Point de vue Des solutions d’hier pour des problèmes de demain

«Avec le Fonds pour les routes nationales et le trafic d’agglomération (FORTA), nous défigurons la Suisse avec du béton, nous produisons justement des bouchons et nous devons économiser dans des domaines importants comme la formation et les transports publics», argumente Lisa Mazzone. La conseillère nationale écologiste et membre de la direction de l’Association transports et environnement (ATE) préconise de refuser le FORTA.

Par Lisa Mazzone

Le cœur de la proposition du FORTA est simple: plus d’argent pour la caisse routière de la Confédération. Presque autant que pour l’initiative «Vache à lait» qui a été rejetée par 71% des Suisses. Avec l’initiative «Vache à lait», un milliard et demi de francs supplémentaires auraient coulé dans la caisse routière de la Confédération.

Lisa Mazzone est membre de la direction de l’Association transports et environnement (ATE) et conseillère nationale écologiste. 

(Keystone)

Avec le FORTA, ce ne serait «que» un milliard. Et qu’obtient-on en échange? Pour le moment, seuls trois projets sont prêts à être construits: deux dans le Jura neuchâtelois et un à Glaris. Peu avant la votation sur l’initiative «Vache à lait», les lobbyistes des milieux de la construction et de l’automobile avait saisi la chance de bricoler, avec le FORTA, un contre-projet indirect totalement surdimensionné.

La caisse routière est déjà pleine

La caisse routière est aujourd’hui déjà remplie à ras bord. D’année en année, les budgets de cette caisse ne sont pas épuisés, ce qui a pour effet que des réserves importantes ont déjà été constituées. Si nous parlons de ce milliard supplémentaire – notons bien cette année – nous en arrivons à une grande offensive en faveur des routes. En effet, la pression pour réaliser des projets routiers même insensés va massivement augmenter. D’une manière ou d’une autre, cet argent sera utilisé. Et la destination est elle aussi claire: l’argent sera mis dans de nouvelles autoroutes. En effet, 90% des fonds sont réservés à cette fin. Donc pas pour les mesures qui auront des effets là où se trouve effectivement le trafic, c’est-à-dire dans les agglomérations. Là, nous devrions investir dans les trams, les bus, les vélos et les voies pour piétons.

Evidemment, je soutiens aussi des programmes sensés pour les agglomérations. Mais dans le cas du FORTA, il s’agit en premier lieu d’étendre des autoroutes. Nous pouvons en revanche sans problème poursuivre les programmes pour les agglomérations, qui sont aujourd’hui déjà inscrits dans la Constitution et dans la loi. Dans le cas du FORTA, il s’agit seulement de mettre la main dans la caisse fédérale. A cela, nous pouvons sans problème dire non.

Bouchons: bons diagnostics, faux remèdes

Oui, c’est vrai, le nombre de bouchons sur les routes suisses augmente. Ce diagnostic est correct. Mais le remède est faux. En effet, un bouchon en Suisse est comme une illusion d’optique. En fait, la route est vide. Comment ça? Les voitures sont vides. Dans le trafic pendulaire en Suisse, on ne compte en moyenne que 1,12 personne par véhicule. Une personne de 80 kilos déplace donc une machine de plus d’une tonne à travers le paysage pour se rendre au travail. Et laisse s’envoler trois places libres. C’est très inefficace. Nous pouvons changer cela très simplement au moyen de mises en réseau, d’incitations fiscales et de pilotage numérique du trafic. Si nous remplissons nos voitures, nous triplons les capacités. Celui qui ne roule pas seul dans sa voiture doit être récompensé – et vice-versa. De tels modèles ne sont réalisables qu’avec une mise en réseau numérique.

Même sans le FORTA, la Confédération doit massivement économiser. Un paquet d’économies de l’ordre de 2 milliards de francs par an a déjà été décidé. Si 650 millions sont en plus retirés de la caisse fédérale pour aller dans le FORTA, cela débouchera sur des coupes encore plus dures. Actuellement, le financement futur de trafic ferroviaire régional est âprement discuté au Parlement. Selon l’issue du débat parlementaire, les clients pourraient payer davantage pour les transports publics et l’écart de prix continuerait de se creuser. Rouler en voiture devient toujours meilleur marché, prendre le train toujours plus cher. Ce faisant, nous faisons la promotion de la route, malgré les énormes coûts externes provoqués par le trafic routier. Soit dit en passant, nous nous éloignons ainsi définitivement des objectifs de l’accord de Paris sur le climat.



(Traduction de l'allemand: Olivier Pauchard)

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