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La révolution tunisienne sur la corde raide

Les manifestations sont de retour à Tunis...

(AFP)

Alors que le report des premières élections post-révolutionnaires est de plus en plus souvent évoqué, la tension monte entre les forces révolutionnaire et les milieux de l’ancien régime.

Après le Premier ministre Béji Caïd Essebsi, c’est le président de la Haute instance chargée de préparer les élections en Tunisie, Yadh Ben Achour, qui a évoqué ce jeudi  l’éventualité d’un report de l’élection fixées au 24 juillet de l’Assemblée constituante,  point de départ de l’institution de la démocratie en Tunisie.

Les tensions inhérentes à la période de transition que traverse le pionnier du printemps arabe risquent donc de s’exacerber.

«Il est prématuré de parler de prémices d’une contre-révolution. Mais on voit bien qu’il y a un affrontement qui ne dit pas son nom entre les forces du changement et les forces qui veulent le statu quo, autrement dit, l’échec de la transition», relève le chercheur Hasni Abidi, directeur à Genève du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM).

Jointe à Tunis, Sihem Bensedrine confirme:  «Les caciques  de l’ancien régime cherchent à se protéger. Comme il y a une certaine vacance à la tête de la révolution qui n’a pas encore placer ses hommes au pouvoir,  les élites du régime Ben Ali tentent de sauver une partie au moins de leur privilèges, voire de reprendre le pouvoir politique et économique».

Les places fortes de l’ancien régime

La porte-parole du Conseil national pour les libertés en Tunisie et rédactrice en chef de Radio Kalima pointe en particulier le système judiciaire et une partie des forces de l’ordre, en particulier l’ancienne police politique, qui seraient toujours contrôlés par les partisans de l’ancien régime.

De son coté, Hasni Abidi nuance:  «Le ministre de l’Intérieur a été changé, comme le directeur général de la Sûreté nationale. Mais on ne peut pas transformer la culture policière, l’exercice même de cette fonction forgée  par Zine Ben Ali dès les années Bourguiba. Cette police  a été bâtie par et pour l’ancien régime en développant une culture de l’infiltration, de la manipulation et de la torture. Dans ce cadre, l’instauration récente du couvre-feu n’arrange pas les choses, puisqu’il encourage la police à poursuivre dans ces méthodes développées durant la dictature».

Sihem Bensedrine, elle, décèle des intentions précises en prenant à témoin la répression des manifestations des jeunes révolutionnaires, en particulier début mai: «Le scénario est toujours le même. Les manifestations pacifiques  sont régulièrement infiltrées par des casseurs et des délinquants (plusieurs grandes évasions de prisons ont eu lieu récemment, NDLR) qui se déchaînent. Ce qui entraîne l’intervention à la base légitime des forces de l’ordre».

Activistes harcelés

«Mais les personnes qui se font arrêter ne sont pas les casseurs. La police et notamment la police politique, qui est toujours en place et qui agit en civil, profite des violences pour arrêter les jeunes activistes qui se sont illustrés par des revendications politiques, qui filment des scènes de répression et les diffusent sur le web. Un certain nombre sont relâchés. Mais beaucoup d’entre eux restent en prison pour des faits présumés de violence», accuse Sihem Bensedrine.

Opposante de longue date de l’ancien président Ben Ali, Sihem Bensedrine estime que, même emprisonnés, les caciques de l’ancien régime et leurs réseaux exercent ainsi une forme de chantage à l’encontre du gouvernement de transition: «Les violences ont démarré le lendemain de la décision du gouvernement de maintenir la mesure d’inéligibilité (article 15) qui frappe les responsables  de l’ancien régime. Ils exercent ainsi une forme de chantage à l’égard du peuple et du gouvernement de transition: si vous voulez la liberté, vous n’aurez pas la sécurité. Si vous nous attaquez, nous allons brûler le pays».

Mission impossible

De son coté Hasni Abidi insiste sur la faiblesse du gouvernement de transition. «Il n’a ni la légitimité, ni les moyens d’opérer les changements encore nécessaires à la poursuite de la transition vers la démocratie. Il gère une situation ingérable. L’armée reste donc le seul garant de cette transition. Raison pour laquelle les récentes déclarations de l’ancien ministre de l’Intérieur, Farhat Rajhi sont dangereuses en mettant en cause la crédibilité de l’armée.» Le 5 mai dernier, l’ancien ministre annonçait un coup d’Etat de l’armée, en cas de victoire des islamistes du parti Ennahdha.

Une chose est sûre. La situation devient d’autant plus volatile que le moteur économique peine à redémarrer.

«Le marasme économique fragilise la situation politique, relève Sihem Bensedrine: «C’est particulièrement vrai dans les régions ou la révolution a commencé.  Les jeunes continuent d’y subir le «tuniso-centrisme» à l’œuvre sous l’ancien régime. Tout se passe en effet  à Tunis. De plus, dans la plupart des cas, les relais de l’ancien régime, les gouverneurs et les délégués, n’ont pas changé. Donc économiquement, les gens ne voient rien venir, et politiquement, les symboles de l’ancien pouvoir continuent de décider».

Le poids de la dette tunisienne

De son coté, la dite communauté internationale ne se mobilise guère pour soulager la Tunisie.  «La Tunisie doit toujours payer rubis sur l’ongle les traites de sa dette. Ce qui l’oblige à emprunter à des taux très élevés, vu que sa notation a été dégradée», relève Sihem Bensedrine

Hasni Abidi, lui, incite l’Europe à agir au plus vite: «Il faut une autre révolution au sein de l’Union européenne pour les aider, les soutenir sur le plan économique. Sans cela, les Tunisiens  risquent de finir par se retourner contre la révolution, constatant qu’elle n’a pas vraiment changé leur quotidien. Dans les révolutions et les périodes de transition, le retour à l’autoritarisme est malheureusement fréquent. De plus la Tunisie comme l’Egypte sont entourés par des gouvernements voisins qui se battent contre cette même poussée démocratique qui anime ces pays. C’est une situation complètement inédite dans l’histoire des transitions dans le monde».

L’aide suisse à la Tunisie

Conférence. Une Conférence régionale des ambassadeurs et des Chefs des bureaux de coopération en Afrique du Nord et au Moyen-Orient s’est tenue à Tunis du 1er au 3 mai.

Priorités. Lors de cette conférence, le DFAE a identifié les priorités suivantes: la coopération économique et la création d’emplois, la restitution des avoirs illégalement acquis, le renforcement de l’Etat de droit, des programmes en lien avec le domaine de la migration et la protection des migrants dans la région.

Missions. Deux missions de la DDC ont déjà été menées en Tunisie afin d’avancer dans la mise en œuvre du soutien de la Suisse.

Coopération. En étroite collaboration avec le ministère de la coopération internationale tunisien, la DDC négocie actuellement un accord de coopération.

Restitution. La Suisse est en contact avec les autorités compétentes tunisiennes concernant la restitution des avoirs illégalement acquis et bloqués en Suisse.

Participation. D’autres projets sont déjà en cours, visant notamment à renforcer la société civile et à promouvoir sa participation active dans le processus électoral.

Consolidation. Outre le détachement d’experts et l’organisation de conférences, des mesures à moyen terme sont prévues pour consolider le système judiciaire en Tunisie.

Transition. La Suisse a répondu à une requête de la commission tunisienne pour les réformes politiques en mettant à disposition un expert en processus de transition. La Tunisie est intéressée à une collaboration dans le domaine de la réforme du secteur de la sécurité et à un soutien logistique et financier pour l’organisation des élections.

Source: Département des Affaires étrangères (DFAE)

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