L’UDC, modèle pour la droite dure en France


Par
Mathieu van Berchem
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Cellule de détention de l’aéroport de Zurich où les étrangers en attente d'expulsion font étape. Un lieu emblématique de la thématique des renvois poussée par l’UDC.

Cellule de détention de l’aéroport de Zurich où les étrangers en attente d'expulsion font étape. Un lieu emblématique de la thématique des renvois poussée par l’UDC.

(Keystone)

Réactions contrastées après le vote suisse sur le renvoi des étrangers délinquants. Une partie de la droite française veut s’inspirer des décisions helvétiques.

Le «oui» suisse à l'initiative de l’Union démocratique du centre (UDC/droite conservatrice) sur le renvoi des délinquants étrangers fait des vagues en France. Le retentissement médiatique est certes moins visible que l'an dernier, après le vote sur les minarets. Mais l'effet «récidive» contribue à figer l'image de la Suisse, selon certains.

«Il y a un problème suisse» en Europe, estime ainsi Claude Askolovitch, rédacteur en chef du Journal du Dimanche. Cet intellectuel se range désormais dans le groupe, certes très marginal mais bruyant, des anti-suisses déclarés. Le peuple suisse est un «salaud coIlectif», va jusqu’à dire le journaliste, ancien du Nouvel Observateur.

Intellectuels «briseurs de tabous»

Après le vote sur les minarets comme dans l'affaire Polanski, l'écho en France avait suivi deux mouvements. D'abord une indignation quasi générale, puis une tentative d'explication, voire de compréhension des motivations helvétiques.

Peu après le raz-de-marée du 29 novembre 2009, Nicolas Sarkozy écrivait, dans une tribune dans le journal Le Monde: «Au lieu de condamner sans appel le peuple suisse, essayons aussi de comprendre ce qu'il a voulu exprimer et ce que ressentent tant de peuples en Europe, y compris le peuple français.» S'ensuivaient des sondages montrant que les Français n'auraient pas voté autrement.

Difficile de dire si cette deuxième phase a commencé, mais il se trouve déjà des intellectuels, réputés «briseurs de tabous», pour expliquer, voire pour justifier, la décision des Suisses.

Un repli qui touche toute l'Europe

«Le peuple suisse vote pour l’ensemble des peuples européens, qui l’approuvent», estime ainsi l’éditorialiste Eric Zemmour.

Même les voix les plus indignées reconnaissent que le vote suisse n’est que le reflet d’un repli sur soi qui touche toute l'Europe. La Suisse n'est pas une exception. Elle serait plutôt un avant-poste. Un modèle pour les uns, un contre-exemple pour les autres.

Modèle: il suffit de voir la réaction de l'extrême droite française, immédiate et ravie. «A travers ce vote, le peuple suisse a montré qu’il est libre, attaché à son identité, à la prospérité et à la paix civile, assure Marine Le Pen, vice-présidente du Front national. Il a une nouvelle fois pris à rebours ses élites, qui appelaient toutes à rejeter ce texte.»

Le vote suisse s'invite même dans la guerre de succession au Front National, puisque Bruno Gollnisch, le rival de Marine Le Pen, s'est empressé lui aussi de féliciter le peuple helvétique.

Un temps d'avance

«C'est clair: l'UDC a un temps d'avance par rapport à toutes les droites dures européennes, note le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite. Sur le plan électoral, elle devance largement les partis comparables en Autriche ou en Norvège. Mais c'est surtout sur le plan de la stratégie politique qu'elle domine les autres. Elle montre une fois de plus que l'extrême droite de papa est bien morte.»

«Elle a su s'emparer de la thématique qui marche en Europe: l'anti-multiculturalisme, l'anti-islam, ajoute Jean-Yves Camus. Et imposer son agenda. Premier temps, la prétendue «incompatibilité religieuse» de l'islam avec les valeurs occidentales: c'est la votation sur les minarets. Deuxième temps, l’incompatibilité en matière de mœurs: on fait passer les étrangers, les moutons noirs, pour des délinquants.»

Freysinger à Paris

En France, la droite dure regarde cette montée avec beaucoup d'admiration. Et pas seulement le Front National. Le 18 décembre prochain, le député de la droite conservatrice suisse Oskar Freysinger interviendra à Paris à l'invitation de mouvements «identitaires» et anti-Islam.

«Freysinger a l'avantage sur d'autres responsables de la droite dure germanophone d'être biculturel, remarque Jean-Yves Camus. Ce qui paye aussi, c'est son look de jeune rebelle blanc et son langage peu académique, un peu café du commerce.»

Rétablir l'expulsion automatique

Si l'on en juge par son silence, le parti de la majorité UMP est embarrassé par le vote helvétique. Sa frange la plus droitière veut saisir l'occasion pour durcir la loi française sur l’immigration.

«C'est une vraie leçon de bon sens de nos amis suisses administrée à leurs voisins européens, confrontés aux mêmes problèmes de délinquance», estiment ainsi les députés membres du collectif «La Droite populaire», dont les très médiatiques Lionnel Luca et Christian Vanneste.

Sur le site du Figaro, Lionnel Luca précise ses intentions: «Nous présenterons un amendement pour rétablir l'expulsion automatique des délinquants étrangers dès que l'occasion se présentera.»

Les résultats du vote

L’initiative «Pour le renvoi» a été acceptée par 52,9% des votants.

Seuls cinq cantons l’ont refusée: Genève, Vaud, Jura, Neuchâtel et Bâle-Ville.

Le contre-projet à l’initiative a été refusé par 54,2% des citoyens.

Tous les cantons l’ont refusé.

Projet de loi en france

La déchéance de nationalité est étendue aux Français naturalisés depuis moins de dix ans et condamnés pour meurtres, et tentatives, sur des «personnes dépositaires de l'autorité publique» (gendarmes, policiers, pompiers...).

Des zones d'attente spéciales, à l'instar de celles existant dans les aéroports, peuvent être créées pour faire face à l'arrivée «d'un groupe d'au moins dix étrangers en dehors d'un point de passage frontalier en un même lieu ou sur un ensemble de lieux distants d'au plus dix kilomètres». La zone s'étend du lieu de découverte jusque la frontière la plus proche.

Un étranger, européen ou non, présent depuis plus de trois mois, mais moins de trois ans, pourra être reconduit à la frontière en cas de «menaces à l'ordre public» notamment pour des infractions de vols, de mendicité agressive ou encore dans le cas d'occupation illégale d'un terrain public ou privé.

Obligation, sauf raison humanitaire, de notifier une interdiction de retour sur le territoire français à un étranger qui s'y est maintenu au-delà du délai de départ volontaire.

La durée de la rétention administrative passe de 32 à 45 jours maximum. Le juge administratif se prononcera avant le juge judiciaire (juge des libertés et de la détention).

A lire

«Extrêmismes en france: faut-il en avoir peur?», par Jean-Yves Camus. Editions Milan, 2006

Paris, swissinfo.ch



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