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Les grandes dames de la Belle Epoque

Une partie de la flotte du Léman à la parade.

(RTS)

Depuis un siècle, les bateaux à roues sillonnent fièrement les lacs suisses. Plus que de simples moyens de transport, ils constituent de véritables éléments du patrimoine.

Si tout le monde apprécie le charme de ces grandes dames, leur maintien en état de naviguer a son prix.

«Quand on intervient sur un bateau comme celui-ci, il faut le faire avec délicatesse.» Face à la carcasse géante de «La Suisse», Jean-Marc Naucelle, responsable du lifting que vient de s'offrir le navire amiral de la Compagnie générale de navigation sur le Lac Léman (CGN) évoque les rêves de la Belle Epoque.

Un peu coincé dans l'étroite cale sèche du port de Lausanne-Ouchy, le monstre n'en révèle que mieux ses dimensions impressionnantes: 78 mètres de long sur 15 de large, pour une capacité de 1200 passagers.

«Nous n'avons pas rencontré de surprises majeures quant à l'état général de la coque, poursuit Jean-Marc Naucelle. Les tôles ne sont pourtant pas très épaisses (6 mm), et il est clair que s'il naviguait en mer, un bateau comme celui-ci serait déjà mort, à cause de la corrosion due au sel.»

Une histoire zurichoise

Comme les onze autres unités commandées entre 1896 et 1927 par la CGN, «La Suisse» est sortie des ateliers Sulzer de Winterthour.

Avec la zurichoise Escher-Wyss, cette entreprise a d'ailleurs fourni la plupart des bateaux qui naviguent encore aujourd'hui non seulement sur les lacs suisses, mais également sur le Rhône, le Rhin, le Danube et les lacs italiens et savoyards.

Comme la plupart de ses sœurs, «La Suisse» est un bateau à fond pratiquement plat, avec une quille minuscule et moins de 2 mètres de tirant d'eau.

Les deux roues à aubes qui leur confèrent leur silhouette si caractéristique ne sont non pas seulement des éléments de propulsion, mais également de stabilité.

Unique au monde

Avec huit unités sur le Léman, cinq sur le Lac des Quatre Cantons, deux sur les Lacs de Thoune et de Brienz, une sur le Lac de Constance et deux sur le Lac de Zurich, la Suisse est exceptionnellement bien dotée en bateaux de la Belle Epoque.

Une flotte qui serait même unique au monde, et à laquelle il convient d'ajouter le minuscule «DS Greif» (22 passagers), loué pour des croisières sur le Greifensee, aux portes de Zurich. Construit en 1895, il revendique fièrement le titre de plus vieux vapeur de Suisse.

La vague du modernisme

Plus qu'à une volonté délibérée de leurs dirigeants du siècle passé, c'est à leur relative pauvreté que les compagnies de navigation helvétiques doivent d'avoir conservé ces précieux témoins de la Belle Epoque.

«La CGN était bénéficiaire jusque dans les années vingt, explique Didier Zuchuat, secrétaire de l'Association Patrimoine du Léman (APL). Mais en tant que compagnie binationale, elle n'a jamais rien touché des pouvoirs publics jusqu'au moment où il a fallu construire de nouveaux bateaux pour l'Exposition nationale de 1964.»

A l'époque, les bateaux à roues ont pas mal souffert de l'engouement pour le modernisme. On n'hésitait pas alors à leur adjoindre des éléments contemporains qui ont dénaturé petit à petit leur authenticité.

Ainsi, dans les années 50, la CGN a-t-elle remplacé les belles machines à vapeur de trois de ses navires par des moteurs diesel.

Un rôle touristique et patrimonial

Vers la fin du vingtième siècle toutefois, le vent a tourné. En 1999, l'APL a obtenu l'inscription des unités à roues de la CGN à l'inventaire du patrimoine.

«Tous les riverains du Léman ont ces bateaux dans l'œil», note Didier Zuchuat. Et personne - ni les indigènes, ni les touristes - ne pourraient sérieusement envisager de les voir disparaître.

Les trois cantons de Vaud, du Valais et de Genève l'ont bien compris, puisqu'ils contribuent désormais pour quelque cinq millions de francs par an à un quart environ des charges de la CGN.

«Il est clair que si nous renoncions aux bateaux à roues, cela ne leur coûterait presque plus rien, explique Luc-Antoine Baehni, directeur de la CGN, mais notre fonction n'est pas uniquement de transporter des passagers. Nous avons aussi un rôle touristique et patrimonial.»

Il y a urgence

Malgré cela, la flotte des vapeurs helvétiques doit aussi pouvoir compter sur d'autres soutiens.

Mis à part le «Montreux», entièrement «reconstruit» en 1998 - et à qui l'on a rendu sa machinerie à vapeur -, les unités de la CGN n'auraient plus guère en leur état actuel qu'une trentaine d'années d'espérance de vie.

Et la situation n'est guère plus favorable sur les autres lacs suisses. A Zurich, le «Stadt Zürich» et le «Stadt Rapperswil» sont en attente de rénovation urgente et l'unique vapeur du Lac de Constance ne navigue plus que pour des croisières privées.

Dans ce contexte, le soutien d'association comme l'APL ou les Amis des bateaux à vapeur du Léman, qui vient de se constituer, est la bienvenue.

Contemporains du «Titanic»

Leur but n'est pas uniquement de maintenir ces témoins du passé à flot, mais également de leur rendre une partie de leur lustre d'antan.

Contemporains du «Titanic», ces bateaux étaient à l'origine des palaces flottants, aux salons richement meublés et boisés et ornés d'élégantes figures de proue et de poupe.

C'est justement ces sculptures disparues que l'APL vient de rendre à «La Suisse». L'Association a mandaté pour ce travail un artiste breton, parmi les derniers sculpteurs de marine d'Europe.

Sur la base des archives photographiques de l'époque, il a reconstruit des figures aussi proches que possibles des originaux, le tout doré à la feuille.

Pour la saison qui s'ouvre dans quelques jours, le fier navire a également retrouvé un canot de sauvetage et ses bossoirs d'origine, ou presque.

Alors même si elles coûtent en frais d'exploitation à peu près le double d'un bateau moderne à hélice, il semble bien que ces grandes dames de la Belle Epoque aient encore de belles années devant elles.

swissinfo, Marc-André Miserez

En bref

- Avec 19 unités en service, la Suisse regroupe un bon quart de tous les bateaux à roues qui naviguent encore dans le monde.

- La plupart des bateaux à vapeur de l'Arc alpin et du Rhin ont été construits entre la fin du 19ème et le début du 20ème siècle par les usines zurichoises Sulzer et Escher-Wyss.

- La flotte la plus importante (huit bateaux) est celle de Léman, désormais inscrite à l'inventaire du patrimoine historique.

- L'exploitation et l'entretien de ces bateaux coûte cher et nécessite le soutien des pouvoirs publics et de donateurs privés.

- Leur présence contribue fortement à rendre la navigation sur les lacs suisses attractive, pour les touristes comme pour les indigènes.

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