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Migrants refoulés en masse à la frontière sud


De pays d’asile, la Suisse deviendra-t-elle un pays de transit?


Par Gerhard Lob , Côme et Chiasso


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Devant la petite gare de Côme, les réfugiés, dont de nombreux ont été refoulés de Suisse, attendent le modeste repas de midi servi par les bénévoles de l'association tessinoise Firdaus. (Keystone)

Devant la petite gare de Côme, les réfugiés, dont de nombreux ont été refoulés de Suisse, attendent le modeste repas de midi servi par les bénévoles de l'association tessinoise Firdaus.

(Keystone)

Conséquence du nombre croissant de renvois à la frontière suisse, des centaines de réfugiés campent dans la ville italienne voisine de Côme. Les ONG dénoncent cette situation, tandis que le corps suisse des gardes-frontière défend la pratique des renvois en invoquant l’accord de réadmission avec l’Italie. Et le canton du Tessin va se doter d’un centre d’hébergement provisoire.

La situation à Chiasso, poste-frontière le plus au sud de la Suisse, reste extrêmement tendue. Les chiffres bruts du Corps suisse des gardes-frontière (Cgfr) suffisent à la montrer: 3560 migrants renvoyés pour le seul mois de juillet, venus pour la plupart d’Erythrée, mais aussi de Gambie, d'Afghanistan, du Nigeria et de Somalie.

Comme beaucoup de ces réfugiés ne déposent pas de demande d’asile en Suisse, n’ont pas de papiers valables ou sont déjà enregistrés en Italie, ils y sont renvoyés directement dans le cadre d’un accord de réadmission. C’est désormais le sort de pratiquement deux tiers des migrants qui arrivent au Tessin.

En conséquence, certains restent à Côme, la ville italienne voisine de Chiasso, en attendant de tenter une nouvelle traversée de la Suisse vers l’Allemagne, l’Angleterre ou un pays scandinave. Une situation encore impensable il y a seulement quelques mois.

«D’un pays d’asile, nous sommes devenus un pays de transit pour beaucoup de migrants», constate Norman Gobbi, ministre de la justice du canton du Tessin. Pourtant, la Suisse ne peut pas et ne doit pas devenir un tel pays de transit, clame l’élu de la Lega. Il attend du gouvernement fédéral un signal clair dans ce sens, d’autant que l’Allemagne renvoie de son côté directement en Suisse les réfugiés qu’elle attrape à sa frontière.

«Pas un pays de transit»

La ministre de la Justice Simonetta Sommaruga s'est exprimée jeudi sur la situation à Côme. «C'est dur à supporter», a-t-elle dit lors de sa traditionnelle rencontre d'été avec les médias à Berne.

«De telles situations ne devraient plus avoir cours en Europe. Cependant, la plupart de ces réfugiés ne veulent pas obtenir l'asile en Suisse, mais poursuivre leur route vers l'Europe du Nord et l'Allemagne», a assuré Simonetta Sommaruga.

Et la Suisse ne souhaite pas devenir un pays de transit pour ces réfugiés, a-t-elle clairement indiqué. Notamment pour des questions de sécurité: on doit pouvoir enregistrer toute personne entrant en Suisse, surtout dans le contexte actuel.


Afflux de réfugiés

A la fin juillet, 22'181 personnes étaient entrées illégalement en Suisse, dont 7582 rien qu'au mois de juillet. Au total, les gardes-frontière suisses ont refoulé 4149 personnes ce mois-là.

La situation est particulièrement tendue au Tessin: en juillet, 3560 personnes ont été renvoyées illico vers l'Italie depuis ce canton, selon les chiffres du Corps des gardes-frontière.

La plupart de ces migrants proviennent d'Erythrée, devant la Gambie, l'Afghanistan, le Nigeria et la Somalie. Le but de leur périple est souvent l'Allemagne ou les pays scandinaves. Pour la majorité, la Suisse n'est qu'un pays de transit. La grande majorité de ces personnes (18'774) ont été attrapées dans les trains, contre moins de 3000 sur la route.

(source: ats)

Conditions précaires à Côme

Pendant ce temps, 500 à 600 migrants campent à la gare San Giovanni de Côme et dans le parc voisin, dont de nombreux Erythréens et de nombreux mineurs. Les organisations d’entraide et les bénévoles les assistent de leur mieux, mais les conditions sont précaires.

Le gouvernement italien a chargé la préfecture de Côme de chercher des solutions, sans succès jusqu’ici. Il a été envisagé de déplacer les migrants dans une caserne, ou d’ériger un village de tentes dans le parc d’une école, mais ces deux options se sont apparemment révélées impraticables.

La députée socialiste tessinoise Lisa Bosia, de l’organisation d’aide aux réfugiés Firdaus, est régulièrement sur place. Cette structure financée par des dons distribue des couvertures et des repas de midi simples – un plat à base de riz et une pomme. Le soir, les réfugiés peuvent manger dans une cantine tenue par la branche locale de Caritas.

Lisa Bosia est convaincue qu’à la frontière avec l’Italie, on renvoie aussi des personnes, particulièrement des mineurs, qui auraient effectivement droit à séjourner en Suisse. «Je travaille justement sur un dossier, documenté de manière détaillée, que je transmettrai au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR)», explique cette infatigable défenseuse des réfugiés.

Respecter la Convention des droits de l’enfant

Le HCR se montre déjà préoccupé par la situation à Chiasso et à Côme. Et Amnesty International (AI) a critiqué les nombreux revois en Italie. «Nous sommes inquiets des témoignages de mineurs qui déclarent avoir été renvoyés en Italie depuis la frontière suisse et avoir ainsi été empêchés de poursuivre leur voyage jusque chez leurs parents en Suisse», a dit l’organisation à l’agence de presse Reuters.

Situation précaire à Milan aussi

Comme cela s’était déjà produit en 2014, lorsque Milan était devenu le point chaud pour les réfugiés syriens qui voulaient se rendre au nord de l’Europe, la situation s’est à nouveau dégradée ces derniers jours dans la capitale lombarde.

Milan voit converger les migrants arrivant du sud, de Vintimille, où la France leur refuse l’entrée et de la frontière nord, où la Suisse les refoule.

Ils seraient actuellement près de 3300 dans la ville. Le maire social-démocrate Giuseppe Sala a annoncé son intention de faire dresser des tentes pour les héberger, car les structures d’accueil existantes sont débordées.

Le problème est que la Lombardie, dirigée par la Ligue du Nord, ne tend pas vraiment la main aux migrants. Evoquant la situation à Côme, le président de la région Roberto Maroni a écrit sur son compte Facebook «ce ne sont pas des réfugiés, mais simplement des illégaux. Ils doivent être renvoyés chez eux».

Compte tenu des conditions de vie précaires pour les réfugiés à Côme, AI juge inacceptable d’y renvoyer des personnes particulièrement vulnérables. Et de rappeler que «la Suisse a le devoir de respecter dans tous les cas la Convention des Nations unies sur les droits de l’enfant», qu’elle a ratifiée en 1997.

Pour le Corps des gardes-frontière, il est clair que les mineurs ont besoin d’une protection particulière. Son porte-parole David Marquis précise que «les migrants mineurs sont en tous temps escortés et pris en charge sous la surveillance des gardes-frontière, jusqu’à remise à une autre autorité».

Le porte-parole du Cgfr rejette aussi nettement le reproche de renvoyer en Italie des personnes qui voulaient déposer une demande d’asile en Suisse. «Tous ceux qui demandent l’asile sont dirigées vers le centre d’accueil et d’enregistrement du Secrétariat d’Etat aux migrations». Le syndicat des gardes-frontière rejette lui aussi ces reproches de renvois abusifs.

Hébergement provisoire avant renvoi

Le canton du Tessin, quant à lui, a décidé d’ouvrir un centre provisoire à proximité de la frontière, dans lequel les migrants qui doivent être renvoyés en Italie pourront passer au moins une nuit. Jusqu’ici, se sont trois installations de la protection civile dans le Mendrisiotto qui sont utilisées provisoirement à cette fin.

Une halle de la zone industrielle de Mendrisio-Rancate doit maintenant être aménagée, pour ouvrir à fin août. Elle offrira un abri à 150 personnes, et la Confédération participera au financement de l’opération.

Le Corps des gardes-frontière salue la mise sur pied d’une telle solution provisoire. «Pour nous, ce regroupement sur un seul site présente des avantages logistiques», précise son porte-parole.

Les renvois selon l’accord de Dublin

En vertu de l’accord de Dublin, c’est le pays dans lequel un requérant d’asile a déposé sa première demande qui est responsable du traitement de celle-ci. Ainsi, les requérants qui se font attraper dans un autre pays signataire de l’accord de Dublin peuvent être renvoyés dans ce premier pays.

Toutefois, la Suisse peut exceptionnellement accorder l’asile même à ce que l’on nomme des «cas Dublin», comme l’a confirmé récemment le Secrétariat d’Etat aux migrations. Ces exceptions peuvent être motivées par le regroupement familial, par les situations de vulnérabilité particulière des personnes ou per les conditions précaires dans le pays dans lequel la première demande a été déposée. Dans la première moitié de 2016, la Suisse a ainsi renoncé au renvoi de 2731 migrants en Grèce, en Hongrie et en Italie, comme l’a révélé le quotidien «Tages-Anzeiger».


(Traduction de l’allemand: Marc-André Miserez)

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