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Point de vue


Le doublement du Gothard sabote la politique de transfert, mais pas seulement


Par Fabio Pedrina, président honoraire de l’Initiative des Alpes


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Le Conseil fédéral et le Parlement proposent d’assainir la galerie routière du Gothard en réalisant également un second tube: c’est une décision erronée, car elle est dommageable pour l’environnement, absurde en termes de politique des transports, inconsidérée sur le plan financier, et enfin anticonstitutionnelle. 

Par Fabio Pedrina

Un «non» s’impose pour contraindre la Confédération à proposer des solutions moins coûteuses et surtout moins invasives, en respectant ce que le peuple a décidé déjà en 1994 et confirmé avec force en 2004: valoriser au mieux ces 20 milliards investis de manière opiniâtre ces 20 dernières années dans les transversales alpines, afin de concrétiser le transfert du trafic de transit sur le rail, et obtenir ainsi une amélioration substantielle de la qualité de vie de la population d’aujourd’hui, mais surtout des générations futures. 

En effet, avec l’excuse des grands travaux de manutention, les partisans du second tube veulent faire passer par la porte de service, avec le cheval de Troie d’une votation référendaire, un doublement qui ne passerait pas par la porte principale d’une votation constitutionnelle.

Un «assainissement light» est plus que suffisant

Les importants et très coûteux travaux proposés par la Confédération, dont la facture dépassera les 3 milliards de francs, ne relèvent pas seulement du simple assainissement, mais comportent aussi un agrandissement en hauteur de la galerie existante. En effet, en prétextant la nécessité de remplacer la voûte intermédiaire, le projet du Conseil fédéral prévoit de rehausser l’espace utile de 4,50 à 4,80 mètres.

Mais pourquoi, se demandera-t-on? Pour s’adapter aux normes européennes, créées notamment afin de permettre aux poids lourds de mieux passer et en plus grand nombre, soit les gros camions de 40 tonnes et peut-être demain de 60 tonnes. Or, ainsi que de récentes études réalisées à Berne l’ont démontré, la voûte ne doit pas être remplacée dans de brefs délais, et peut être assainie sans devoir rehausser la galerie. Cela comporterait des coûts mineurs et des délais d’exécution bien plus courts par rapport aux trois années de fermeture de la galerie prévues. 

Le Tessin ne restera pas isolé, pas même un jour

Pendant la saison hivernale, les véhicules privés seraient transportés grâce à des trains navettes modernes entre Airolo et Göschenen, alors que les camions transiteraient chargés sur des trains navettes à travers le nouveau tunnel de base d’AlpTransit. Pendant les mois d’été, la galerie routière serait rouverte. De cette manière, le Tessin resterait toujours accessible et bien relié au reste de la Suisse, même en voiture: l’automobiliste ne devra même pas descendre de son véhicule, rien à voir avec l’isolement!

Un procès d’intention ? Non, la réalité qui dépasse les politiciens

A l’occasion de l’inauguration du tunnel routier du Gothard, le 5 septembre 1980, le conseiller fédéral Hans Hürlimann affirma: «Cette galerie n’est pas un corridor pour le trafic lourd». Depuis cette promesse, nous sommes passés à plus d’un million de camions par année! Récemment, la conseillère fédérale Doris Leuthard a affirmé candidement que le second tube qu’elle propose ne générera pas plus de trafic, et n’aura donc pas de conséquence pour la protection des Alpes. 

Point de vue

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Par le passé, les belles déclarations de certains politiciens se sont révélées être des farces. Malheureusement, le doublement proposé crée en fait les conditions pour apporter chez nous ce qui est une réalité quotidienne au Brenner: 2 millions de camions en transit chaque année. Nous n’en voulons pas au Gothard!

Un doublement anticonstitutionnel et contre la volonté populaire

Car avec un second tunnel, on arriverait bien vite à une augmentation massive du trafic lourd: les transporteurs routiers européens, après leurs collègues suisses, ont déjà applaudi des deux mains. Or la constitutionnalité d’un second tube ne doit pas être jugée sur la base de promesses politiques, du genre de celle bien singulière de permettre d’utiliser le doublement proposé à 4 voies seulement à moitié (soit une seule voie par direction), une fable à laquelle on peut croire comme on croit au Lapin de Pâques ou au Père Noël. Non, la constitutionnalité doit être jugée sur la base de la capacité effective de construction de l’ouvrage. C’est pourquoi la proposition du Conseil fédéral est contraire à la Constitution.

Un tapis rouge à plus de trafic lourd de l’UE et plus de chaos sur les routes suisses

Autre perle: selon la conseillère fédérale Doris Leuthard, l’Union européenne ne veut pas négocier avec la Suisse sur la limitation des camions et l’introduction d’une bourse du transit alpin. Or, dans cette situation d’impasse des négociations, voulons-nous vraiment, nous les Suisses, dérouler sans conditions le tapis rouge à l’UE sous la forme d’un doublement du tunnel routier du Gothard? Il faudrait au moins obtenir d’abord des contreparties permettant de concrétiser l’objectif de transfert sur le rail.

Un doublement qui sabote AlpTransit

Le mois de juin prochain, soit 4 mois après la votation sur le second tube, sera justement inauguré le tunnel de base ferroviaire du Gothard. Il apportera un saut qualitatif dans la politique des transports. Nous devons profiter de cet événement historique pour finalement transférer sur le rail une grande partie du trafic de marchandises. Le doublement du tunnel routier du Gothard, en revanche, torpillerait complètement cet objectif ancré dans la Constitution fédérale.

Et on se rappellera l’avertissement contenu dans la récente étude du juriste fribourgeois Markus Kern, qui a mis en évidence que, sur la base de l’accord en vigueur sur les transports terrestres, l’UE pourrait tenter d’imposer l’ouverture des quatre voies du tunnel, disponibles après le doublement, en faisant valoir le «principe de la non introduction de limitations quantitatives». Quelle farce, sans parler des dégâts!

Je ne crois pas que les Suisses sont disposés à payer ce prix, d’où mon appel à voter «non» le 28 février prochain, reconfirmant ainsi les sages et clairvoyantes décisions de 1994 et 2004, par lesquelles le peuple a déjà clairement exprimé son refus d’un doublement du tunnel du Gothard.

 

Le point de vue exprimé dans cet article est celui de son auteur et ne correspond pas forcément à celui de swissinfo.ch

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Traduction de l’italien: Barbara Knopf

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