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Marché iranien


Les entreprises suisses sont prêtes, mais pas les banques




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Les sociétés helvétiques ont hâte de prendre pied sur le marché iranien pour profiter de la récente levée des sanctions. Mais il reste de nombreuses restrictions, notamment dans le domaine des transferts d'argent.

La salle de conférence, sise dans un hôtel bernois, est remplie à ras bord en ce mardi après-midi. Les hommes d'affaires qui s'y pressent sont venus des quatre coins du canton pour découvrir comment vendre leurs produits en Iran.

Dressés sur leurs sièges, les participants émettent des murmures approbateurs à l'écoute des divers intervenants. Ceux-ci détaillent les opportunités offertes par le marché iranien: de gigantesques projets d'infrastructure dont la construction n'a même pas encore débuté, une classe moyenne jeune et abondante qui rêve de biens de consommation et une population en quête de produits de bonne qualité après avoir dû se contenter de ceux fabriqués en Chine durant 12 ans de sanctions.

Mais les conférenciers sont rapidement ramenés à la réalité lorsqu'un représentant de la Banque cantonale bernoise se lève pour répondre à une question sur les difficultés pour les entrepreneurs de transférer de l'argent entre l'Iran et la Suisse. «La situation n'est pas bonne sur ce front, répond-il, avec franchise. Nous devons nous conformer aux normes financières internationales et celles-ci nous obligent pour l'instant à temporiser. A l'heure actuelle, je ne vois pas comment effectuer des paiements en Iran.»

Principe de précaution

«Les banques suisses ne veulent pas prendre de risques», indique Suhail El Obeid, de Switzerland Global Enterprise (SGE), l'instance qui a co-organisé l'évènement avec l'Union du commerce et de l'industrie du canton de Berne. Il raconte que lorsque l'un des participants à un évènement similaire a voulu payer le montant de son inscription, soit 60 francs, par virement bancaire en indiquant le mot «Iran» dans le libellé, la banque en question a refusé d'honorer la transaction. «Vous ne pouvez pas simplement vous rendre dans une banque suisse et lui demander d'effectuer un transfert depuis l'Iran», fait-il remarquer.

Touraj Etezady, qui a fait des affaires en Iran avec l'entreprise de construction Marti, le confirme: "Les transactions financières en provenance de ce pays restent malheureusement très difficiles à effectuer." Cette question a été soulevée à de plusieurs reprises lorsqu'une délégation de politiciens et d'hommes d'affaires suisses se sont rendus en Iran en février avec le ministre de l'économie Johann Schneider-Ammann, précise-t-il.

Les craintes des banques ne sont pas infondées. BNP Paribas a reçu une amende de 8,9 milliards de dollars (8,5 milliards de francs) l'an passé de la part de la justice américaine pour avoir violé les sanctions imposées à l'Iran. Credit Suisse a pour sa part écopé d'une amende de 536 millions de dollars en 2009 pour ses activités dans ce pays, assimilées par les Américains au soutien à une organisation terroriste. Qui plus est, les banques helvétiques n'ont pas encore fini d'absorber les milliards de dollars de pénalités que Washington leur a imposées pour avoir facilité l'évasion fiscale.

Il reste des sanctions

Dans ce contexte, il n'est pas étonnant que les établissements financiers suisses se montrent prudents lorsqu'il s'agit de faire des affaires en Iran, relève Daniela Flückiger, de l'Association suisse des banquiers (ASB), interrogée par swissinfo.ch. «Les banques doivent respecter les sanctions internationales, dit-elle. Il est donc normal qu'elles prennent plus de temps que d'autres secteurs avant de pénétrer un nouveau marché.» L'ASB n'émet pas de recommandations ni de paramètres à l'intention de ses membres au sujet des pays dans lesquels ils peuvent opérer, précise-t-elle.

Un certain nombre de sanctions restent par ailleurs en place. Cela peut générer des problèmes pour les firmes suisses qui souhaitent faire du commerce avec l'Iran tout en conservant un lien d'affaires avec les Etats-Unis, comme une branche ou une filiale américaine. «Elles devraient s'y reprendre à deux - voire à trois - reprises pour vérifier auprès de mon office que leurs affaires en Iran ne contreviennent pas aux sanctions lorsqu'elles ont un lien avec les Etats-Unis», a estimé Gina Schmied, une conseillère qui travaille dans la division du Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) qui s'occupe des sanctions, lors de l'évènement bernois.

Elle a mis en exergue le fait que l'exportation en Iran de biens d'origine américaine ou l'implication d'une personne ayant des liens avec les Etats-Unis dans une transaction financière avec l'Iran pouvaient tomber sous le coup des sanctions. Les restrictions qui sont encore en place limitent également les transactions en dollars vers ou depuis l'Iran.

Système quasi mafieux

La plupart des représentants de l'économie réunis à Berne étaient encore en phase d'exploration et n'avaient pas encore établi de relations d'affaires avec l'Iran. Markus Hauri, qui dirige une société de gestion immobilière, se trouve dans ce cas. Il a participé à l'évènement pour récolter de l'information, mais a été pris de court par le nombre de restrictions encore en place. «J'ai été surpris de voir à quel point les sanctions que les Etats-Unis continuent d'appliquer freinent le développement de l'Iran et participent au climat de peur qui continue de régner en Suisse face à Washington, dit-il. Cela me fait presque penser à la mafia.»

Malgré ces obstacles, certaines entreprises suisses ont profité de la levée par Berne en 2012 d'une partie des sanctions contre l'Iran pour mettre un pied dans la porte. Ils ont désormais hâte d'accroître leur présence dans ce pays, et attendent avec impatience la résolution des questions bancaires.

«J'ai été surprise par l'ampleur des opportunités que présente ce marché, note Elena Amsler, en charge des relations avec l'Iran de la firme helvétique Helmut Fischer qui exporte vers ce pays depuis 2012. C'est une bonne nouvelle et nous allons continuer de les exploiter.»

Mais elle doit agir avec une extrême prudence et vérifier chaque détail pour s'assurer que la société ne contrevient pas aux sanctions en place. «Je suis constamment confrontée aux restrictions imposées par l'embargo américain, que ce soit dans le domaine bancaire, du transport ou de la livraison.»


(Traduction de l'anglais: Julie Zaugg), swissinfo.ch

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