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Les temps changent


Les banques privées vers une nouvelle ère de transparence




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L'entrée de Pictet à Zurich: même si le décor reste traditionnel, un vent de modernité souffle sur le monde feutré de la banque privée. (Keystone)

L'entrée de Pictet à Zurich: même si le décor reste traditionnel, un vent de modernité souffle sur le monde feutré de la banque privée.

(Keystone)

C’est George Washington qui était président des Etats-Unis quand fut fondée Lombard Odier, en 1796. Mais la récente offensive menée par l’Oncle Sam contre les fraudeurs du fisc a forcé cette autre institution connue pour sa discrétion à ouvrir elle aussi ses livres de compte, dans une démonstration déclarée de transparence.

Tout comme leurs consœurs Mirabaud et La Roche, Pictet et Lombard Odier ont aussi modifié leur statut juridique pour limiter la responsabilité personnelle de leurs partenaires – qui constituait autrefois une carte de visite prestigieuse et une garantie de confiance et de stabilité.

En fait, l’ensemble du secteur de la banque privée suisse a été emporté par la vague de changement, alimentée par la crise financière, la plongée des marchés boursiers, les taux d’intérêt au plus bas et la croisade mondiale contre l’évasion fiscale qui a détruit Wegelin et humilié UBS et Credit Suisse. 

Les résultats de Pictet et de Lombard Odier

Deux des géants de la banque privée genevoise ont publié leurs résultats du premier semestre 2014.

Alors que les chiffres ne sont pas aussi complets que ceux donnés par une entreprise cotée en bourse (et ne donnent pas de comparaisons avec les années précédentes), les analystes en ont déduit que Pictet et Lombard Odier étaient en raisonnablement bonne santé.

Pictet

Avoirs sous gestion: 404 milliards de francs

Bénéfice net: 203 millions

Ratio de fonds propres: 21,7%

Lombard Odier

Avoirs sous gestion: 211 milliards

Bénéfice net: 62,5 millions

Ratio de fonds propres: 23,8%

Temps difficiles

Selon la branche suisse du cabinet d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC), ce sont quelque 600 milliards de francs d’avoirs sous gestion qui sont partis en fumée depuis 2008. Et durant la même période, les clients étrangers ont retiré 350 milliards de plus que ce qu’ils ont déposé.

Certaines banques ont dû mettre la clé sous la porte ou se sont vues reprises par la concurrence et PwC prévoit que jusqu’à un quart de celles qui ont survécu pourraient bientôt disparaître à leur tour.

Un rapport récent du cabinet KPMG et de l’Université de St-Gall a montré qu’un tiers des banques privées interrogées avait enregistré une perte l’an dernier, due en grande partie aux 900 millions de francs qu’elles ont dû provisionner en vue d’éventuelles sanctions pour aide à l’évasion fiscale.

Selon PwC, en 2008, les banques suisses auraient servi de refuge à quelque 800 milliards d’argent non taxé, ce qui représente les deux tiers de tous les avoirs étrangers qu’elles hébergeaient. Cette estimation est désormais descendue à 200 milliards environ, mais pour de nombreuses banques, il faut maintenant résoudre les problèmes légaux.

Nouveau départ

Même si elles nient que ces questions d’évasion fiscale aient influencé leurs décisions, Pictet et Lombard Odier sont clairement d’avis que le temps est venu de se débarrasser de leurs anciens oripeaux et d’adopter de nouvelles stratégies, adaptées aux temps modernes.

A quoi devrait ressembler le nouveau modèle, quelles banques vont réussir et quelles banques vont échouer? Trouver une réponse précise à ces questions revient à essayer de regarder dans une boule de cristal qui n’aurait pas été dépoussiérée depuis des années.

Le paysage réglementaire est encore en évolution, la question de l’évasion fiscale doit maintenant être complètement réglée et personne ne sait quand les marchés, particulièrement en Europe occidentale, vont finir par se remettre.

Une des clés de la survie, selon Martin Schilling, chef des services financiers de PwC Suisse, est de trouver comment tirer profit des nouveaux marchés où se crée la richesse, comme en Asie. Pour lui, «les banques ne peuvent plus se permettre de rester assises et d’attendre que les avoirs viennent à elles. Elles doivent apprendre à aller sur les meilleurs marchés et à s’y impliquer».

«Mais elle ne peuvent pas se contenter d’incarner partout la tradition de la banque privée suisse. Il n’est pas vrai que le même modèle puisse s’appliquer en toutes circonstances. Les banques doivent identifier leurs domaines particuliers d’expertise et les adapter», ajoute-t-il.

En règle générale, si l’on en croit le rapport de PwC et celui de KPMG-Université de St-Gall, la taille joue un rôle. Le coût de l’adaptation à de nouveaux standards réglementaires, par exemple, sera plus lourd pour les plus petites banques, comme le démontre largement la lutte qu’elles mènent pour joindre les deux bouts dans une situation déjà tendue.

Mais Martin Schilling reste convaincu que le modèle traditionnel de la responsabilité illimitée des partenaires, appliqué par un nombre toujours plus restreint de petites banques suisses, peut encore dans certains cas trouver un moyen de survivre.

«Les pressions actuelles ne signifient pas obligatoirement la fin des banquiers privés suisses traditionnels, mais ils devront s’adapter pour survivre, explique le cadre de PwC. Un service plus personnel, où le client est reconnu comme une personne et pas simplement comme un numéro, cela a encore beaucoup d’attrait.»

«Mais, poursuit, Martin Schilling, il ne suffit pas de servir les nouvelles générations des familles riches comme on a servi leurs parents. Une banque peut bien avoir veillé sur les avoirs de plusieurs générations, les plus jeunes voudront avoir accès aux dernières solutions numériques».

Signes d’espoir

En fait, PwC est assez optimiste sur les perspectives qui s’offrent aux survivants de la banque privée suisse et au pays en général comme leader mondial du secteur. Son rapport intitulé «Banque privée suisse: d’hier à après-demain» prédit des profits futurs plus solides dès que l’ordre financier mondial sera rétabli.

Alors que le rapport KPMG-Université de St-Gall indique que 36% des banques privées ont perdu de l’argent l’année dernière, PwC a calculé que ce chiffre tombe à 16% si l’on retire de l’équation les amendes ponctuelles infligées par la justice américaine pour les cas d’évasion fiscale.

Et dans les faits, le malheur de certaines banques peut faire le bonheur des autres. Pictet rapporte ainsi que sa «source principale de nouvelles affaires» est actuellement les clients qui transfèrent leurs avoirs de banques suisses en difficulté.

Au cours des six dernières années, les affaires d’évasion fiscale ont infligé les pires dommages à la réputation de l’industrie bancaire suisse, mais l’image d’excellence, d’expérience et de savoir-faire de la banque privée est demeurée intacte, estime Martin Schilling.

«L’industrie de la gestion de fortune de Singapour peut bien connaître une croissance plus rapide, dire qu’elle va dépasser la Suisse dans trois ans est exagéré, confie-t-il à swissinfo.ch. Les économies d’Europe occidentale vont probablement avoir besoin d’un peu de temps pour se redresser, mais quand elles le feront, les banques suisses seront prêtes à en tirer profit.



(Traduction de l’anglais: Marc-André Miserez), swissinfo.ch

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