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Médias: Roger de Weck dirigera le service public

Jean-Bernard Münch, président de la SSR (à gauche), présente le nouveau directeur général que personne n’attendait: Roger de Weck.

Jean-Bernard Münch, président de la SSR (à gauche), présente le nouveau directeur général que personne n’attendait: Roger de Weck.

(Keystone)

Le nouveau directeur général du diffuseur national SSR SRG idée suisse est Roger de Weck. Homme de presse d’envergure, il a été nommé à la surprise générale au terme d’une procédure de sélection dont rien n’avait filtré. Il reprendra la succession d’Armin Walpen début 2011 dans un contexte difficile pour la SSR.

Roger de Weck incarnera-t-il la «personnalité qui pense et agit en entrepreneur, orientée résultats» que la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SRG SSR) recherchait lorsqu’elle a ouvert l’automne dernier la course à la succession du Haut-Valaisan Armin Walpen?

L’avenir le dira. L’assemblée des 41 délégués du groupe audio-visuel national en a en tous cas jugé ainsi mardi à Berne quand elle a entériné le choix du conseil d'administration et nommé cet homme de presse d’envergure à la tête de la SSR.

Pour la première fois et selon les nouveaux statuts du groupe d'audiovisuel public, c’est en effet à elle que revenait cette importante prérogative, jusqu’ici réservée au Conseil fédéral (gouvernement).

«Nous sommes convaincus d'avoir trouvé en Roger de Weck une personnalité reconnue, experte dans le domaine des médias et intègre», a pour sa part souligné le président du conseil d'administration de la SSR Jean-Bernard Münch. En conférence de presse, ce dernier a aussi loué les compétences managériales du nouveau directeur.

Des candidats de haut niveau

Il s'est en outre félicité que le secret de cette nomination n'ait pas été éventé. Même si, comme dans toute procédure de sélection de cette importance, les rumeurs ont été bon train. «Beaucoup n'étaient pas fondées», a simplement commenté Jean-Bernard Münch, qui s'est refusé à dévoiler le nom du seul autre concurrent (concurrente?) de M. de Weck resté en lice sur la liste finale.

Ces derniers mois, des noms de papables de premier plan ont en effet circulé dans les médias. Parmi les favoris issus du sérail politique, l’ancienne conseillère fédérale démocrate-chrétienne (PDC /centre droit) Ruth Metzler a notamment été évoquée avant qu’elle dise qu’elle n’était pas intéressée. Le député libéral-radical (PLR/ droite) Filippo Leutenegger, ancien journaliste et directeur des éditions Jean Frey, était en revanche hier encore considéré comme un candidat sérieux, à l'instar de Jens Alder, ancien CEO de Swisscom.

Actifs dans l’économie des médias, Hans-Peter Rohner, directeur de PubliGroupe et Tibère Adler, directeur d’Edipresse, ont également été cités. Quant à l’administration fédérale, dont était issu Armin Walpen, elle n’a pas été oubliée puisque le nom de Martin Dumermuth, directeur de l’Office fédéral de la communication (OFCOM), a aussi été mentionné.

Des défis à foison

Quoiqu’il en soit, Roger de Weck devra affronter une tâche plus qu'ardue. La SSR se trouve en effet en pleine restructuration. Lancé au printemps 2009, le projet «Convergence et efficience» vise à améliorer la collaboration entre les différents médias et à faire des économies dans l’informatique, l’immobilier et la logistique.

De fait, le groupe audio-visuel public boucle des exercices déficitaires depuis quelques années déjà. Pour l'année en cours, il évalue la perte à 75 millions de francs. En son temps, la SSR avait menacé de couper dans l’offre si le Conseil fédéral ne lui allouait pas de moyens supplémentaires.

Autres solutions pour engranger de nouvelles recettes, augmenter le montant de la redevance ou assouplir le régime publicitaire, en particulier pour les plateformes Internet. Mais ces propositions ne font pas l'unanimité, notamment du côté des éditeurs, toujours prompts à défendre leurs plates-bandes publicitaires.

«Une entreprise dans les chiffres rouges ne peut pas voir l'avenir en rose», a concédé Roger de Weck. Précisant que son entrée en fonction aurait lieu début 2011 seulement, il a toutefois refusé d'évoquer des mesures portant sur des chaînes ou des programmes précis.

Citant à plusieurs reprises la concession de la SSR, le nouveau directeur s'est par ailleurs dit prêt à défendre un service public destiné «davantage aux citoyens qu'aux consommateurs» et à s'engager pour une «bonne information au service d'une bonne démocratie.»

Un mental de Superman

Rédacteur en chef du magazine alémanique Klartext et observateur avisé du monde des médias, Nick Lüthi estime quant à lui que le mandat du nouveau directeur est «une bataille qui ne peut pas être gagnée.»

Outre l'énorme chantier de la convergence entre radios et chaînes tv, Roger de Weck devra aussi s’atteler à la mise sur pied d’une stratégie crédible dans le domaine d’Internet. Or «ces dernières années, beaucoup de temps a été perdu avec des projets en ligne pour la radio et la télévision, alors que swissinfo.ch était laissé dans le vague concernant son avenir», déplore Nick Lüthi.

Spécialiste des médias et chroniqueur, Karl Lüönd relève quant à lui que le poste de directeur général de la SSR est en fait taillé pour Superman. «Les perspectives sont difficiles et le plus dur reste à venir. Il faudra mettre absolument toutes les chances de son côté», suggère-t-il.

Un avis que ne partage pas Nick Lüthi. A ses yeux, occuper la tête de l’organigramme du diffuseur national est comparable à toute position de même rang dans une grande entreprise. Mais il reconnaît néanmoins que Roger de Weck, fin connaisseur des particularismes helvétiques, devra leur prêter une attention toute particulière.

Ce poste «nécessite une personnalité équilibrée, dotée d’une certaine humilité et d’un goût pour la communication transparente», résume-t-il. De quoi entrer en résonance avec la devise que Roger de Weck a dit s'être fixé pour cette fonction: «détermination et précaution».

Urs Geiser, Carole Wälti, swissinfo.ch

Roger de Weck

Né le 17 octobre 1953 à Fribourg, Roger de Weck est issu d'une famille de banquiers.

Après une formation en économie et en sciences sociales à St-Gall, le nouvel homme fort de la SSR s’est orienté vers le journalisme.

Il a mené une carrière internationale, travaillant notamment comme correspondant à Paris et en Allemagne.

Rédacteur en chef de l'hebdomadaire allemand «Die Zeit» et du quotidien alémanique «Tages-Anzeiger», ce parfait bilingue a aussi exercé comme chroniqueur politique et journaliste indépendant.

Aujourd'hui domicilié à Zurich, Roger de Weck a aussi enseigné au Collège d'Europe à Bruges et Varsovie. Il préside l'Institut de hautes études internationales et du développement à Genève.

SSR SRG

Le diffuseur national SSR SRG possède 18 stations radio et 8 chaînes tv dans les quatre langues nationales. Il emploie 6100 personnes (4800 équivalents plein-temps).

La SSR est financé à hauteur de 70% via une redevance de réception (462 francs pour radio et tv), le 30% restant provenant de la publicité, du sponsoring et de la vente d’émissions.

Fondée en 1931, la SSR a pour base juridique une concession octroyée par la Confédération. L’actuelle date de 1992; elle a été modifiée pour la dernière fois en 2003.

Selon ce texte, le diffuseur national «encourage la compréhension mutuelle, la cohésion et les échanges entre les régions du pays, les communautés linguistiques et les cultures, tient compte des étrangers présents dans notre pays, stimule les contacts avec les Suisse de l’étranger, accroît le rayonnement de la Suisse dans le monde et encourage la compréhension de ses aspirations.»

En 2009, le chiffre d’affaires du diffuseur national s’est monté à 1,6 milliard de francs, mais l’exercice 2009 a été bouclé sur une perte de 46,7 millions (contre 79 millions de pertes en 2008).


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