un système judiciaire international permanent qui devrait être complètement indépendant de la volonté politique des pays.» Selon la Tessinoise, l'ONU et son Conseil de sécurité ont besoin de réformes urgentes. «L'ONU n'a jamais été aussi faible qu'aujourd'hui», affirme-t-elle.

En raison de l’inaction internationale, Carla Del Ponte plaide pour l'admission de réfugiés syriens: «Cependant, je vois de grands problèmes. Du point de vue des victimes syriennes, la Suisse et les pays de l'UE devraient accepter tous les réfugiés. En cas de paix, ils rentreront tous. Je n'ai entendu personne qui dit ne pas vouloir rentrer.»

La paix en Syrie est son plus grand souhait. Entrerait-elle à nouveau dans une Commission d’enquête, si on le lui proposait? «J'y participerais mais à condition qu'on commence à travailler demain, parce que je commence à vieillir.»

Carla del Ponte

Née en 1947 à Bignasco, au Tessin.

Etudes de droit international à Berne, Genève et en Angleterre.

1981: nommée procureure du Tessin. Se fait remarquer par son combat contre le blanchiment d'argent, la criminalité organisée et le commerce illégal des armes.

1994 à 1999: procureure de la Confédération, dont le travail est diversement apprécié, parfois critiqué.

1999: nommée procureure générale du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie et pour le Rwanda.

De janvier 2008 à février 2011, elle est ambassadeur de Suisse en Argentine.

De 2011 à 2017, elle est membre de la commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie

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